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PFLSS : ASSURANCE MALADIE OU MALADIE DE L’ASSURANCE ? | |||||||||||||
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Pendant que la France de Bernard THIBAUD
vivait sa galère et que s’agitaient les étudiants admirateurs de Lénine et du
Che, on n’a guère porté d’attention au PLFSS. S’agit-il d’un nouveau syndicat ?
Peu probable : la loi prive toute nouvelle formation syndicale de
représentativité nationale. S’agit-il d’un nouvel établissement public,
parmi les 1.460 que la Commission de Vérification des Entreprises Publiques
n’arrive pas à répertorier ? Non, bien plus simplement, il s’agit du
Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale, discuté au Parlement
depuis le début du mois, et sur le point d’être adopté après quelques
batailles d’amendements. PLFSS, c’est plus court et cela permet de réserver
la discussion à de rares initiés, ceux qui se sentent à l’aise entre les
chiffres de l’ONDAM, les avis du HCAAM, la pratique des DMP, le principe
de T2A, les interventions des ARH et des URCAM. Cela évite aussi aux Français
de se mêler de ce qui les regarde : le présent et le futur de la
Sécurité Sociale, et en particulier de ladite « assurance-maladie »,
qui assure de moins en moins et qui est de plus en plus malade. | ||||||||||||
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Pour l’instant la « branche Vieillesse »
est laissée en retrait : cette semaine a démontré qu’il n’est pas facile
d’instaurer la moindre réforme, fût-elle souhaitable et approuvée par une large
majorité du peuple. Par contraste, il semblerait que la « branche Santé »
ne pose pas problème, puisqu’à part les médecins et quelques-uns de leurs syndicats,
tout le monde semble s’accommoder des mesures envisagées, si ce n’est l’apparition
de « franchises » qui à juste titre révoltent la plupart des assurés.
Pour compenser l’indifférence générale,
j’estime donc utile de livrer quelques réflexions simples sur le système de santé
français. De toute évidence, notre gouvernement veut
nous persuader que notre système de santé est parmi les plus performants et les
plus justes du monde. N’a-t-il d’ailleurs pas été grandement amélioré par la grande
réforme de 2004 due à Philippe DOUSTE-BLAZY ? Cet acte de foi est malheureusement démenti
par d’autres propos : l’assurance-maladie est « le défi le plus urgent
compte tenu de la dérive des dépenses », a déclaré François FILLON le 3 juillet
dernier. En effet, avec plus de 6 milliards de déficit annoncé (la bonne moitié
du déficit global de la Sécurité Sociale), avec une « alerte » lancée
par le « Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie » (dites :
« Haut Conseil ») parce que les dépenses ont dérapé en cours d’année
et dépassé ce qui avait été assigné au corps médical et aux établissements hospitaliers
par l’ONDAM (entendez Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie), et
en dépit des dispositions prises par l’UNCAM (Union Nationale des Caisses d’Assurance
Maladie) punissant les médecins conventionnés pour leur inconduite, il y a de
quoi s’inquiéter pour la santé de l’assurance-maladie. Les gouvernants réagissent comme ils savent
le faire. Ils accumulent des séries de mesurettes qui ont pour caractéristiques
communes : l’assuré paiera toujours plus, les prestations seront réduites
et la police de la santé sera renforcée. C’est ce que l’on appelle une « meilleure
gestion » du système. Ce que ni nos gouvernants ni les syndicats, ni les
partis politiques ne voient, c’est que ce n’est pas la gestion du système qui
est en cause, mais sa conception même. Comme l’ont souligné avec talent Pascal
SALIN et Henri LEPAGE dans l’ouvrage édité par l’Institut Turgot (« Santé
en danger », rapport de Jean Louis MIGUET), le système français a trois vices
fondamentaux : le monopole, la planification et la gratuité. Je commence par la gratuité, parce qu’elle
explique non seulement les dérapages, mais aussi l’inconscience des assurés. Ils
ne savent pas ce qu’ils payent, parce qu’ils ne payent pas directement les prestations,
mais seulement de manière indirecte à travers les cotisations d’assurance maladie
retenues sur leurs salaires – dont ils ignorent le montant réel. Si, grâce au
versement du « salaire complet » que nous prônons depuis des lustres,
les assurés savaient que « leur » santé leur coûte par mois entre 400
€ (smicard) et 2.000 (5 smic), ils réagiraient peut-être. Ils pourraient choisir une autre façon
de se couvrir contre les risques de la maladie. Mais ici ils se heurteraient au
monopole des Caisses : il n’y a pas de place pour le choix du consommateur.
Depuis 1992 la France ne s’est pas pliée aux règles de Bruxelles instaurant la
concurrence en matière d’assurances. On nous annonce périodiquement (au vu de
quelques décisions de justice) que le monopole vit ses derniers instants, mais
pour l’instant il n’en est rien. Si les Suisses viennent de rejeter à 80 % une
proposition de mettre fin à la concurrence des assurances privées, les Français
n’ont pas accès au moindre choix. Or la concurrence, ici comme ailleurs, a pour
vertus d’abaisser les coûts et d’améliorer la qualité. Les assureurs ont intérêt
à surveiller le fonctionnement général – les Suisses se portent bien et dépensent
d’ailleurs beaucoup d’argent à leurs soins (mais davantage préventifs et plus
confortables, c’est leur choix). Comment le monopole est-il géré ?
Suivant les méthodes de la planification soviétique. Depuis quelques années,
le Parlement fixe souverainement les fameux ONDAM. Ces « objectifs »
organisent les moindres détails du système, répartit entre médecine de
ville, hospitalisation, type d’interventions, catégories de médicaments,
et évidemment prix des soins et honoraires des médecins. Pour les honoraires
un système impayable (c’est le cas de le dire) a été mis en place par
« accord » entre les Caisses et certains syndicats de praticiens
peu regardants : vos honoraires seront augmentés si et seulement
si vous nous permettez d’économiser sur la santé de vos patients. Cela
s’appelle pudiquement « la maîtrise médicalisée » des dépenses
de santé. L’esclavage des médecins pourrait rapporter en 2008 quelque
600 millions d’économies : c’est une goutte d’eau financière, mais
c’est un gouffre des libertés médicales. D’ailleurs les planificateurs
ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin. Ils voudraient gérer la localisation
des médecins (intention provisoirement abandonnée), et transformer les
médecins en salariés (travaillant « au forfait » plutôt qu’à
l’acte). Il va de soi que tous les ingrédients de
l’échec sont ainsi réunis. Avec les conséquences dramatiques pour le futur, assombri
par le vieillissement de la population et le coût des techniques nouvelles. Les libéraux connaissent la réponse depuis
des années : faire de la santé un choix personnel, assumé grâce à la libre
concurrence d’assureurs privés, financé grâce à une épargne-santé constituée volontairement
ou par prélèvement à la source, assorti de dispositions pour aider ceux qui ne
peuvent pas s’assurer (chèques-santé ou crédits sur le compte épargne-santé),
et retour au libre exercice de la médecine libérale. Du coup les assurés retrouveront
un pouvoir d’achat et une liberté qu’ils ont perdus, et les médecins pourront
exprimer leur vocation à servir. Jacques Garello
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