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DES PAROLES EN L’AIR ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 01 Février 2010 01:00
 Promesses gonflées

La rencontre télévisée entre le Président de la République et onze de nos compatriotes avait été baptisée « Paroles de Français ». Avons-nous eu droit à des « paroles en l’air » ? C’est ce que certains des participants au débat et beaucoup de commentateurs ont prétendu.

Je ne partage pas cette opinion, la prestation du président a été très intéressante, mais tout aussi révélatrice l’émission « Mots Croisés » sur France 2 qui l’a suivie, avec Laurence Parisot, Laurent Fabius, Xavier Bertrand, François Chérèque, Yves Thréard (Le Figaro) et Thomas Legrand (France Inter). Avec beaucoup de conscience professionnelle, je me suis astreint à rester devant mon poste de télé, plume en main, de 20 heures à minuit.

Je veux bien admettre que le style et le contenu de l’exercice présidentiel n’étaient pas nouveaux. Le style brillant, adroit, de quelqu’un qui connaît ses dossiers (ceux du moins qui circulent dans les milieux officiels), et qui a su garder son calme face aux agressions du cégétiste de service qui n’a cessé de mettre en accusation « les actionnaires ». La rhétorique présidentielle fait merveille, mais on le savait déjà. On savait déjà aussi que le Président se montrerait très satisfait de ce qu’il a fait depuis deux ans. Tout a été prévu, en matière de chômage, de croissance, de statut des enseignants, ou des hospitaliers, de l’université, de la violence dans les banlieues, des délocalisations, de la moralisation des banques, de la fiscalité, de la taxe carbone pour sauver la planète, de la suppression de la taxe professionnelle, etc. Ce gouvernement a fait bien plus que tous les précédents, et la France a fait bien mieux que tous les autres pays. L’auto-satisfaction était de règle, comme il convient à tout discours d’un homme d’Etat.

Ces litanies pouvaient engendrer l’ennui, mais quelques formules à l’emporte-pièce m’ont parfois sorti de la torpeur. Les unes surprenantes. Par exemple, à propos de la taxe carbone, le protectionnisme européen a pris dans la bouche du Prédisent le nom de « rééquilibrage de la concurrence aux frontières de l’Europe » - il fallait l’inventer. Il fallait oser dire à propos des chiffres du pouvoir d’achat ou du chômage : « Peu importent les statistiques, la réalité est là ». Enfin, dans la partie de dialogue avec Laurence Ferrari, j’ai bien aimé que le Président ait clos le bec de la charmante présentatrice, qui se révoltait contre les écarts de salaires entre patrons et smicards, en lui demandant combien elle gagnait. Silence embarrassé de la dame, et pour cause : son salaire mensuel est de 71.000 euros, soit 60 fois le Smic (5 ans de Smic dirait le cégétiste).   

Cependant, sur deux points au moins, le Président a livré des informations importantes. Tout d’abord, il a rassuré une jeune étudiante au chômage : « vous verrez que le chômage va commencer à diminuer ». Il n’en a pas dit davantage. Hélas, il n’a visiblement convaincu personne, et les commentateurs ont eu beau jeu d’y voir des « paroles en l’air ».

Ensuite, le Président a donné sa position sur la réforme des retraites : « Je ne laisserai pas remettre en cause le système par répartition, qui repose sur la solidarité, au bénéfice de l’épargne individuelle où chacun ne prévoit que pour lui seul ». Voilà qui augure bien de ce que va être la réforme, que le Président entend d’ailleurs accélérer puisque tout doit être bouclé en juillet, dit-il.

Permettez-moi ici d’insister sur ce dernier point, puisque je ne cesse de lutter contre ce système catastrophique qu’est la répartition. Le Président n’a d’ailleurs pas caché l’inquiétude que suscite le déséquilibre entre nombres d’actifs et de retraités. Mais il suppose qu’un supplément de travail peut suffire à combler les déficits actuels. Le recul de l’âge de la retraite et le travail des seniors ont visiblement sa préférence.

Voilà qui a précisément fourni l’aliment de l’émission « Mots croisés ». Les participants ont d’abord donné l’assaut à Laurent Fabius qui, en avant première, a informé les Français du revirement de Martine Aubry : non, elle n’a jamais dit être favorable à la retraite à 61 ans. Elle a simplement envisagé la possibilité éventuelle d’une révision dont il faudra définir les contours. Sur le champ, les explications sophistiquées du plus jeune ministre que l’on ait naguère donné à la France n’ont éveillé que railleries. La première secrétaire du PS devait vingt quatre heures plus tard confirmer nettement que son discours n’est pas net.

Mais l’essentiel à mes yeux devait venir. Après que Laurence Parisot ait souhaité un débat complet sur les réformes, en voyant notamment ce qu’ont fait les pays étrangers confrontés au même problème. François Chérèque m’a stupéfait en prenant une position « ultra-libérale ». Alors que personne n’avait prononcé le mot « capitalisation », voici que le secrétaire de la CFDT a jeté un pavé dans la mare. Il a dit que la réforme devait se fixer un horizon de plusieurs années et concerner par priorité les jeunes ; il a deux fils qui entrent dans la vie active, et qui n’ont aucunement envie de cotiser pendant 40 ans pour avoir droit à des haricots quand ils prendront leur retraite. « Ils veulent la capitalisation ». Et, pour soutenir son point de vue, il s’est référé à un article paru dans l’Humanité quelques heures auparavant. Je vous en donne un extrait, où l’Huma commente le résultat d’un sondage : « La peur d’une défaillance du système des retraites, entretenue par les annonces sur le déficit du régime général et la baisse du ratio cotisant-retraité, pousse 53 % des jeunes de moins de trente ans à s’orienter vers la capitalisation. En revanche, plus on s’approche de l’âge de départ à la retraite, plus le système par répartition, où les générations actives paient les pensions des personnes à la retraite, récolte des suffrages : 67 % des plus de cinquante ans le préfèrent au système individualisé, contre 41 % des moins de trente ans. Jean-Daniel Lévy souligne « une différence d’approche générationnelle » avec des jeunes « plus inquiets que les autres vis-à-vis de l’avenir ».

Comme le dit Laurence Parisot, également citée par l’Humanité, nous approchons d’un débat consensuel. Les adversaires du capitalisme en viennent à la capitalisation, parce qu’ils savent compter. Et ils se rendent peut-être compte d’une injustice flagrante, que j’ai souvent soulignée : les Français les plus riches ne sont pas atteints par la faillite de la répartition parce qu’ils ont les moyens de placer leur argent, alors que les smicards prennent l’explosion de l’Assurance Vieillesse en plein visage. Le bon sens reprendrait-il ses droits ? Va-t-on enfin dépolitiser le débat sur la réforme des retraites et dire la vérité ? Va-t-on en finir avec les louanges de la répartition ?

Si cela était, 2010 serait une année faste, et en ce lundi 25 janvier on n’aurait pas entendu que des « paroles en l’air ».

 

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Au sommaire du n°1318 du 18 avril 2017


Editorial : 23 avril : fête de la Miséricorde

Conjoncture : Diminuer les charges sociales

Actualité  : Turquie : la dictature est en place - Trump contre Kim Jong-Un

Spécial présidentielles  : Pourquoi nous, économistes, soutenons Fillon - Fillon - Macron : comparaisons

Lu pour vous  : Sur le site libres.org : veille de campagne

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