Commandez

Jacques Garello l www.libres.org

Lettre ouverte aux retraités actuels et futurs, cet opuscule est un véritable condensé de tout ce que Jacques Garello a écrit sur le sujet. A lire absolument si vous vous interrogez sur le futur du système des retraites par répartition.

130 pages, 12€

Bulletin de commande

Portait

Innovation et destruction créatrice

C’est certainement au titre de sa théorie de l’innovation et de la destruction créatrice que Schumpeter est le plus connu. Il a le mérite de replacer au cœur de l’économie le personnage de l’entrepreneur, totalement oublié depuis Jean Baptiste Say.

Lire la suite...
LA LECON DE GISCARD PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 02 Octobre 2006 01:00
 Giscard

Dans le troisième tome de ses mémoires " Le pouvoir et la vie ", paru cette semaine, Valéry Giscard d'Estaing entend donner une leçon à la classe politique française qui a conduit les socialistes au pouvoir en 1981, et il n'oublie évidemment pas d'évoquer le comportement de Jacques Chirac parmi les raisons de la victoire de François Mitterrand le 10 mai.

Je pense qu'il est préférable de tirer la leçon du septennat de VGE, terminé si lamentablement peut-être par la faute des politiciens, mais sûrement par les erreurs du Président lui-même. Ce rappel d'une triste histoire (que j'ai évidemment vécue de près compte tenu de mon grand âge) me semble indispensable, non pour cultiver une stérile nostalgie, mais pour mettre en garde ceux qui (comme Giscard en 1981) se voient déjà occuper le palais de l'ELysée en 2007.

Pour résumer ma thèse : Giscard a été élu comme l'homme de la rupture. Il n'a rien rompu du tout. Et en 1981 il s'est présenté sous la devise " Changement dans la continuité ", ce qui signifiait qu'il se proposait de tenir au cours du second septennat les promesses qu'il n'avait pas honorées pendant le premier. Et finalement c'est Mitterrand qui a réalisé le changement dans la continuité, assurant la pérennité du socialisme français au-delà des clivages droite-gauche.

Lorsqu'il est élu en 1974, VGE incarne réellement le changement. Il n'est ni marxiste ni gaulliste. Il ouvre une troisième voie que ses amis et partisans considèrent comme la voie libérale : voici enfin du nouveau en France ! De plus, il est élu sans le soutien d'aucune formation politique importante et si les dissidents gaullistes conduits par Jacques Chirac lui apportent leurs voix, la victoire est le fait d'un jaillissement de la société civile. Partout en France des comités se créent spontanément pour soutenir sa candidature, ils sont animés et organisés, de façon très professionnelle, par des chefs d'entreprises, des gens des professions libérales, de jeunes étudiants, des universitaires - mais ils sont rejoints par tout ce peuple français qui ne se reconnaissait pas dans la " république des copains et des coquins " et qui ne voulaient pas davantage de la gauche marxiste. Pieds noirs, petits commerçants, ouvriers et employés lassés des diktats syndicaux : tous ces gens aspiraient à quelque chose de nouveau, ils l'avaient trouvé.

Une fois élu, VGE retombe dans les ornières de la V° République : politique politicienne, libéralisme avancé, diplomatie neutraliste. Dès le début, VGE a donc préparé son échec. Mais, plus grave encore, il a déçu les Français et affaibli la France.

Il s'est d'abord empressé de vouloir former son propre parti, l'UDF, qui n'a pas attiré les gens qui l'avaient porté au pouvoir, mais s'est transformé très vite en machine de guerre contre les gaullistes. Chirac premier ministre certes, mais les escarmouches quotidiennes au Parlement et au gouvernement avec le parti gaulliste, au point que Jacques Chirac en 1976 quitte le navire pour se mettre en position de challenger. La société civile, un instant présente dans le débat public, est renvoyée à ses chères études : vivent les politiciens !

Au programme commun de la gauche VGE oppose le " libéralisme avancé " ; " comme le fromage " disait Gustave Thibon. On confond libéralisme et laxisme, laissez-faire et laisser aller. Les moeurs sont dissolues, les prisonniers sont honorés, la corruption reprend ses droits. Et les impôts, les prélèvements obligatoires, les réglementations commencent à s'abattre sur la population. On est dans un étatisme galopant. " Ne dites pas aux Français que je suis socialiste, ils me croient libéral " : cet aveu de Giscard dans Paris Match à la veille de mai 1981 lui coûtera très cher. Médecins, entrepreneurs et artisans ne lui pardonneront pas le dirigisme croissant. De 1974 à 1981 les prélèvements obligatoires passent de 35 à 42 % ; Giscard avait fixé la barre du socialisme à 40 !

Quant à la diplomatie, elle s'est inscrite dans la grande tradition gaullienne. Le couple franco-allemand, avec la solide amitié qui lie VGE à Helmut Schmidt, dans une commune religion de l'Etat Providence et du " modèle rhénan ", dans une commune réserve à l'égard de l'atlantisme. Il ne faut pas se couper de l'URSS, et Giscard dépose une gerbe de roses rouges sur la tombe de Lénine, et rend une visite d'amitié à Ceaucescu. Le réseau mafieux en Afrique est bien protégé, les nouvelles équipes partagent le gâteau avec les gaullistes et les socialistes. L'affaire Bokassa n'est un scandale que pour ceux qui ignorent la nature des liens tissés de longue date entre politiciens français et dictateurs africains, mais que Giscard n'a pas rompus.

Voilà donc, rapidement dit, et sans doute sans les nuances voulues, pourquoi la rupture n'en a pas été une. Rompre ce n'est pas prendre la place de l'autre. Rompre c'est mettre fin à cette dérive qui fait de la France le pays des privilèges, des inégalités scandaleuses entre public et privé, le pays des impôts aveugles pour financer des dépenses inconsidérées, la patrie du désordre social entretenu par les syndicats, la nation infidèle aux valeurs de la civilisation et de la liberté et incapable de les défendre au niveau international. Rompre, c'est changer le personnel dirigeant, les technocrates issus de l'ENA, les polytechniciens de l'Institut Auguste Comte, précisément créé par Giscard, dans la grande tradition saint-simonienne. Rompre c'est rejeter la monarchie, c'est cesser de manipuler l'opinion publique pour amener le peuple là où le veut le Président.

Voilà la véritable leçon du giscardisme, notable avatar du socialisme à la française. Que nos candidats y songent sérieusement dans les mois à venir. Nous serons quelques-uns d'ailleurs à le leur rappeler, pour ne pas transformer l'espoir en cauchemar.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1343 du 29 novembre 2017

Editorial : Le doux commerce
Actualité
:
Le libéralisme est libéral - La grande cause du quinquennat - Agir : Les constructifs se détruisent
- La leçon africaine d’Emmanuel Macrons
Connaissance du libéralisme :
Liberté et Propriété, la synthèse 
Lu pour Vous :
Assemblée Générale 2017 de l’ALEPS - Hervé Novelli lauréat du Prix Renaissance de l’économie


Acheter le numéro

Revue des Livres

Jacques De Guenin

Œuvres complètes de Bastiat

Le livre à lire cette semaine n’est pas celui d...

Pascal Salin

FREDERIC BASTIAT PERE DE LA SCIENCE ECONOMIQUE MOD...

Vous pourrez tomber à votre tour sous le charme d...