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SOMMET DES VINGT : CE N'ETAIT PAS L'HIMALAYA ! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 24 Novembre 2008 01:00
 Sommet des 20

Certains naïfs avaient peut-être pensé qu'il suffirait de réunir vingt chefs d'Etat à Washington pour sauver l'économie mondiale. Notre Président lui-même avait, dit-on, obtenu de George BUSH la convocation de cette assemblée qui devait être "historique".

Après les illusions, voici les déceptions.

On a beaucoup parlé, et dit beaucoup de sottises. On n'a rien décidé, ce qui n'est pas pour déplaire à ceux qui se méfient des initiatives et des cadeaux des hommes politiques.

On n'a rien décidé, pour la bonne raison que le principal acteur n'a pas fait son entrée en scène. Le futur président Obama était dans la coulisse, mais à vrai dire on ne sait rien de ses projets précis dans le domaine de la politique économique internationale. Sans doute a-t-il tenu des discours très protectionnistes pendant la campagne, au point d'alarmer les plus éminents économistes américains, Gary BECKER en tête. Sans doute s'est-il engagé à soutenir l'industrie automobile américaine – mais ce propos est devenu banal dans le monde entier. Mais depuis son élection il a envisagé de revenir à la rigueur monétaire, et il n'a pas remis en cause le  principe général du libre-échange. Ses "amis" de Wall Street ne peuvent se passer de la mondialisation.

On n'a rien décidé non plus parce que l'analyse de la crise ne fait pas l'unanimité parmi les politiciens. Pour les uns, il s'agit d'une crise du capitalisme qui a besoin d'être "refondé" voire rejeté ; pour les autres, il s'agit d'une récession qui peut être atténuée par des politiques de relance ; pour quelques-uns (minoritaires), il s'agit d'une crise de l'Etat Providence. Personne en tous cas ne voit clairement l'issue du problème, et pour paraître dominer la situation et sauver sinon l'économie du moins la face, nos vingt chefs d'Etat se sont défaussés sur le Fonds Monétaire International, tout en rejetant la tentation de compromettre la mondialisation. On les comprend : la mondialisation est devenue le pilier de toutes les économies développées ou émergentes ; il est impensable de la supprimer par décret.

Enfin, sans être des économistes confirmés, les chefs d'Etat savent bien que la mise en place d'une politique économique, commerciale et financière mondiale, en contrepoids de la mondialisation libre-échangiste, prendrait – à supposer qu'elle fût acceptée – des dizaines de mois, sinon d'années. Ils ont donc décidé de ne rien décider, de se "hâter lentement", et la prochaine rencontre se tiendra dans six mois…

Si rien n'a été réellement décidé, beaucoup de choses se sont dites, et l'on a entendu des discours et tenu des propos d'un autre monde : celui de l'ignorance économique.

Il y a d'abord le "tout FMI". On aurait donc chargé le Fonds Monétaire International de jouer les Saint-Bernard des pays et secteurs en détresse. On a magnifié le rôle du FMI au secours de la Georgie, feignant d'ignorer que les malheurs de ce pays viennent des pressions du grand voisin, et que l'engagement du FMI (750 millions de dollars) est une goutte d'eau dans l'océan des déficits mondiaux. Pour remplir cette mission nouvelle, il faudrait que le FMI dispose lui-même de ressources importantes, constituant un genre de "fonds souverain mondial". Mais qui va abonder ce fonds ? Les Américains ? Les riches pétroliers (qui ont aussi perdu quelque argent dans l'affaire) ? Les Russes (en faillite) ? Le FMI va-t-il émettre de la fausse monnaie comme il le fit jadis avec les "droits de tirage spéciaux", prêtant bien plus qu'il n'avait en réserve ?  

Derrière le FMI, il y a eu le triomphe verbal et verbeux des keynésiens, et à leur tête Dominique Strauss Khan, trop heureux de donner dans les médias les mêmes cours de dirigisme keynésien qu'il assénait jadis à ses étudiants, avec vingt ans de décalage par rapport à la science économique : nécessité de la relance, grands travaux, soutien des entreprises et des secteurs en difficulté, redistribution et programmes "sociaux", etc. Aujourd'hui on n'entend plus parler que de "relance", alors que l'on sait que les dépenses publiques ne débouchent que sur les déficits, l'endettement, l'inflation et le chômage.

Il y a eu enfin des accents nationalistes et colbertistes qui ne trompent pas. Les fonds souverains sont à la mode, notamment en France, et la plupart des chefs d'Etat présents au sommet ont conclu que la relance, pour souhaitable qu'elle fût, ne pouvait s'organiser au niveau mondial. Les Chinois vont faire la relance à leur manière, les Indiens aussi, les latino-américains de même, et l'Europe n'est pas très unanime, puisque Madame Merkel est réticente à subventionner Opel, filiale de General Motors. Le gouvernement économique mondial n'est pas pour demain. Les Etats vont-ils profiter de l'aubaine pour reconstruire leur souveraineté économique mise à mal par la mondialisation ?

Il ne faudrait pas que le soutien de l'industrie automobile, au demeurant inutile, coûteux et injuste, devienne le prétexte à toutes les subventions (surtout quand elles n'ont d'autre financement que les impôts, les déficits et la dette.

Ainsi, derrière des discours aussi trompeurs qu'inconscients, se cache une invalidité intellectuelle et politique assez troublante. Comme je l'ai déjà dit, je crains dans la conjoncture actuelle les interventions des Etats. S'ils sont impuissants à agir au niveau mondial, ce que prouve ce sommet, tant mieux. S'ils se croient assez puissants pour agir à leur seul niveau national, tant pis pour eux : la mondialisation les remettra tôt ou tard à leur place. Leur place est ailleurs que dans l'économie, et surtout pas dans ces domaines que sait très bien ordonner la société civile, qui pour sa part n'a besoin que de liberté.

 

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