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THERAPIE DE CHOC OU GRADUALISME ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 04 Juin 2007 01:00
 Quelle prescription ?

C’est la question qui se pose aujourd’hui en France, comme elle s’est posée il y a quinze ans aux nations libérées du communisme, comme elle se posera dans tous les pays émergents qui veulent relever le défi de la mondialisation.

Frédéric Bastiat raconte l’histoire de ce paysan qui doit couper la queue de son chien et s’apitoie sur le sort de la pauvre bête : « Ne t’inquiètes pas, je ne te couperai qu’un petit bout chaque jour ». Le paysan de Bastiat avait fait le choix du gradualisme, d’une médecine douce finalement plus douloureuse qu’une taille à vif, qu’une thérapie de choc.

Après l’éclatement du bloc soviétique en Europe, deux types de politique ont été menées. Les unes, comme en République Tchèque ou dans les pays Baltes, ont adopté la thérapie de choc. Privatisations immédiates, stabilisation monétaire, restauration immédiate des libertés publiques et large ouverture aux entreprises et capitaux étrangers.

Les autres, comme en Pologne ou en Roumanie, ont tardé à démanteler le secteur public, ont laissé filer l’inflation, ont joué en partenariat avec les organisations internationales plutôt qu’avec les entreprises étrangères. Le résultat est visible aujourd’hui. Ceux-là ont totalement reconstruit leur économie et leur démocratie, ceux-ci ont peiné jusqu’à maintenant et il a fallu la perspective de l’adhésion à l’Union européenne pour accélérer les réformes attendues depuis quinze ans. Ils mettent les bouchées doubles.

Le Président et les réformateurs de la France sont à leur tour placés devant ce même choix. Militent en faveur de la thérapie de choc : la situation alarmante de l’économie, l’environnement international, l’ampleur de la victoire, l’explosion de la gauche. Inclinent au gradualisme : le poids du secteur public, la puissance militante des syndicats et corporations, la lourdeur de l’héritage du socialisme et du jacobinisme. Ce sont parfois plusieurs siècles d’étatisme à effacer, et un demi-siècle de collectivisme. Notre mur de Berlin n’est pas tout à fait détruit.

La balance penchera d’un côté ou de l’autre en fonction du tempérament des acteurs, du calendrier et de l’échiquier politiques, mais il est temps de choisir.

Le tempérament de Nicolas SARKOZY le porte à l’action rapide et audacieuse. « J’irai aussi loin que possible dans la voie des réformes », dit-il et il précise : « Je serai un Président qui gouverne ». Il met déjà sous pression intense ses ministres et collaborateurs. Il multiplie les voyages : Berlin, Toulouse, Bruxelles, Le Havre, etc. Il multiplie les audiences : partenaires sociaux, écologistes, ambassadeurs. Activisme ou action ? En tous cas il ne semble pas vouloir attendre ceux qui traînent les pieds.

Or, ils sont nombreux à prendre leur temps, à jouer la montre, attendant que l’opinion se revire, que leurs forces ébranlées se reconstituent. Le calendrier électoral les dessert à cause de la proximité des législatives – ils devront accepter la « vague bleue », mais les sert d’un autre côté parce qu’il y a un an avant les élections locales, où traditionnellement les perdants des nationales prennent leur revanche. Nicolas SARKOZY a-t-il intérêt à ramasser tout de suite la mise des législatives, ou à attendre que tous les pouvoirs locaux aient été reconquis ?

Et la meilleure façon pour lui de souder sa majorité parlementaire nouvelle n’est-elle pas de l’intéresser immédiatement à un débat autour des réformes majeures ? A-t-il l’intention de gouverner par ordonnances ?

En 1986, invoquant l’urgence, Jacques CHIRAC avait voulu réformer par ordonnances. Le problème est qu’il n’a rien réformé du tout, mise à part la privatisation des établissements bancaires et de quelques   groupes  industriels  -  ce  qui,  il  est  vrai,  n’était  pas  mineur.   Mais  à  aucun  moment l’opinion publique n’a senti passer sur la France le souffle d’un REAGAN ou d’une Margaret THATCHER.

Pour aller vite et loin, c’est le souffle qu’il faut. Les projets de réforme doivent être présentés et réalisés dans une perspective globale, inspirant confiance aux Français parce qu’ils ont le sentiment d’être enfin renseignés sur les intentions du pouvoir, alors qu’ils ont été déboussolés par des politiques illisibles depuis quarante ans.

Le gradualisme, l’accumulation de mini-réformes, de retouches techniques : cela ne parle pas au peuple, et très vite le désintérêt puis la critique s’installent dans les esprits, y compris chez ceux qui ont voté avec enthousiasme quelques mois plus tôt. L’expérience montre que ce qui n’a pas été fait ou entamé dans les cent jours du nouveau pouvoir ne sera jamais fait ou achevé. Giscard d’Estaing en 1974, Chirac en 1986, Baladur en 1993, Juppé en 1995, Raffarin en 2002 : chaque fois ils ont hésité à appliquer une thérapie de choc, chaque fois ils ont échoué, et les électeurs ne leur ont pas pardonné leur pusillanimité.

Pour moi la considération dominante dans ce choix devrait être, la situation de notre pays. Les déficits se creusent chaque jour : celui de l’assurance maladie par exemple, pour laquelle une « alerte » a été décrétée. Il y a tant à faire, le chantier est si considérable, qu’il faut s’y atteler tout de suite : régler les problèmes de la carte scolaire et des universités avant la rentrée, obliger les syndicats à se prononcer dans les semaines à venir sur le service minimum et les heures supplémentaires, annoncer les allègements fiscaux et les suppressions d’impôts dès juillet, à l’occasion du vote du collectif budgétaire 2007 et de la présentation de la loi de finances 2008.

Et les députés dans tout cela, me direz-vous ? Comme je l’ai déjà dit, il faut éviter un parlement croupion, une chambre « bleu horizon », et il faut souhaiter et aider ceux d’entre eux qui pousseront dans le sens de la thérapie de choc. Ils seront sans doute nombreux, eux aussi doivent se presser de s’organiser en groupes d’études et d’action. La plupart d’entre eux auront aussi l’occasion de préparer une rupture avec le jacobinisme à l’occasion des élections locales l’an prochain.

Il ne faut pas prendre la France pour une pauvre bête. Il faut lui épargner le gradualisme.

 

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Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

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