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AFTER SHAVE | |||||||||||||
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Pour Nicolas SARKOZY,
la phase du rasage est terminée. Il y pensait chaque matin depuis des mois en
se lissant le cuir : il est candidat ! C’est maintenant que
les choses se compliquent, et il doit choisir avec soin son after shave.
Les électeurs, et les électrices, sont sensibles aux effluves électorales,
et il ne faut pas confondre l’Eau Sauvage de Dior chère aux libéraux avec
les flacons de bazar vendus dans les rayons socialistes. Sans doute le candidat
lui-même est-il encore indécis. Sans cela, comment comprendre qu’il se
soit prononcé simultanément pour la baisse des impôts, la suppression
des droits de succession, la révision des 35 heures, la liberté scolaire,
voire même contre le mariage gay et l’avortement – ce qui le classe plutôt
du côté des conservateurs et libéraux – et pour le droit au logement,
la discrimination positive, le patriotisme économique – ce qui respire
plutôt la gauche. Comment comprendre qu’il aille à la pêche aux voix à
Alger et déclare la colonisation « injuste », alors qu’il passe
pour un raciste dans les banlieues, et qu’il veut rendre hommage à ceux
qui ont défendu l’honneur de la France en Algérie ? | ||||||||||||
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Je ne veux pas croire
que cet apparent désordre soit le fruit d’un calcul électoral, car l’algèbre
élémentaire nous apprend que si l’on ajoute 100.000 voix de beurs pour
perdre 100.000 voix de pieds-noirs, le résultat est nul, et si l’on perd
500.000 voix de contribuables pour faire plaisir à 1.000.000 de sans logis
et sans papiers, le résultat est négatif. Cette arithmétique, Nicolas
SARKOZY la connaît certainement mieux que moi. Non : je vois son
attitude actuelle comme celle que l’on peut avoir devant sa glace, quand on a
fini de se raser, que l’on choisit son after shave en fonction des gens que l’on
doit rencontrer peu après. Dans cet exercice, Nicolas est handicapé, parce qu’il
se défend d’être « idéologue », il ne peut donc pas se référer à une
doctrine. Voilà qui doit réjouir post mortem Michel Debré qui affirmait « La
doctrine du gaullisme, c’est de ne pas en avoir ». Nicolas SARKOZY, en écho,
a confessé : « Je ne me lève pas tous les jours en pensant à Margaret
THATCHER ou à HAYEK ». Il me reste, il nous
reste, cinq gros mois pour libérer Nicolas SARKOZY d’une idée – ou d’une absence
d’idéologie – qui peut lui coûter cher. Elle peut lui coûter
toutes les voix des « idéologues », de ceux qui ont une doctrine, parce
qu’ils pensent qu’on doit ordonner sa vie à un certain nombre de lois de l’économie
et de la société, et à des valeurs morales et spirituelles. Ils ne sont peut-être
pas nombreux, mais leur position peut faire pencher la balance, comme cela s’est
vu au moment du vote sur le projet constitutionnel l’an dernier. Personnellement
je suis un homme de doctrine, un idéologue. Elle peut, plus largement
encore, lui coûter les voix des jeunes, de ceux qui ont besoin d’un espoir, d’une
vision pour l’avenir. Ils sont capables de s’enthousiasmer, c’est de leur âge,
mais c’est aussi de leur âge d’être exigeants, et d’attendre un vrai message pour
eux. Elle peut, dans une
bonne proportion, lui coûter toutes les voix des déçus de la politique, des habitués
des votes négatifs, des abstentionnistes, qui ne se tromperont pas aux fausses
ruptures, aux contorsions, aux effets d’annonce. Je voudrais éviter à
Nicolas SARKOZY de perdre toutes ces voix. J’ai lu et écouté avec attention ses
discours au jour de sa déclaration de candidature. Aucune surprise majeure, mais
la confirmation d’un grand talent de communication, fait d’un mélange de spontanéité
et de précision. J’ai apprécié quelques-unes de ses tirades sur le travail, la
famille, la confiance, le respect. « Je ne me reconnais pas dans l’égalitarisme » :
dans le pays de France il est courageux de prononcer une phrase comme celle-là,
de faire l’apologie de la réussite, de l’argent bien gagné,
du patrimoine
bien géré, de
la spoliation fiscale. Quand il
dit qu’il veut une société avec plus de fluidité, il évoque implicitement une
société de marché, où les gens acceptent la diversité et le changement parce qu’ils
sont imbriqués dans un réseau de contrats, de services mutuels, d’obligations
réciproques. C’est dire qu’en mettant
de l’ordre dans ses idées, et en acceptant de trouver un fil conducteur autre
que « la rupture tranquille », Nicolas SARKOZY pourrait faire des progrès
appréciables. Mais nous sommes pour l’instant loin du compte, et il va falloir
gommer un certain nombre d’erreurs et combler un certain nombre de vides (repérables
aussi dans le programme de l’UMP). D’ailleurs, fidèle à
la ligne de conduite qu’ils se sont fixés, il n’est pas dans l’intention de la
plupart des libéraux de s’intéresser à un candidat et un seul. D’autres pourront
bénéficier de nos critiques et de nos conseils, et prendre connaissance de nos
doléances et suggestions. Notre cahier de doléances
a été écrit ; il s’appelle, vous le savez, le « guide du candidat ».
Je ne saurais trop conseiller aux candidats, et à Nicolas SARKOZY en particulier,
de suivre le guide. S’il n’aime pas les idéologies, il aime peut-être les « feuilles
de route » - expression à la mode. La première démarche à attendre d’un
candidat est de nous dire où il veut aller, mais pas seulement en désignant
quelque vague point d’un horizon lointain, mais en nous donnant des précisions
et des détails concrets sur le chemin et ses étapes. Ce qui est important, c’est donc ce qui va se dire pendant les cinq mois à venir, ce que nous allons dire nous-mêmes, aussi bien que ce que nous allons entendre en réponse à nos démarches pressantes. Pour l’instant on rase gratis. Demain viendra l’après rasage. Jacques
Garello
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