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La modernité de Bastiat

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CAP 2012 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 22 Mars 2010 01:00
 Pâques

Au plus grand dam de l’UMP, c’est le cap qui a été visé par Nicolas Sarkozy à travers les élections régionales. La stratégie présidentielle a consisté à garder une majorité monolithe en 2010, pour mieux assurer le succès en 2012 puisque l’on dit que le plus important est d’arriver en tête au premier tour des présidentielles si l’on veut être élu. La manœuvre a donc consisté à rassembler toute la droite potentielle, y compris Hervé Morin et le Nouveau Centre, aussi bien que Philippe de Villiers et le Mouvement pour la France. C’est sans doute pourquoi on élimine a priori un remaniement ministériel significatif qui ferait désordre, d’autant plus que François Fillon est d’une loyauté à toute épreuve. Donc, pas d’ennemi à droite.

Le choix du cap 2012 n’a pas fait oublier aux électeurs les promesses de 2007. C’est sans doute l’explication de l’abstention massive, dont les méfaits n’ont pu être gommés, en dépit des efforts déployés entre les deux tours. A mi-mandat, le bilan de Nicolas Sarkozy paraît non seulement faible, mais aussi négatif aux yeux de son électorat.

Sans doute a-t-on accumulé les discours sur la réforme, mais les initiatives de franche rupture, attendues en 2007, n’ont jamais été visibles. Nicolas Lecaussin compare l’action de l’Elysée à la Perestroïka de Gorbatchev : on réforme le système sans vouloir réellement le transformer. Sarkozy a voulu transformer l’étatisme français alors qu’il fallait le détruire. Le bouclier fiscal, considéré comme une grande révolution, et sans cesse évoqué par la gauche comme « un cadeau fait aux riches » ; n’est en fait qu’une pâle copie de la suppression de l’ISF qui ne s’est pas faite, et de la baisse de la pression fiscale, qui ne s’est pas produite. Les 35 heures, loin d’être abrogées, ont été assouplies en apparence sans que le marché du travail ait retrouvé quelque réelle flexibilité. 

Dans son interview au Figaro Magazine à la veille du premier tour, Nicolas Sarkozy a promis de tempérer d’ici fin 2011 son ardeur réformatrice, pour concentrer toute son attention sur la mise en application des grandes réformes qu’il a lancées depuis 2007 : il a cité l’université, les 35 heures, le travail du dimanche, etc. Il laissera au Parlement le soin de « délégiférer », un néologisme à faire pâlir Ségolène Royal, qui exprime bien un oxymoron, une idée sans queue ni tête : détruire les textes qui ont été votés. Le Président n’a visiblement pas compris le profond besoin de sécurité juridique, il est certainement le seul à se complaire dans le tournis permanent.

L’insécurité juridique n’a d’équivalent que l’insécurité politique : pourquoi les cadeaux faits à la gauche, pourquoi des écologistes et des socialistes au sein même du gouvernement ? Pourquoi Borloo, SKM, Kouchner, Besson ? Pourquoi la complaisance, voire la complicité avec les syndicalistes qui ne cessent de rêver à la destruction des entreprises ? On comprend que les électeurs, et nombre d’élus de la majorité, ne s’y retrouvent plus.

Je ne crois pas que la voie choisie par Nicolas Sarkozy soit la plus efficace pour assurer son succès en 2012. Il a peu de temps pour émettre un signal fort à son électorat, à ces millions de Français qui attendent en vain la rupture jadis annoncée.

De mon point de vue, le premier test sera la réforme des retraites. On pourra y mesurer le courage du gouvernement à tenir tête aux syndicalistes opposés à toute remise en cause du système actuel. Les menaces de « troisième tour social » se profilent déjà à l’horizon. Va-t-on une fois de plus laisser les commandos communistes et gauchistes bloquer le pays, envahir les rues, séquestrer les infâmes patrons, brûler les bâtiments ? On pourra surtout y jauger la pertinence des solutions envisagées. Le passage à la capitalisation sera-t-il seulement évoqué ? Si c’est le cas, s’agira-t-il d’une disposition marginale ou d’une innovation majeure, destinée à effacer progressivement le système de la répartition ? Je ne cesserai de le répéter : aucune réforme « paramétrique » (recul de l’âge de la retraite, durée et montant des cotisations) n’est de circonstance, c’est d’une réforme « systémique » dont on a besoin pour sauver dès aujourd’hui les retraites du futur. Il est urgent de libérer l’épargne forcée constituée par des charges sociales délirantes pour la mettre à la disposition des salariés, libres d’accéder à des fonds de pension.

Parallèlement, va-t-on enfin réduire les dépenses de l’Etat en réduisant sa sphère d’intervention ? Va-t-on continuer à mettre de l’argent dans les canards boiteux des entreprises publiques au lieu de les privatiser réellement ? Va-t-on augmenter sans cesse le nombre des fonctionnaires ?

Si Nicolas Sarkozy vise réellement le cap 2012, il doit cesser de nourrir les chimères d’une refonte du capitalisme, de la mondialisation, des marchés financiers : ce n’est ni le problème ni la solution. Il doit cesser d’épouser la mode écologique : les Verts lui ont bien mal rendu la politesse des Grenelle. Il doit marquer nettement un choix en faveur d’un retour de la liberté, et non moins d’un retour à la responsabilité et à l’état de droit.

Les libéraux, de leur côté, savent ce qu’ils ont à faire. A la masse imposante de Français qui ont perdu toute confiance dans la classe politique quelle qu’elle soit, et qui l’ont exprimé par leur vote ou leur abstention, les libéraux, et les seuls libéraux, peuvent apporter l’espoir d’un renouveau. Ils n’auront donc de cesse que de faire connaître les solutions libérales, leur efficacité (testée dans de nombreux pays), leur justice (mettant fin aux privilèges et passe-droits), leur dignité (restaurant la responsabilité et la vraie solidarité).

Ils accompagneront la majorité actuelle et son Président s’ils ont la lucidité de rompre avec leur politique de gribouille. Mais ils prépareront aussi la relève d’une classe politique usée et incertaine. La relève pourrait s’amorcer dès 2012, pour peu que les conditions soient favorables. Mais en toutes circonstances les libéraux, eux aussi, doivent se donner le cap 2012.

Je vous invite dès aujourd’hui au militantisme libéral.

Jacques Garello 

Un militant, si ardent soit-il, a besoin de reprendre des forces. La trêve pascale nous évitera sans doute les affres d’une actualité économique ou sociale perturbée. La rédaction de la Nouvelle Lettre va donc suspendre ses efforts, et le prochain numéro sera daté du samedi 10 avril. Deux semaines sans Lettre : y survivrez-vous ? Bonnes Pâques !

 

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

Editorial : La voix de son maître
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