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LA FAILLITE DES ZEP PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 05 Décembre 2005 01:00
 ZEP

Le diagnostic est sans appel : les ZEP, ces fameuses Zones d’Education Prioritaire sont en faillite. Nicolas SARKOZY l’a proclamé avec force, mais tous les gens lucides en sont conscients depuis longtemps, et les dernières émeutes n’ont fait que convaincre ceux qui en doutaient encore.

Le diagnostic établi, reste maintenant à choisir le traitement. Le Premier Ministre n’a pas voulu remettre en cause le principe des ZEP, sans doute par solidarité et déférence à l’égard de son illustre prédécesseur Lionel JOSPIN qui les avait créées. Ce n’est pas le principe qui est mauvais, dit-il, mais ses conditions d’application. Comme toujours, on pratique la fuite en avant : un peu plus de crédits, un peu plus de postes, l’argent et la fonction publique sont les solutions traditionnelles. Elles sont évidemment vouées à l’échec.

Pour administrer le bon traitement, il faudrait attaquer le mal à sa racine. La faillite des ZEP n’est autre que la faillite de l’Education Nationale dans sa globalité. Des voix autorisées mettent en cause, de façon plus élargie, le fonctionnement de notre système éducatif. Telle la voix de Laurent Lafforgue, le mathématicien français le plus éminent, qui vient d’accompagner sa démission du Haut Conseil de l’Education d’une lettre révoltée, dont voici quelques extraits :

« Depuis un an et demi que j'ai commencé à m'intéresser sérieusement à l'état de l'éducation dans notre pays je suis arrivé à la conclusion que notre système éducatif public est en voie de destruction totale. Cette destruction est le résultat de toutes les politiques et de toutes les réformes menées par tous les gouvernements depuis la fin des années 60...

Ces politiques ont été voulues, approuvées, menées et imposées par toutes les instances dirigeantes de l'Éducation Nationale... Elles ont été inspirées à tous ces gens par une idéologie qui consiste à ne plus accorder de valeur au savoir et qui mêle la volonté de faire jouer à l'école en priorité d'autres rôles que l'instruction et la transmission du savoir, la croyance imposée à des théories pédagogiques délirantes, le mépris des choses simples, le mépris des apprentissages fondamentaux, le refus des enseignements construits, explicites et progressifs, le mépris des connaissances de base couplé à l'apprentissage imposé de contenus fumeux et démesurément ambitieux, la doctrine de l'élève "au centre du système" et qui doit "construire lui-même ses savoirs". Cette idéologie s'est emparée également des instances dirigeantes des syndicats majoritaires, au premier rang desquels le SGEN… ».

Mais allons plus loin dans l’analyse de la crise. Je soutiens avec obstination que la faillite de l’Education Nationale est en réalité celle d’un service public incontrôlé. Les parents sont les mieux placés pour exercer ce contrôle, mais la carte scolaire ne leur laisse pas le choix des établissements, et les familles les plus déshéritées sont condamnées à envoyer leurs enfants dans des écoles-ghettos (précisément dans les ZEP !). Bien vite l’école perd tout intérêt, toute attractivité et évidemment toute vocation éducative.

Je soutiens également que l’école est d’autant plus dépréciée dans l’esprit de nombreuses familles et dans celui des jeunes qu’elle n’est plus un facteur d’intégration ni encore moins de promotion. Car l’école, quand elle est bien faite, apprend les vertus du travail, du savoir, du respect des autres, et développe la personnalité. Tout cela est bien inutile dans une société où la réussite repose de moins en moins sur le mérite personnel et de plus en plus sur l’assistance publique, la corruption et le trafic. L’Etat Providence ajoute ses méfaits à ceux d’une administration centralisée et dévoyée.

Ainsi naît la perspective d’une vraie réforme. Elle consiste à rompre avec le tout-mammouth, à créer les conditions d’une concurrence ouverte et équitable entre le secteur public et les initiatives privées. Ouverte en laissant créer et se développer toutes sortes d’établissements privés, peu importent leur statut et leur mode de gestion. Equitable en distribuant l’argent des contribuables (et il est abondant puisque c’est le plus gros poste du budget) aux familles qui doivent payer les études de leurs enfants (le chèque éducation, ou bon scolaire, a été un succès partout où on l’a adopté).

De toutes façons, il y a une chose que l’on ne peut négliger en matière scolaire : c’est la nécessité d’accompagner l’instruction d’une véritable éducation morale. C’est précisément ce qu’ont oublié ou évacué systématiquement les destructeurs de l’école publique. Finis les hussards de la République, oubliée ou méprisée la morale civile, fût-elle républicaine et laïque. Lorsque au XIXème siècle Frédéric Ozanam créait la Société de Saint Vincent de Paul, lorsque le Père Timon David fondait ses œuvres de jeunesse, ils savaient que les enfants de pauvres avaient besoin d’une instruction, mais aussi d’un épanouissement personnel que l’on ne trouve que dans un message d’amour et les gestes quotidiens qu’il inspire. Il faut mettre les enfants sur la voie de la concorde et de l’harmonie, au lieu de les préparer au « combat pour la vie » ou, pire encore, à la lutte des classes devenue lutte des races.

Rien n’a changé depuis lors. Les enfants et les adolescents ont toujours besoin qu’on prenne soin de leur cœur autant que de leur esprit. Qui fera cette réforme ?

 

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Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1322 du 16 mai 2017


Editorial : Un triste gouvernement centriste

Conjoncture : Faut-il reparler des retraites ?

Actualité  : Le 13 mai 2017 - Il ne faut pas désespérer Billancourt…ni la CGT

Spécial présidentielles  : Ecrit au lendemain de la victoire de Hollande, il y a cinq ans - L’Europe, terre d’élection pour Emmanuel Macron - Premier entretien avec Edouard Philippe - Emmanuel Macron serait-il Tony Blair ?

Lu pour vous : Pan sur le bec - Il y a libéralisme et libéralisme

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