"ENRICHISSEZ-VOUS !" (1)


Pour nous, les libéraux, la connaissance de François Guizot est très importante. Pas forcément parce que celui qui a prononcé le célèbre « Enrichissez-vous » est souvent considéré comme un libéral mais parce que sa vie intellectuelle, sa carrière politique avec la plupart de ses réformes sont des exemples de persévérance et de travail acharné au service de la société et de l’individu. Laurent Theis, historien d’une rare érudition, éditeur et ami de Jean-François Revel, nous donne l’occasion de le connaître dans son impressionnante biographie qui vient de paraître chez Fayard. Fût-il vraiment un libéral ?

Né sous l’Ancien Régime en 1787, il est mort alors que la IIIe République s’installait durablement. Intellectuellement proche de Tocqueville, il exerça une influence impressionnante sur le monde politique de l’époque pratiquement jusqu’à sa mort en 1874. Il est né à Nîmes dans une famille appartenant à la bourgeoisie cévenole aisée et profondément calviniste (son grand-père et un oncle ont été pasteurs). Son père, André Guizot, avocat, se range du côté des Girondins pendant la révolution ce qui le conduit à l’échafaud sous la Terreur. Le jeune Guizot sans père s’installe à Genève pour revenir en 1805 à Paris afin de poursuivre des études de droit afin de reprendre la succession de son père à Nîmes. On remarque rapidement chez lui son agilité d’esprit, ses capacités d’expression ainsi qu’un remarquable talent d’orateur. Il entre très tôt dans les cercles parisiens influents dans lesquels il impressionne. Il commence aussi à écrire, d’abord dans Le Publiciste, ensuite dans d’autres journaux, et il obtient en 1812 la chaire d’histoire à la Faculté des lettres de Paris.  Sa carrière démarre.

En 1814, Guizot est déjà une personnalité intellectuelle. Il a déjà publié sous son nom plusieurs livres et traductions ainsi que des dizaines d’articles, il correspond et se lie d’amitié avec Chateaubriand, Mme de Staël, Benjamin Constant et surtout Pierre Royer-Collard. Grâce à ce dernier, à 27 ans, il entre en politique en devenant dans le premier ministère de la première Restauration, secrétaire général du ministère de l’Intérieur détenu par l’abbé de Montesquiou. Sous son autorité et avec l’aide de Royer-Collard, Guizot réorganise l’administration du ministère et élabore un projet de loi sur la presse établissant une censure à titre temporaire qui ternira sa réputation de libéral. Remplacé en 1815 avec le retour de Napoléon, il reprend son poste de professeur mais profite pour se consacrer, avec ses amis Royer-Collard, Pasquier, Barante, Camille Jordan, à la défense de la monarchie constitutionnelle. Plusieurs fois, faisant preuve d’un habilité politique très adroite, Guizot rend visite à Louis XVIII exilé à Gand surtout pour tenter de minimiser l’influence des ultraroyalistes.

Dans le ministère Talleyrand, il est nommé membre du Conseil d’Etat et secrétaire général du ministère de la Justice. A partir de 1816, en tant que maître des requêtes au Conseil d’Etat, il commence une évolution qui le poussera de plue en plus à gauche sous la Restauration. Il pousse Louis XVIII à dissoudre la Chambre ultra et se lance dans le débat politique en faisant paraître son premier essai polémique, Du gouvernement représentatif et de l’état actuel de la France dans lequel il expose sa théorie de la monarchie constitutionnelle inspirée de l’exemple britannique. A 30 ans, Guizot est déjà un homme d’une grande influence dans une société politique tiraillée entre la tentation d’un retour à l’Ancien Régime et la consécration des « acquis » de la Révolution.

En 1817, il crée avec sa femme Pauline, les Archives philosophiques, politiques et littéraires et en 1819, il est nommé directeur général de l’administration départementale et communale au ministère de l’Intérieur, poste créé pour lui. C’est en avril de la même année qu’il s’exprime pour la première fois à la tribune de la Chambre des députés où les doctrinaires tiennent la haute dragée. En 1820, la tentative de donner un cours libéral à la restauration échoue. Guizot perd son poste et entre dans l’opposition.

D’après son biographe, la période de la décennie 1920-30 est la plus faste intellectuellement pour lui. Entre 1820 et 1822, Guizot publie quatre pamphlets dont deux, Du gouvernement de la France depuis la Restauration et du ministère actuel et Des moyens de gouvernement et d’opposition dans l’état actuel de la France, rencontrent un grand succès à gauche. Ses positions contre les ultras le font perdre sa chaire d’histoire ce qui le rend encore plus populaire en particulier auprès des jeunes. Il profite pour écrire et publier, entre autres, les Mémoires relatifs à l’histoire de la révolution d’Angleterre, les Essais sur l’histoire de France et surtout les deux premiers volumes de l’Histoire de la révolution d’Angleterre, énorme succès.  Guizot est ainsi reconnu comme le plus grand professeur d’histoire de son temps.  Cela lui servira pour relancer sa carrière politique.

Bogdan Calinescu
Le 20 Juin 2008

 
 
 

 

 

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