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MILTON FRIEDMAN : CAPITALISME ET LIBERTE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 20 Novembre 2006 01:00
 Friedman

« Les idées mènent le monde » : cette maxime de Keynes rend compte de l’importance du message de Milton FRIEDMAN, celui qui précisément effacera le keynésianisme du paysage politique mondial pour lui substituer les idées de la liberté. Avec HAYEK, nul n’aura autant contribué à faire progresser la science économique au XXème siècle, nul n’aura eu une telle influence sur le cours des évènements.

La science économique ? Chef de file de « l’école de Chicago » FRIEDMAN découvre les concepts de revenu permanent et de capital humain, qui démontrent toute la vacuité de l’analyse de Keynes. Et son histoire monétaire des Etats-Unis, écrite avec Anna Schwartz, lui permet d’établir que les « crises » économiques ne sont dues en réalité qu’aux dérèglements de la politique monétaire des banques centrales, responsables de l’inflation, elle-même source de chômage. Pendant quelque trente ans, les gouvernements avaient vécu dans l’illusion qu’il suffisait de dépenser et distribuer du pouvoir d’achat pour résorber le chômage, et que le financement des dépenses publiques se faisait sans peine à crédit, en faisant émettre de la monnaie par le système bancaire. FRIEDMAN, avec le revenu permanent, démasque l’erreur (sans doute volontaire) de KEYNES qui attribue le chômage à une trop forte tendance des riches à épargner tandis que les pauvres n’ont pas de quoi consommer – un thème rêvé de propagande pour les socialistes. FRIEDMAN prouve que consommation et revenu sont à long terme en relations constantes et proportionnelles, et que « la crise » n’est pas l’effet d’une sous-consommation ou d’une sur-production liée au fonctionnement normal du marché, mais d’une inondation monétaire provoquée par les banques centrales sous la pression des gouvernements, déréglant ainsi tout le système des prix, autorisant toutes les spéculations et les erreurs privées et tous les gaspillages publics, rendant la régulation des marchés impossible. Retourner à la stabilité monétaire, rétablir la vérité des prix, faire confiance au marché, supprimer les interventions monétaires et budgétaires des Etats : voilà établis les piliers du « monétarisme » qui va révolutionner les politiques économiques à partir de 1973, date du premier choc pétrolier qui met en évidence les erreurs keynésiennes, puisque la « stagflation », conjoncture inattendue d’inflation et de chômage, frappe par priorité les économies les plus dirigées et les moins libérales.

Le cours des évènements va désormais changer. FRIEDMAN n’a pas seulement convaincu les politiciens occidentaux d’appliquer le monétarisme, ce qu’ils vont faire avec succès, mais il va se faire le propagandiste du marché et décider les pays du Tiers Monde à s’orienter vers la libre entreprise et le libre échange alors que la planification du développement était à la mode, suivant les préceptes conjoints de KEYNES et de LENINE. Les élèves de FRIEDMAN, les « Chicago Boys » sortent le Chili de la misère en quelques années – même si la remise en ordre économique s’accompagne de la dictature militaire. FRIEDMAN lui-même devient le conseiller des Coréens, des dirigeants de TaïWan, de Singapour, de Hong Kong : les « dragons » asiatiques se mettent en route, les pays émergent de la misère en une décennie. Il persuade ainsi le monde entier des bienfaits de la liberté économique.

Sa croisade pour la liberté économique n’est pas réservée aux savants et aux puissants de ce monde. Il a compris que rien de décisif ne peut se faire sans que l’opinion publique, y compris dans son propre pays, ne soit convaincue. Il met son esprit brillant au service du peule, il a un talent extraordinaire pour illustrer sa pensée, avec des formules pleines d’humour et visant juste : « on n’a jamais vu des chiens échangeant des os » (le marché est le  propre  de  l’homme),  « il  n’y  a  pas  de repas gratuit » (la gratuité des services publics coûte au contribuable). Il écrit un ouvrage clair et à la portée de tous : « Capitalisme et Liberté », où il explique comment le marché peut résoudre tous les problèmes dans lesquels les politiciens et les administrations s’embourbent : la promotion sociale par le travail, le mérite et l’esprit d’entreprise, la création d’emplois rémunérateurs et gratifiants, la qualité de l’école et de l’éducation, la sécurité des retraites et des assurances maladie, et enfin et non le moindre les libertés publiques – liberté de la presse, liberté d’expression et d’association. La liberté économique annonce et conditionne la liberté politique.

Ses idées de la liberté, il les a exposées, nourries et mûries au sein de la Société du Mont Pèlerin. Jusqu’en ce jeudi 16 novembre 2006, il était le dernier en vie des fondateurs de cet aréopage des intellectuels libéraux créé en Suisse par HAYEK en 1947. Il ne manquait aucune des réunions de la Société, et au congrès de Salt Lake City (2004) parce que son cœur lui interdisait les déplacements, il a communiqué avec ses amis par vidéo-conférence. La semaine dernière, à Guatemala City, c’est un film qui résumait sa vie et son œuvre : pressentiment ! Son fils David, orateur aussi brillant que le père, était l’un des animateurs de notre congrès.

Milton FRIEDMAN était mon ami, et celui de tous les membres français de la Société. Il connaissait « l’exception française », il s’en désolait et faisait tout son possible pour aider les quelques trop rares économistes libéraux français. Il avait rendu visite à l’ALEPS en 1980 au moment de la traduction de son ouvrage « Free to choose », où il avait consigné les quarante émissions de télévision diffusées pour 20 millions de téléspectateurs aux heures de grande écoute aux Etats-Unis. Ces émissions n’avaient pas été sans effet sur l’électorat américain qui devait porter Ronald REAGAN (son ami) à la Maison Blanche en 1980. Mais en 1980, en France, Raymond BARRE et Valéry GISCARD d’ESTAING refusaient de recevoir Milton FRIEDMAN, au prétexte de ne pas s’immiscer dans la campagne américaine…

Comment ne pas songer en ce moment à Rose, qui a partagé sa vie et ses travaux ? Ils ont écrit ensemble « Deux personnes heureuses » pour dire toute la joie qu’ils avaient eue pour cette communauté de pensée et de sentiments pendant soixante ans. Je m’associe à la peine de Rose mais je suis sûr qu’avec Milton, elle aura été très heureuse d’avoir vécu un bonheur extraordinaire, communément dévoué à la cause de la liberté.

 

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Au sommaire du n°1312 du 14 mars 2017


Editorial : Deux foyers majeurs d'irresponsabilité

Conjoncture : La monnaie peut-elle être "souveraine" ?

Spécial présidentielles  : La non-réforme des non-retraites - François Fillon : le soft libéral - François Fillon : c'est de l'abîme que jaillit la lumière

Actualité libérale  : Trop de dépenses publiques c'est trop d'impôts


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