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RETOUR A L'ATLANTISME ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 11 Juin 2007 01:00
 Poutine

J’ai choisi de faire l’impasse sur le premier tour des législatives, je me réserve d’en parler au soir du 17 juin quand on connaîtra la composition définitive de l’Assemblée. Je vous propose de revenir sur le sommet du G8 et sur le futur des relations entre Etats-Unis et Europe : retour à l’Atlantisme ?

Par « Atlantisme », on entend habituellement une position diplomatique et stratégique qui rapproche les Européens des Américains du Nord.

Certains pays européens sont réputés plus atlantistes que d’autres : Grande Bretagne, Pays Bas, Pologne, Pays baltes et République Tchèque. La France, ayant plus ou moins quitté l’OTAN avec de Gaulle, est peu attirée vers l’Atlantisme, et Hubert VEDRINE et Dominique de VILLEPIN, dans une belle continuité, ont été résolument anti-atlantistes. Le sommet a été atteint quand la France a pris la tête de la fronde anti-BUSH à propos de la guerre en Irak.

La réunion du G8 donne au débat sur l’Atlantisme un relief nouveau, à cause de l’attitude de POUTINE et des mesures contre le réchauffement climatique. Faut-il resserrer les rangs européens autour des Etats-Unis, ou faut-il mettre en place une nouvelle diplomatie européenne, dans la logique des institutions que l’on veut donner à l’Union, dotée d’un Ministre des Affaires Etrangères ?

Parmi les sujets concernant l’économie mondiale, dont le G8 est censé s’occuper par priorité, Angela MERKEL, soutenue par Nicolas SARKOZY a voulu infléchir la position américaine sur les « émissions de gaz à effets de serre ». Je ne suis pas sûr que le CO2 soit la clé de l’économie du futur, ni même le « salut de la planète », mais le couple franco-allemand tenait beaucoup à faire rentrer les Etats-Unis dans le cercle vertueux de Kyoto. George BUSH n’en voulait pas, puisque d’une part il ne veut pas confier à l’ONU, organisation irresponsable, la mission de sauver la planète, d’autre part il pense qu’un pacte qui oublie la Chine et l’Inde, deux des pays les plus pollueurs du monde, n’a pas beaucoup de sens. Il a donc pris les devants pour démontrer la bonne foi des Américains, et a proposé une refonte totale du dispositif anti-gaz fondé non plus sur des normes arbitrairement fixées mais sur un marché des droits d’émission (qui coûterait cher aux Américains sans doute, mais également aux Chinois et Indiens et autres pollueurs non signataires des accords de Kyoto). Finalement, Angela MERKEL a eu la satisfaction de voir le fameux objectif de 2°c accepté, mais pour autant George BUSH n’a pas sensiblement modifié sa position ; d’ailleurs Chinois et Indiens se sont indirectement invités au débat en laissant entendre qu’ils étaient prêts à coopérer à un objectif mondial. Dans ce flou artistique, les Européens ont cependant montré leurs différences.

A mes yeux, le péril rouge est plus immédiat que le péril vert (souvent le fait de rouges repeints en vert). Il était donc bien plus important de savoir comment POUTINE allait se comporter à Heiligendamm.

La conférence du G8 a été précédée d’une offensive diplomatique russe sans précédent depuis la guerre froide. Le prétexte a été l’installation du bouclier anti-missile destiné à protéger les pays européens contre l’envoi d’ogives nucléaires par quelque puissance asiatique, et notamment l’Iran. POUTINE a considéré cette initiative comme une agression menaçant son pays, et a annoncé en représailles la reprise unilatérale de la course aux armements et l’installation de missiles pointés vers des cibles en Europe centrale et occidentale.

Il avait donné le ton dans une série de discours et d’interviews. Interrogé sur sa conception de la démocratie : « La tragédie c’est que je suis le seul pur démocrate au monde. Depuis la mort de Gandhi, je n’ai personne à qui parler ». Par contraste,  « les Etats-Unis sont le plus grand pourfendeur des droits de l’homme à l’échelle globale ».

Evidemment on peut se demander pour quelles raisons POUTINE lance une telle offensive. Il y a sans doute un objectif de politique intérieure, pour soigner sa popularité auprès de Russes trop  heureux   de retrouver l’apparence de la puissance après l’humiliation qu’ils ont subie avec le démantèlement de l’URSS et la ruine de leur pays. Il y a aussi un avertissement aux Occidentaux : les territoires naguère sous la coupe communiste doivent redevenir nos satellites, pas ceux des Américains. Il y a enfin une nouvelle vue du jeu géopolitique, avec un rapprochement à grands pas des pays asiatiques disposant de ressources énergétiques et minières, et un nouveau dialogue avec la Chine qui lorgne du même côté.

Mais finalement POUTINE a pris tout le monde à contre-pied en proposant de s’associer à la mise en place du bouclier anti-missile, à condition qu’on l’implante… chez lui. Ce qui évite de le voir à ses portes chez des gens aussi mal intentionnés que les Polonais et les Tchèques. La proposition a été reçue avec perplexité et prudence par George BUSH, mais elle risque aussi d’ébranler les gouvernants européens. Peut-être serait-ce l’occasion de retourner à l’Atlantisme.

Le retour à l’Atlantisme serait-il un échec ou un progrès ? Ce serait sûrement un échec pour les tenants de l’Europe politique, car les deux domaines régaliens de la diplomatie et de la défense échapperaient largement à l’Union. En revanche ce serait un progrès de revenir à une défense collective des peuples libres contre les agressions, qu’elles viennent du néo-impérialisme de POUTINE ou du fanatisme religieux des Iraniens au pouvoir. George BUSH, dans sa tournée européenne, a rappelé pourquoi Européens et Américains devaient reconstruire la famille aujourd’hui divisée : « mettre fin à la tyrannie dans le monde.

Dans le nouveau contexte géopolitique, l’Atlantisme sera peut-être la seule solution à laquelle se rangeront les peuples désireux de sauvegarder leur liberté. La diplomatie et l’opinion françaises devront se départir de leur anti-américanisme primaire. La diffusion des idées de la liberté sera indispensable pour changer les mentalités, pour discerner où est « l’axe du mal » et pour apprendre à le contenir, en attendant de le subvertir.  

 

 

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