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Cette formule est aujourd’hui connue sous le nom de « loi de Say ».

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Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 21 Juin 2010 01:00
 Bac l www.libres.org

Nous voici donc informés du contenu du projet de réforme des retraites qui sera présenté au Parlement. Certes la partie n’est pas jouée, et les syndicats, comme prévu, vont chercher à mobiliser leurs troupes. Tâche difficile par ces temps de Coupe du Monde, une victoire de l’équipe de Raymond Domenech arrangerait bien les choses. 

Je pourrais joindre mes applaudissements à ceux de la majorité et du patronat, mais je n’ai pas l’habitude de trahir mes convictions, ni de tricher avec la vérité. C’est pourquoi je me contenterai d’une note très médiocre pour la copie remise par Eric Woerth, et sur laquelle Nicolas Sarkozy a apposé le sceau présidentiel. 

La note n’est pas totalement nulle, car en dépit des solutions retenues, le gouvernement a obtenu quatre résultats qui laissent filtrer une mince lueur d’espoir dans le futur :

1° Il a rouvert le dossier des retraites que ses prédécesseurs avaient affirmé clos jusqu’en 2020. Les précédentes mesures dites Fillon dataient de 2003, et elles devaient nous conduire sans encombre jusqu’à cette échéance lointaine, si lointaine qu’on ne nous a jamais dit ce qui pourrait se passer après 2020. Le gouvernement, contrairement à ses premières déclarations, a accepté l’urgence de remettre en chantier le travail d’Hercule. Il a pris prétexte de la crise et de la situation de nos finances publiques.

2° Il a fait découvrir aux Français l’étendue de la catastrophe qui les attendait. Jusqu’à présent les difficultés de la Caisse Nationale d’Assurances Vieillesses avaient été attribuées à des évènements fortuits ou conjoncturels. La doctrine officielle demeurait : nous avons le meilleur système de protection sociale du monde ; à tel point que l’on admirait le Président Obama de doter les Etats Unis d’une Sécurité Sociale « à la française ». Aujourd’hui, tout en vantant les mérites de la répartition, « conquête sociale majeure », on entend enfin parler du déséquilibre démographique entre actifs et retraités, et on admet qu’il n’est pas près de se résorber. On en vient à transformer les retraités en actifs pour réduire l’écart entre pensionnés et cotisants.

3° Il a familiarisé les Français avec l’idée que des sacrifices doivent être consentis, et qu’il faut se préparer à des réformes. Faire accepter le recul de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans, même s’il s’agit d’un ajustement paramétrique insignifiant, démontre un certain art de la communication, dont on espère qu’il survivra aux grandes manifestations programmées par Messieurs Thibault et Chérèque. La démonstration faite autour d’une réformette pourrait donner plus d’audace quand viendront les vraies réformes.

4° Il a osé porter une première attaque au bastion de la fonction publique. L’effort demandé aux fonctionnaires est limité, et progressif, mais un tabou a peut-être vécu. Comme je l’ai déjà affirmé, je ne crois pas opportun de faire des fonctionnaires les boucs-émissaires des faillites de l’Etat, et on ne doit pas dresser les deux tiers des Français contre le tiers restant, mais il est certains qu’on ne peut laisser à l’écart de toute réforme ce tiers, pour ne faire porter l’effort que sur les deux tiers payants.

Voilà ce qui évite au gouvernement d’être noté trop bas, bien qu’on soit évidemment loin du compte, car la copie, dans son ensemble est mauvaise. 

La copie est mauvaise, faut-il que je me répète sans cesse, parce qu’elle se ramène à des mesures paramétriques destinées à aménager la répartition alors que, par logique et par expériences vécues à l’étranger, la solution consiste à amorcer le plus tôt possible la transition à la capitalisation. Nous avons relevé ici, dans cette Lettre, les rares occasions où la transition a été évoquée, par exemple par Laurence Parisot. Mais il n’y a pas la moindre trace de cette transition dans le projet gouvernemental, alors qu’elle est au cœur du problème. 

La copie est mauvaise encore parce qu’elle a tout un paragraphe consacré à la taxation des revenus élevés et de l’épargne. Il est désormais convenu que rançonner les riches est la pilule qui fait passer toute innovation, mais ce placebo n’est pas facile à avaler, ni par ceux qui sont concernés par cette discrimination intolérable, ni par les élus de la majorité qui ont promis à leurs électeurs une pause fiscale. Les riches non plus ne peuvent être les boucs-émissaires de la faillite de la Sécurité Sociale.                                                                   

La copie est mauvaise enfin parce que le modèle de « rééquilibrage » retenu par les statisticiens de Bercy est fondé sur des hypothèses de croissance économique et de taux d’intérêt tout à fait gratuites, et plutôt optimistes dans le contexte général français. La « croissance durable » est bien mieux assurée par la capitalisation, qui apporte aux entreprises le financement dont elles ont besoin, alors que l’épargne française est découragée et confisquée par l’Etat. 

En conclusion, je crois que cette réformette ne peut être que la première étape d’un véritable débat. La nécessité d’un débat est maintenant acquise, la problématique en est fixée, et je crois que la transition, ignorée ou écartée dans cette première phase, ne cessera de tenir toute sa place. Croyez moi, on sera bien obligé de parler de choses sérieuses, et on ne pourra attendre 2018.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1333 du 12 septembre 2017


Editorial : Pourquoi les Français n’aiment pas les réformes

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