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« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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LE LIBERALISME DE MONSIEUR DELANOE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 26 Mai 2008 01:00
 Le libéralisme...nouvelle vedette

« Je suis libéral… Les socialistes doivent accepter pleinement le libéralisme ». La profession de foi libérale de Monsieur DELANOE, dans des propos repris par Le Figaro du mercredi 21 dernier, a de quoi surprendre. Je m’en suis entretenu avec de nombreux libéraux qui entouraient Benoîte TAFFIN, porte parole de Contribuables Associés, administrateur de l’ALEPS, récipiendaire le même soir du Prix Renaissance de l’Economie. Certains considéraient le discours du maire de Paris comme une mascarade et une ineptie : comment peut-on adhérer au libéralisme quand on se dit socialiste ? 

Je suis de ceux qui, tout au contraire, considèrent cette déclaration comme un évènement politique majeur, peut-être un tournant décisif dans la vie politique française.

Car Bertrand DELANOE est parti d’un constat sévère mais réaliste – on ne peut compter sur la droite pour implanter le libéralisme en France – pour arriver à une conclusion logique : si la droite ne peut être libérale, il reste à la gauche de l’être à sa place. Mais, par-dessus tout, ce qui constitue pour moi une divine surprise, c’est que l’on puisse se prévaloir du libéralisme pour lancer une campagne électorale, je pensais le libéralisme mort et enterré, au moins pour un temps – c’est ce que j’avais dit au cours de notre Assemblée Générale de l’ALEPS, il y a un mois. 

Mais je reviens aux propos de Bertrand DELANOE : « Le sarkozisme, ce bonapartisme modéré par la désinvolture, est profondément antilibéral…Monsieur Sarkozy se veut souverain omnipotent ; le libéralisme, c’est le contraire, c’est la tolérance devant les démarches individuelles. Je suis libéral, la droite ne l’est pas ». Voilà qui nous change des discours habituels de la gauche plurielle pour qui les maux de la France viennent de « l’ultralibéralisme » qui inspirerait nos dirigeants. Pour brutale et irrévérencieuse qu’elle soit, la critique de la droite dirigiste est hélas justifiée, et si le Président SARKOZY a déçu c’est qu’il n’a pas su en un an faire la preuve de la rupture qu’il promettait : on est resté dans la grande tradition centralisatrice, dans les déficits publics, dans un dialogue social inutile et stérile, dans la production désordonnée de lois et règlements irréfléchis. Je ne fais même pas allusion à l’élimination des politiciens libéraux de la majorité actuelle, à quelques personnalités près – dont on peut saluer la patience. Il appartenait à la droite, depuis des années, d’orienter le pays vers le libéralisme, elle ne l’a pas fait, elle a trahi sa mission et plongé le pays dans le doute et le désordre. Être contre la gauche, ce n’est pas être libéral, c’est vouloir conquérir ou conserver le pouvoir. Une majorité simplement électorale ne tient pas lieu de projet de société. Faute de doctrine, faute de lisibilité, la droite s’est égarée dans un « empirisme » qui lui a inspiré la politique du chien crevé au fil de l’eau. 

Tout cela est hélas trop connu de mes lecteurs libéraux. L’originalité du discours de DELANOE est plutôt d’inviter ses amis socialistes à ouvrir les yeux sur le monde contemporain, sur le nouveau visage de l’économie. « Si les socialistes du XXIème siècle acceptent enfin pleinement le libéralisme, s’ils ne tiennent plus les termes de « concurrence » ou de « compétition » pour des gros mots, c’est tout l’humanisme libéral qui entrera de plein droit dans leur corpus idéologique »…La gauche doit adopter « une doctrine de la liberté et de la justice dans une société imparfaite, et non une doctrine de la lutte des classes qui nous promet une société égalitaire et parfaite ».  

Certes, le libéralisme vu par Monsieur DELANOE n’est pas exactement le nôtre. D’une part il a tendance à confondre libéral et libertaire, et à passer sous silence les exigences morales de la liberté. Nous ne cessons de le répéter ici : pour nous la liberté n’est pas une fin en soi, elle est un chemin vers la dignité de la personne humaine. D’autre part, il pense que le libéralisme est avant tout « managerial », et consiste à mieux gérer l’Etat et les services publics : c’est nettement insuffisant, même si c’est nécessaire, puisque l’essentiel n’est pas de rendre au public sa pleine efficacité, mais de diminuer son rôle jusqu’à le ramener à un simple recours subsidiaire. Enfin, il prend soin de mettre un bémol au libéralisme qu’il prône, et à ses yeux le libéralisme ne saurait consister en « un désengagement de l’Etat et au laisser-faire économique ». On voit donc les limites du libéralisme « progressiste », tellement délavé qu’il n’a plus aucun sens. Il est admirable que Monsieur DELANOE adhère au libéralisme, mais il a certainement besoin de travailler ses gammes. Le catéchumène n’est pas prêt pour le baptême. 

Comme le faisaient remarquer certains de mes amis, ce discours nouveau n’est peut-être qu’un attrape-mouche, fait pour séduire ceux qui ne sont plus à l’aise dans le corset étroit du paléo-socialisme marxiste. « Je n’ai jamais été marxiste » précise d’ailleurs Bertrand DELANOE. 

C’est précisément cette référence au « libéralisme » comme source de crédibilité politique qui est la plus intéressante. Y aurait-il en France assez d’électeurs attirés par le libéralisme pour chercher à les séduire ? Certes, Bertrand DELANOE s’est exprimé dans un ouvrage repris dans les colonnes du Figaro, dont les lecteurs ne sont pas de gauche, mais pas nécessairement libéraux. Mais il est révélateur qu’une personnalité comme le maire de Paris ose utiliser des « gros mots ». 

En conclusion, et sans que je veuille vous imposer mon interprétation des propos du maire de Paris, je vous invite à reprendre espoir : le libéralisme peut être de retour, au moins dans les discours, et ce n’est sûrement pas le moment de mettre notre drapeau dans la poche. Trop nombreux sont ceux qui ont renoncé, après les déceptions et les échecs accumulés depuis dix ans. Il leur faut maintenant reprendre confiance dans le futur du libéralisme, et faire en sorte qu’il ne soit pas un simple mot, mais bien un projet de société, celui des peuples libres, prospères et harmonieux.  

 

 

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Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


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