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L’EGALITE DES CHANCES PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 16 Janvier 2006 01:00
 La galette des princes qui gouvernent...

Ce fidèle croyant ne cessait d’implorer Dieu pour toucher le gros lot. En vain, et il s’en désespérait au point d’en vouloir à son Créateur. Finalement, Dieu eut la bonté de lui expliquer ce qui se passait : « Pour gagner tu devrais commencer par acheter des billets ».

Cette histoire triviale maintes fois racontée pose clairement le problème de l’égalité des chances : la chance se mesure-t-elle au résultat (toucher le gros lot) ou à la démarche (risquer le prix d’un billet) ?

Persuadés que les émeutes n’ont d’autre cause que l’injustice sociale, sans doute créée par les gouvernants antérieurs, ou la mondialisation, ou l’ultra-libéralisme, nos gouvernants s’occupent très activement de l’égalité des chances, et préparent des mesures allant de la discrimination positive au « testing » pour donner à tous les Français des chances égales. Mais égales en quoi ?

L’égalité des chances est une expression si ambiguë qu’elle peut  mener au meilleur ou au pire. Je vous propose de mettre un peu d’ordre dans ce concept-clé de la pensée unique.

L’égalité la plus fondamentale entre les hommes est sans doute liée au fait qu’ils sont des êtres humains, et que par nature ils ont une dignité et une vocation que ne possède aucune autre espèce. Les croyants professent qu’il en est ainsi parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu, les autres pensent au moins que quelque chose sépare l’homme de l’animal – même si les darwinistes font de l’homme un animal supérieur. L’égalité en dignité interdit ce qui dénature l’être humain, et accompagne son épanouissement personnel.

Cette égalité fondamentale et personnelle prend corps avec l’égalité des droits. Ce qui sépare une société barbare d’une société civilisée, c’est que des règles sociales sont établies et respectées pour garantir les droits individuels qui permettent à l’homme de vivre dignement.

Dans le Décalogue, dans la tradition libérale, et dans les premières déclarations des droits, ces droits universels sont le droit à la vie, à la liberté, à la propriété. L’égalité des droits donne à chacun la chance de mener sa vie en toute dignité, parce que nul ne peut attenter à sa vie, nul ne peut le réduire en esclavage, nul ne peut lui voler le fruit de sa propre création.

Les choses se compliquent quand, au XXème siècle, les droits individuels se gonflent des droits sociaux. Voilà maintenant que la dignité de l’être humain exigerait certaines conditions de vie, et que la société devrait veiller à les assurer. Alors que jusqu’à présent la dignité consistait à être libre d’agir sans craindre ni pour soi ni pour ses biens, voici qu’on présente de nouvelles exigences : qui pourrait vivre dignement sans éducation, sans travail, sans logement, sans soin, sans culture ? La société se devrait d’apporter cet environnement indispensable à l’épanouissement de l’être humain. Ce faisant on a oublié trois évidences. La première c’est que ces choses merveilleuses peuvent être obtenues par l’action humaine elle-même, chacun pouvant se sentir désireux et responsable de son éducation, de son travail, etc. Il y a une différence de nature entre les « droits de » (où l’individu reste maître de son action) et les « droits à » (où l’individu attend tout de la société). La deuxième évidence c’est que la « société » est une vague entité, qui va en fait s’incarner dans le pouvoir politique, dans l’Etat, de sorte que l’on débouche sur l’Etat Providence. La troisième évidence  c’est que les individus ont du mal à conserver leurs droits individuels face à un pouvoir politique qui doit leur prodiguer des droits sociaux. Les droits sociaux finissent par tuer les droits individuels, au lieu de les compléter. Marx distinguait liberté formelle et liberté réelle. Mais les régimes marxistes ont tué toute liberté au prétexte de garantir la liberté réelle.

De fil en aiguille, on en est finalement venu à l’égalité des conditions, à l’égalité des résultats, quelles que soient les actions individuelles, quels que soient les mérites ou les vices de chacun. La chance porte un nom nouveau : l’Etat Providence. L’égalité des chances, c’est l’égalité devant les bienfaits de la société.

Dans cette logique, l’échec n’est pas admissible, l’inégalité est scandaleuse. Aujourd’hui l’égalité des chances est une forme d’envie (avoir tout ce qu’ont les autres), une forme d’incurie (avoir tout sans rien devoir à personne, faire n’importe quoi), une forme de folie vengeresse (« les ratés ne vous rateront pas », disait Céline). Le droit à l’éducation se transforme en échec scolaire : point besoin d’aller à l’école pour vivre. Le droit au travail ouvre droit aux indemnités de chômage. Le droit au logement justifie la dégradation des HLM et la destruction des demeures particulières. Le droit à la santé dispense de toute discipline de vie. Où est la nouvelle dignité apportée par cette égalité des chances ? Comment la liberté peut-elle exister sans responsabilité ?

Le ministre me répond qu’il y a des entreprises et des institutions qui n’offrent pas leurs chances à ceux qui ne sont pas Français depuis la cinquième génération. Personnellement seul mon père était Français, je suis donc en France dans la même situation que les jeunes beurs nés sur le sol français de parents maghrébins. Cherchez la différence ! Il y a seulement cinquante ans l’ascenseur social fonctionnait, parce que le travail, le talent, le respect des autres, l’honnêteté étaient encore des facteurs d’épanouissement personnel et de promotion sociale. Messieurs les ministres, restaurez ces valeurs et vous verrez renaître l’égalité des chances, la vraie : l’égalité en dignité et en droits naturels. Et cessez de ne rêver que plaies et bosses, de dresser les communautés les unes contre les autres, de voir la lutte des classes partout ou sous toutes formes. Il est vrai qu’on vous a appris que pour régner il faut diviser. Pour l’instant vous divisez, régnerez-vous longtemps ?

 

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