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LA RELIGION ET LA VIOLENCE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 25 Septembre 2006 01:00
 Le pape en Iran

Les propos du Saint Père à Ratisbonne ont déclenché les réactions que l'on sait. Réactions de violence, souvent incontrôlée, qui pourraient laisser penser que certains musulmans seraient prêts à en découdre : une bonne guerre de religion (face aux caméras surtout), pourquoi pas ? Les gouvernements s'en sont mêlés, des parlements ont protesté, des chefs religieux, inféodés au pouvoir politique, ont ameuté les fidèles. Tous ces braves gens ont donné l'impression d'exploiter quelques mots sortis de leur contexte pour lancer une nouvelle offensive de propagande comme naguère à l'occasion de la " caricature " et, quelques années plus tôt, à propos des écrits de Salman Rushdie.

Les propos du Saint Père à Ratisbonne ont déclenché les réactions que l'on sait. Réactions de violence, souvent incontrôlée, qui pourraient laisser penser que certains musulmans seraient prêts à en découdre : une bonne guerre de religion (face aux caméras surtout), pourquoi pas ? Les gouvernements s'en sont mêlés, des parlements ont protesté, des chefs religieux, inféodés au pouvoir politique, ont ameuté les fidèles. Tous ces braves gens ont donné l'impression d'exploiter quelques mots sortis de leur contexte pour lancer une nouvelle offensive de propagande comme naguère à l'occasion de la " caricature " et, quelques années plus tôt, à propos des écrits de Salman Rushdie.  

La première constatation est donc celle du terrorisme intellectuel. C'est une forme plus subtile mais très efficace de terrorisme dans la guerre que les Islamistes et leurs alliés ont déclarée au monde libre. Pour ceux qui le pratiquent ce terrorisme a l'avantage d'être relayé dans le monde entier par les ennemis du grand Satan américain, de la chrétienté et des juifs - et ils sont légion à ce que l'on voit.  

La deuxième constatation est qu'il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ceux qui ont crié au scandale ont-ils compris, ou ont-ils feint de ne pas comprendre, ce que Benoît XVI avait réellement dit ? Comme d'autres, j'ai lu avec attention l'intégralité du discours sur la religion et la raison, et la partie où il est fait référence aux liens entre religion et violence. Ce thème est débattu par les théologiens depuis des siècles, et il a été abordé à nouveau par le Pape dans le désir d'amorcer un dialogue entre les diverses religions : oui ou non sommes-nous tous d'accord pour exclure la violence de nos prêches et de nos comportements ? Ce débat sur la religion et la violence s'impose à l'heure du fanatisme. Mais c'est aussi un débat plus profond, qui met en évidence les relations entre la foi et la raison.  

Incidemment, et sans aucune provocation, Benoît XVI a rappelé les ambiguïtés nées de la place du djihad dans la religion musulmane. Il a cité à point nommé l'empereur byzantin Paleologue II qui dans son dialogue avec un sage musulman contestait que l'on puisse défendre la foi au fil de l'épée. Des musulmans sincères peuvent-ils trouver à redire à cette évocation ? Beaucoup d'entre eux ont aujourd'hui la volonté d'expurger de leur religion toute trace de violence, et font tous leurs efforts pour faire évoluer l'Islam en ce sens. Mais ils souffrent certainement de ce que la philosophie musulmane ait cessé d'évoluer à partir du XIIème siècle, de sorte que c'est une lecture momifiée du Coran que l'on enseigne dans les écoles coraniques. La source de la tradition, le fiqh, s'est tarie, la référence à la réalité est ignorée, au-delà de toute " raison ". Ici le Pape évoque le problème fondamental : la religion chrétienne essaie d'articuler foi et raison (fides et ratio), Dieu laissant aux hommes l'usage d'une raison critique, alors que certaines religions ou philosophies veulent soumettre entièrement la religion soit à la foi (ne serait-ce pas le cas de l'Islam ?) soit à la raison (comme les philosophes des lumières, cités par Benoît XVI). Serions-nous voués à être tantôt des " infidèles ", tantôt des " rationnels " ?  

Si cette question concerne des théologiens et philosophes aussi éminents que Wojtyla et Ratzinger, une autre question plus prosaïque concerne tous les croyants : peut-on imposer une religion ou la défendre par la violence ?  

Ce que disent nos Papes et la " chrétienté " (avec sans doute quelque nuance pour les orthodoxes orientaux), c'est que la relation de l'homme à Dieu est une relation personnelle, dans laquelle s'exerce pleinement la liberté fondamentale de l'être humain. Nous n'allons pas vers Dieu en collectivité, en groupe, en nation ou en armée, nous y allons individuellement - éclairés sur notre chemin par la divine grâce. Aller vers Dieu est un choix personnel, pas un choix de société.  

Donc il n'appartient à aucun pouvoir politique, ou aucune épée - attribut du pouvoir - de convertir et d'imposer quelque religion que ce soit. Jean Paul II avait lancé l'idée de la repentance : oui, au nom de leur foi, les chrétiens ont usé de la violence, ou en ont été complices, et ces épisodes dramatiques de l'histoire doivent être condamnés et exorcisés à jamais. Les guerres de religion sont aussi la négation de la religion.  

Dieu est amour (Caritas, dit Benoît XVI). Des chrétiens ne peuvent en approcher ou faire sa volonté en usant de la violence. Le pouvoir politique dispose de la violence minimale pour accord avec le droit naturel. Mais jamais cette violence ne saurait s'exercer pour autre chose que la défense des droits individuels, et surtout pas pour ôter ou contrôler le droit individuel inaliénable qu'est la liberté religieuse. " Rends à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu " : le Christ a nettement marqué la séparation entre le politique et le religieux, heurtant d'ailleurs une partie de ses contemporains. Aujourd'hui César se prend à nouveau pour Dieu. La République discipline la religion au nom d'une laïcité mal comprise. Les ayatollahs prêchent la violence et guident les gouvernements. Leur démarche n'est pas inspirée par l'amour du prochain, elle est animée par la haine de celui qui en toute liberté n'a pas choisi Mahomet.  

Benoît XVI invite à la raison : la foi ne se trouve pas au bout de l'épée.

 

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Au sommaire du n°1341 du 15 novembre 2017

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