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UNE HIRONDELLE NE FAIT PAS LE PRINTEMPS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 23 Mars 2009 01:00
 Bataille

« Je n’ai pas été élu pour augmenter les impôts. Moi, j'ai été élu pour réconcilier la France avec l'entreprise et avec l'usine. S'il y en a que ça démange d'augmenter les impôts, ils oublient qu'on est dans une compétition. Mon but, c'est de faire venir en France, faire investir en France des gens qui ont de l'argent dans nos usines et dans nos entreprises, ce n'est pas de les faire partir…

S'il suffisait d'augmenter les impôts pour qu'il y ait de la justice sociale, depuis des années qu'on augmente les impôts, gauche et droite confondues, on devrait être le pays le plus juste au monde ! ». 

Bravo, président SARKOZY : ces fortes paroles, prononcées jeudi dernier à Ornans, ont les accents d’un ultra-libéralisme sincère, et ramèneront sans doute quelques électeurs au bercail en juin prochain.

En effet, il est bon de se remettre en mémoire les promesses électorales, surtout quand les électeurs ont le sentiment (bien sûr irraisonné) qu’elles n’ont pas été tenues depuis deux ans. 

Il est vrai que cette déclaration se comprend à la lumière de l’offensive menée depuis quelques jours par des membres éminents de l’UMP, comme l’ancien premier ministre Dominique de VILLEPIN et l’actuel Président de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale Pierre MEHAIGNERIE. Au nom de la « justice sociale » ces personnalités, soutenues par une cohorte importante de parlementaires du même bord, remettent en cause le bouclier fiscal, et proposent même une super-tranche d’impôt sur le revenu pour les contribuables gagnant plus de 300.000 euros par an.

Le bouclier fiscal était déjà un bémol apporté à la promesse de suppression de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF). Cette demie mesure, qui est banale dans un grand nombre de pays européens (en Allemagne, c’est la constitution qui limite le prélèvement fiscal à la moitié du revenu), est la cible de la gauche, qui trouve ainsi des alliés inattendus au sein de la majorité parlementaire. Nicolas SARKOZY mène donc le combat sur deux fronts : celui de ses ennemis et celui de ses « amis ».  

Sans aucun doute le Président a-t-il raison sur le fond. La première grande réforme introduite par Ronald Reagan a été la baisse des taux d’impôts sur le revenu, la réduction à deux du nombre de tranches d’imposition. Ainsi la progressivité de l’impôt a-t-elle été fortement atténuée, et les Américains n’ont plus eu peur d’abandonner au fisc le fruit de leurs efforts supplémentaires et de leurs initiatives nouvelles. « L’effet Laffer » a entraîné une vague d’investissements, de créations d’entreprises, de profits supplémentaires, et le fisc américain en a été le premier bénéficiaire : la croissance de la « matière fiscale » a plus que compensé la baisse des taux. La croissance a évidemment permis la résorption rapide du chômage. 

On devrait donc s’attendre à ce que notre Président, ayant fait son chemin de Damas, en vienne empiriquement à adopter les principes de la « Reaganomics ». Mais ne rêvons pas. Les allègements fiscaux pour les hauts revenus ne sont pas encore là. Pour l’instant les dispositions prises par Bercy concernent les revenus des classes modestes, qui ne payent pas beaucoup d’impôts. 

D’autre part, le Président est le plus grand pourfendeur des paradis fiscaux sur la scène internationale, et il y a quelque contradiction à faire l’éloge des titulaires des hauts revenus et dans le même temps à traquer l’évasion fiscale qui est bien provoquée, que je sache, par les taux aberrants pratiqués en France. Si l’on accepte la « compétition », il faut admettre aussi le « dumping fiscal » ; dans une course certains vont plus vite que les autres.  

Ainsi, de mon point de vue, il en faudra davantage pour réconcilier le Président avec une large part de son électorat. Les discours récents sur le partage du profit, l’accusation implicite des dirigeants d’entreprises, l’obsession d’un consensus avec les « partenaires sociaux », la volonté de réglementer la finance mondiale (déjà sur-réglementée), voire de refonder le capitalisme : tout cela s’adresse plutôt aux électeurs de Besancenot ou de Martine Aubry qu’à ceux de la majorité.  

Une hirondelle ne fait pas le printemps. Se battre pour le bouclier fiscal, c’est une attitude honorable. Le seul commentaire de Martine Aubry à l’issue des manifestations était pour s’en prendre une nouvelle fois aux « cadeaux faits aux riches ». Peut-être les outrances de la gauche et les intrigues de la droite finiront-elles par ramener nos dirigeants dans la bonne voie. Mais il y faudra sans doute d’autres hirondelles…

 

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Au sommaire du n°1333 du 12 septembre 2017


Editorial : Pourquoi les Français n’aiment pas les réformes

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