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Innovation et destruction créatrice

C’est certainement au titre de sa théorie de l’innovation et de la destruction créatrice que Schumpeter est le plus connu. Il a le mérite de replacer au cœur de l’économie le personnage de l’entrepreneur, totalement oublié depuis Jean Baptiste Say.

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LA MAGIQUE DÉMONSTRATION DE LORD KEYNES PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 09 Mars 2009 01:00
 Keynes est mort !

« Keynes est mort », avait constaté Milton FRIEDMAN en 1975. La crédibilité scientifique de « La Théorie Générale » (1936) avait en effet été totalement ruinée par les analyses des adversaires du keynésianisme, mais aussi par les échecs de toutes les politiques qu’il avait inspirées. Aujourd’hui, avec la crise, et la façon dont y répondent les politiciens, c’est le retour de l’Etat, c’est le retour de Keynes. Mais la démonstration de Keynes aurait-elle retrouvé quelque valeur explicative ? Certainement pas : elle est toujours aussi fallacieuse. Cela mérite d’être dit, car il faut démasquer une supercherie aujourd’hui fatale. 

Keynes veut prouver qu’une économie de marché laissée à elle-même débouche mécaniquement sur le chômage massif. Une intervention de l’Etat est donc indispensable pour retrouver le « plein emploi ». Reste à le démontrer. Pour y parvenir Keynes introduira pas moins de huit hypothèses, qui sont huit raccourcis sans aucun fondement. Pour expliquer ces tours de passe-passe je dois d’abord résumer le cheminement de la théorie Générale. Écoutons Lord Keynes. 

Dans une économie, en un moment donné, le niveau de l’emploi global dépend du niveau de la demande globale anticipé par les entrepreneurs : ils n’embaucheront que s’ils ont la perspective de vendre leur production. La demande globale a deux composantes, la consommation et l’investissement. La consommation privée manque de dynamisme, à cause d’une « loi psychologique fondamentale » : plus de revenu conduit à plus d’épargne (la « propension marginale à consommer » son revenu excédentaire est inférieure à un). La léthargie de la consommation peut-elle être compensée par le dynamisme de l’investissement ? L’investisseur regarde ce que lui rapporte sa dépense en équipement (« efficacité marginale du capital ») et ce que lui coûte l’emprunt nécessaire pour la financer (taux d’intérêt). Or, l’efficacité marginale ne cessant de diminuer au fur et à mesure de l’accumulation du capital, il faudrait que le taux d’intérêt s’abaisse également. 

Le taux d’intérêt dépend d’un choix de l’épargnant : veut-il placer son épargne ou la conserver sous forme liquide ? La demande de liquidité est faite de trois composantes : encaisses de transaction (avoir toujours un volant de trésorerie), de précaution (faire face à des dépenses inattendues), de spéculation. Les encaisses de transaction et de précaution sont stables, tandis que les encaisses de spéculation augmentent avec la baisse des taux d’intérêt. Donc, en dessous d’un taux d’intérêt critique, la préférence pour la liquidité devient totale, l’épargnant ne veut plus engager son argent, trop mal rémunéré. Si les banques mettent des liquidités sur le marché en créant de la monnaie, celle-ci ne fait plus retour sous forme d’investissement, elle grossira une encaisse devenue stérile : c’est la « trappe monétaire ».  

L’investissement ne peut donc pas davantage relancer l’économie que la consommation. La « demande globale spontanée » est insuffisante. Faute de débouchés suffisants, les entrepreneurs n’ont donc aucune raison d’embaucher. Aussi l’insuffisance de la demande globale spontanée doit-elle être compensée par une demande de la part des pouvoirs publics : les dépenses de l’Etat vont prendre le relais pour assurer un plein emploi qui sans cela ne sera jamais atteint. CQFD.  

Magistral, magique, irréfutable. Voici maintenant les huit hypothèses sous-jacentes.


1° L’emploi global dépend de la demande globale. On est dans le « global », et une relation mécanique s’établit entre l’embauche de toutes les entreprises et leurs débouchés. Les entrepreneurs embauchent ou licencient au hasard de la conjoncture qu’ils anticipent. Il n’y a donc aucune flexibilité dans le processus de production, qui est le même pour tous.

2° Seule la demande est prise en compte parce qu’à court terme les entrepreneurs ne modifient pas les conditions de leur offre, les effets d’un investissement et  de la productivité n’interviennent qu’à long terme, or « à long terme nous serons tous morts », disait Keynes.
 

3° La consommation n’augmente pas aussi vite que le revenu. Cette « loi psychologique » a été démentie par la mise en évidence (par Friedman) d’un « revenu permanent » : les consommateurs ne changent pas leurs habitudes à la moindre variation de leurs gains.


4° L’efficacité marginale du capital diminuerait. Keynes veut faire croire à la « baisse tendancielle des profits » imaginée  par Ricardo et Marx. Pourquoi la baisse ? Qui l’a vue ?


5° La théorie des encaisses suppose que l’épargnant ne considère que le taux d’intérêt lié à la spéculation. Les ménages ont en réalité une demande d’encaisses réelles tout à fait stable. Ils connaissent leur niveau « d’encaisses réelles désirées » et n’ont pas l’habitude d’accumuler de l’argent qui ne sert à rien, l’argent supplémentaire ne passe pas « à la trappe ».


6° Le financement de la dépense publique importe peu. Le budget peut être mis en déficit. Donc on ignore « l’effet d’éviction » : pas besoin d’impôt pour relancer l’activité, donc pas de risque que la dépense publique « évince » la dépense privée.


7° Les déficits de l’Etat sont financés par la banque centrale. Cette création monétaire  mène à l’inflation, Keynes en convient, mais l’inflation est le prix à payer pour le plein emploi. 

8° La relance va  s’opérer grâce au miracle du multiplicateur d’investissement public : un euro de dépense publique permet de distribuer des dizaines d’euros à ceux qui retrouvent un emploi, dans un programme de  grands travaux par exemple. 


Au total, la théorie de Keynes est une théorie de la demande, du court terme, de la nocivité de l’épargne. L’entrepreneur n’est pris en compte que pour ses anticipations pessimistes, il n’y a ni innovation, ni création d’emplois. L’épargnant ne sait pas quoi faire de son argent. Le travailleur subit les méfaits de la conjoncture. Seul l’Etat peut sauver tout le monde.

Voilà la démonstration terminée, le magicien a sorti son lapin. Au prix de raccourcis et d’erreurs, il est arrivé à ses fins. C’est ce que le doyen Alain BARRERE avait appelé « le finalisme keynésien ». La fin justifie les moyens.

Quand va-t-on en finir avec la magie, et avec le magicien ?

 

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