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Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

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Les produits s’échangent contre les produits

Cette formule est aujourd’hui connue sous le nom de « loi de Say ».

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ENTREPRISES ET POUVOIR D'ACHAT PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 03 Septembre 2007 01:00
 Le laboureur et ses enfants

C’était l’un des thèmes du discours de Nicolas SARKOZY devant l’Université d’Eté du MEDEF. Je salue comme il convient les marques de sympathie et de soutien que le Président de la République a multipliées à l’égard des entrepreneurs et de l’organisation patronale dirigée par Madame PARISOT. Cela nous change de l’ostracisme ou de l’hostilité qui frappaient naguère les entrepreneurs, les mal aimés des politiciens et des médias français. Maintenant le Président veut « rassembler les Français autour des entreprises », c’est mieux que la lutte des classes.

Je prends note également de quelques annonces rassurantes : fin de la délation fiscale, révision plus complète des 35 heures, une avancée dans la flexibilité du droit du travail, la réforme de l’Etat et la suppression de quelques grandes directions administratives. Le Président a remis en honneur quelques-unes des promesses de sa campagne.

Pour autant, je n’arrive pas à comprendre pourquoi nos dirigeants, et le plus illustre d’entre eux, s’obstinent à employer l’argument keynésien suivant lequel un bon coup d’accélérateur du pouvoir d’achat serait l’élément moteur de la relance d’une croissance qui se meurt. Dans cette optique il appartiendrait aux patrons de « jouer le jeu », c'est-à-dire d’accroître les salaires.

Je pense qu’il y a ici une profonde contradiction entre l’habileté politique et les réalités économiques, et qu’il faudra bien trancher tôt ou tard.

Les réalités de l’économie concernant le pouvoir d’achat ont été exposées par Jean Baptiste SAY, que Madame PARISOT a d’ailleurs cité : les revenus monétaires versés aux producteurs ont pour seule origine la valeur du service rendu aux consommateurs, matérialisée par l’argent payé. C’est le prix qui fait le revenu, et non l’inverse. Cette « loi de Say » formulée en 1810 a été redécouverte pour rompre heureusement avec les erreurs de Keynes et provoquer le séisme scientifique du « supply side » : voir la vie économique du côté de l’offre, et non plus du côté de la demande. Keynes avait égaré l’analyse économique en suggérant que la prospérité vient de la vigueur de la dépense, sans se poser la question élémentaire : d’où vient l’argent que l’on dépense ?

C’est sans doute Frédéric BASTIAT qui a donné la meilleure lecture de la nature de la vie économique : les services s’échangent contre les services. La vie économique est faite d’échanges entre personnes qui satisfont leurs propres besoins (pouvoir d’achat) en cherchant à satisfaire les besoins des autres (qui payent le prix). On ne produit pas pour produire, pour fabriquer un bel avion, pour récolter de beaux fruits ou pour organiser de beaux voyages. On produit pour aller au devant des désirs et des moyens des voyageurs, des fructivores et des touristes. Tout ce qui donne sa valeur à une production tient à sa destination. « Le pouvoir d’achat est égal à la production vendue » précisait encore Jean Baptiste SAY. En d’autres termes, si vous ne vendez rien de votre production, vous n’avez à attendre aucun pouvoir d’achat. Le salaire n’est pas la récompense d’un effort, ce n’est pas le prix de la peine du travailleur, c’est la récompense d’un service rendu à un client. Ce n’est pas le patron qui paye le salarié, c’est le client. L’entrepreneur n’est qu’un intermédiaire entre les besoins supposés de la communauté et les moyens de les satisfaire. Il y a quelque mérite, parce qu’il peut se tromper sur ce que désirent les clients et sur ce que font les concurrents. La rémunération de ce mérite entrepreneurial est le profit. Doit être aussi rémunéré par un intérêt l’épargnant qui permet l’investissement dans l’entreprise. Ainsi profits, intérêts et salaires sont-ils l’exacte contre-partie de la valeur du produit, telle qu’elle est appréciée par la communauté des acheteurs, ou par « le marché » – expression maladroite parce qu’elle semble effacer les choix individuels pour leur substituer un mécanisme impersonnel.

Je suis navré de rappeler ces vérités premières, mais elles conduisent à une conclusion fort nette : le pouvoir d’achat du salarié, de l’entrepreneur ou de l’investisseur n’a d’autre origine que le service rendu par l’entreprise.

Voilà qui devrait ôter de l’esprit des Français que le pouvoir d’achat dépendrait d’une décision arbitraire du patron, qui se laisserait plus ou moins convaincre d’augmenter les salaires suivant la pression qu’exerceraient sur lui les syndicats et les pouvoirs publics. La « répartition des revenus » n’est pas un acte politique, mais économique.

Quand on fait de l’anti-économique, on fait du « social ». C'est-à-dire que l’on met les patrons en demeure de « jouer le jeu ». Je comprends que l’on puisse encourager les entrepreneurs à être encore plus entreprenants, mais la plupart du temps ce n’est pas à eux qu’on peut imputer la léthargie de la croissance ou la stagnation du pouvoir d’achat. C’est que l’environnement qu’on leur a fabriqué est stérile, démotivant, coûteux. Stérile parce que les ressources de l’épargne sont épuisées par la fiscalité et gaspillées en dépenses publiques. Démotivant parce que le mérite, la réussite et le talent sont montrés du doigt et pénalisés par la taxation des gains marginaux et du patrimoine. Coûteux parce que le salaire complet est grevé de charges imputables à un système aberrant appelé Sécurité Sociale. Voilà les vraies « freins à la croissance », et il n’est pas besoin d’un comité ou d’un rapport pour dire qu’en France il faut alléger la dépense publique, donc les administrations, supprimer ou réduire les impôts, changer de mode de protection sociale, restaurer la liberté du travail, de la finance et de l’entreprise.

Evidemment un tel programme (que j’ai explicité avec d’autres dans le « Guide de la Réforme ») n’est pas très politiquement correct, et l’habileté politique requiert une autre approche. Il ne faut pas désespérer Billancourt, ni les syndicats, ni ceux qui vivent par et pour l’Etat. Une grand’messe sur le pouvoir d’achat fera donc écho à la visite au Medef, en attendant le « Grenelle de l’écologie » qui sera un vrai sommet (comme l’ont été les « accords de Grenelle » en 1968). Quelques attaques contre le « capitalisme des financiers » semblent de bon goût, comme si les banquiers n’étaient pas des entrepreneurs Enfin pour calmer le jeu et apaiser la nation on va racheter le Parti Socialise en pièces détachées.

La ligne du Président est donc difficilement lisible, puisqu’il accompagne quelques discours et certaines mesures réalistes de contre-discours et contre-mesures particulièrement « habiles ». En attendant, les réformes fondamentales attendent, les électeurs aussi. Ils veulent bien « jouer le jeu », mais ils se demandent à quel jeu on joue.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


Editorial : La Reconquête

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