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"ENRICHISSEZ-VOUS
!" (2)
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Le 11 octobre 1832, Guizot rentre à l’Education nationale, « le ministère de tous les talents » au département de l’Instruction publique où il restera jusqu’en 1837. Il a en charge l’Université, la tutelle de l’Institut, la Bibliothèque royale, le Muséum, il est donc une sorte de ministre de la Culture avant l’existence même d’un ministère de ce genre. Par sa loi du 28 juin 1833, Guizot organise l’enseignement primaire qui fait obligation à chaque commune d’ouvrir une école de garçons dont l’instituteur est un fonctionnaire public et chaque département à créer une école normale. Grâce à lui, durant la monarchie de juillet, le nombre d’enfants scolarisés dans le primaire doubla. Pourtant, durant la même période, il a des attitudes très contestables en jouant un rôle important dans la politique répressive menée contre les mouvements républicains et insurrectionnels. Les lois de septembre 1835 consécutives à l’attentat de Fieschi contre le roi et concernant les restrictions apportées aux libertés de presse et d’association, le durcissement des procédures en cour d’assises, restèrent comme un mauvais souvenir. En 1840, la carrière politique de Guizot prend une nouvelle tournure. Il est nommé ambassadeur à Londres par le maréchal Soult, président du Conseil. Et au mois d’octobre de la même année il est nommé, pendant 28 mois, record inégalé à l’époque, ministre des Affaires étrangères. Son séjour et ses connaissances (auteur et traducteur de livres d’histoire) lui seront utiles dans la mise en place de certaines réformes. Et je pense que cet attachement à l’Angleterre est peut-être le seul lien de Guizot avec les libéraux… Peu connaisseur de l’économie, Guizot est néanmoins fasciné par le développement industriel de l’Angleterre de l’époque. Il remarque tout de suite la prospérité de ce pays et veut en connaître les causes. Il accorde ainsi une attention particulière aux caisses d’épargne et aux chemins de fer. Il insiste pour que la France se met à ouvrir des caisses et investir dans les transports ferroviaires (Thiers n’en voit pas du tout l’intérêt). Toujours grâce à Guizot, le gouvernement Soult réglemente le travail des enfants, facilite la spéculation financière, encourage les banques à investir. C’est à cette époque que Guizot prononce son fameux « Enrichissez-vous ! ». Laurent Theis explique très bien le contexte de cet appel. En réalité, le ministre, dans un discours prononcé à la Chambre le 1er mars 1843 et en réponse à une intervention du député de centre gauche Dufaure, appelle les Français à gérer et à faire fructifier le capital politique et social acquis par les révolutions de 1789 et 1830 : « Notre premier, presque notre seul devoir, c’est d’entrer en possession de ce que nous conquis, de nous en assurer la pleine et complète jouissance… Il y eu un temps où la conquête des droits sociaux et politiques a été la grande affaire de la nation. La conquête est accomplie, passons à d’autres. Vous voulez avancer à votre tour, vous avez raison ; ne poursuivez donc plus, pour le moment, la conquête des droits politiques. A présent, usez de ces droits ; fondez votre gouvernement, affermissez vos institutions, éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition matérielle et morale de la France ; voilà les vraies innovations, voilà ce qui donnera satisfaction à cette ardeur du mouvement, à ce besoin de progrès qui caractérise cette nation ». En tant que politique, Guizot fût un conservateur. Non pas un conservateur libéral, à l’américaine, mais un conservateur français qui serait peut-être aujourd’hui un « chiraquien ». Il avait horreur des réformes politiques, a toujours refusé changer le système de vote basé sur le cens électoral qui permettait seulement à 200 000 électeurs (cinq fois moins qu’en Angleterre) de s’exprimer. De même, à l’Assemblée il préférait les députés-fonctionnaires (déjà !). Environ 40 % des députés continuaient à exercer leur métier de fonctionnaire mais il est vrai qu’à l’époque il n’existait pas d’indemnité parlementaire. Néanmoins, cela donnait la possibilité au gouvernement de virer les députés qui votaient en faveur de … l’opposition. Après 1850, le septuagénaire Guizot se retire doucement dans sa maison du Val-Richer sans pour autant abandonner le tumulte de la vie politique qu’il suit et à laquelle il participe très souvent en envoyant des lettres au gouvernement, en faisant partie des commissions, grâce à l’un de ses gendre qui devient député, etc. Alors, Guizot libéral ?
Oui, par son admiration pour l’Angleterre, « terre de résistance
et de liberté », une nation où « la santé morale et sociale
est plus forte que les maladies morales et sociales » et où « l’aristocratie
et la bourgeoisie vivent en bonne intelligence ». Non, à cause de
son conservatisme, la peur des réformes et son attachement à l’Etat.
Bogdan Calinescu
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