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LA FRANCE DES QUOTAS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 21 Novembre 2005 01:00
 Quotas

Nos dirigeants politiques cherchent la solution du drame français du côté de la discrimination. Jacques CHIRAC nous donne des leçons de morale : nous écarterions de l’emploi et de la communauté des gens qui auraient pour seule tare de ne pas nous ressembler.

Avis aux entrepreneurs : ils doivent cesser de recruter sur des critères raciaux, religieux, physiques ou géographiques. De son côté Nicolas SARKOZY, depuis plusieurs mois, s’est fait le chantre de la discrimination positive, il avait d’ailleurs installé avec éclat un préfet musulman. Le législateur lui-même a voté une loi contre la discrimination, et notamment l’homophobie, dont il est fait un usage  quotidien. Tous égaux, parce que tous pareils.

Certes je suis convaincu de l’égalité fondamentale entre les hommes s’il s’agit de dire que nous sommes tous des êtres humains et à ce titre jouissant de droits individuels imprescriptibles : vie, liberté, propriété. Mais cette égalité en dignité ne signifie ni l’identité ni la négation des différences innées ou acquises, et c’est une grave erreur que de prétendre effacer la singularité des êtres humains : tout homme est unique et irremplaçable.

De ce point de vue, la chasse à la discrimination ne me semble ni efficace ni surtout légitime, elle peut conduire à l’explosion de la société plutôt qu’à sa cohésion.

Elle n’est pas efficace car l’origine des violences est à rechercher avant tout dans les comportements induits par l’Etat Providence. Je m’en suis expliqué la semaine dernière. En transformant des hommes libres en assistés sociaux, en faisant de l’école « une usine à crétins » (Brighelli), en s’occupant du logement, des transports, de l’emploi, l’Etat tutélaire a semé et entretenu l’illusion d’un droit général à bien vivre sans ne rien faire, il a appris l’irresponsabilité et l’impunité. Des jeunes qui ne se respectent pas eux-mêmes parce qu’ils ont le sentiment de leur inadaptation, de leurs lacunes, ne respectent pas davantage les autres, et encore moins l’Etat. N’en déplaise à Jacques CHIRAC ils n’ont pas été exclus par discrimination, ils se sont auto-exclus par leur choix en faveur du non travail, du non civisme, du non droit. Un choix auquel ils ont été conduits par les institutions de l’Etat Providence. On ne change pas les comportements par décrets. Les comportements changent avec les règles du jeu social. Changeons les.

Elle n’est pas légitime parce qu’elle juge de la qualité d’une personne en fonction de son appartenance et non de ses talents, de ses efforts, de ses performances. Depuis deux siècles, l’application à l’école, la politesse et la bonne moralité, l’ardeur au travail, la créativité, la productivité avaient été des atouts incontestables de promotion sociale. Chacun constituait ce que nous appelons le « capital humain », ce bagage de connaissances, d’expériences, de qualités morales qui vont permettre à chacun d’aller au plus loin de son potentiel. C’était le schéma classique de « l’ascenseur social ». Et s’il y avait des fils à papa et des pistonnés, ils étaient une minorité, et les fils de famille sans talent dilapidaient leur fortune : l’ascenseur descendait aussi bien qu’il montait. Maintenant on veut nous proposer un ascenseur collectif, un monte-charge où peuvent prendre place des gens de toutes qualités, des bons et des mauvais, des capables et des nuls. De la sorte, les mauvais et les nuls sont sûrs de pouvoir monter.

Il n’est pas légitime de devoir sa position sociale et le montant de ses revenus à sa seule appartenance à une communauté, quelle qu’elle soit. Je vois malheureusement qu’on est prêt à mettre en place une France des quotas. On a commencé avec l’égalité hommes-femmes dans les élections politiques. Puis on a vu le mouvement se préciser dans l’enseignement : Sciences Po s’est donnée un quota d’étudiants venus des zones réputées difficiles. La discrimination positive a pourtant donné des résultats catastrophiques là où elle a été pratiquée, et notamment dans les écoles et les universités publiques aux Etats-Unis. Si les Américains ont réussi leur brassage, ce n’est sûrement pas grâce aux quotas, mais à la qualité de leurs institutions et à la dynamique du marché. Les quotas ont au contraire piégé nombre de jeunes, trop heureux d’en bénéficier pour entrer dans un cursus universitaire qui leur aurait été sans doute fermé compte tenu de leur niveau, mais qui s’aperçoivent quelques années plus tard que les diplômes ainsi obtenus n’ont aucune valeur. Les quotas sont donc des cadeaux empoisonnés. Tôt ou tard les lois de l’économie et du bon sens prennent leur revanche : on ne peut investir de responsabilités des irresponsables, on ne confie pas une tâche à un fainéant.

La discrimination positive devient alors un facteur supplémentaire d’éclatement social. Tout d’abord, une fois le système de l’ascenseur collectif mis en place, chacun voudra qu’il aille plus vite ou plus haut que les autres. Va naître alors la surenchère communautariste : pourquoi eux et pas nous ? Le sentiment d’envie, l’égalitarisme absolu que dénonçait jadis Tocqueville, aboutit à des tensions permanentes entre des groupes dont chacun s’estime lésé, victime d’exclusion et d’injustice. Ensuite, quel va être le sentiment dominant chez les individus ? Ils vont démissionner devant tout effort d’investissement personnel, ils ne constitueront pas ce « capital humain » qui est la vraie source de la prospérité et du bonheur. Ils sont prêts pour la violence et la haine.

Je ne peux donc reconnaître la moindre vertu à la discrimination positive et aux quotas. J’en reste à une idée simple et bête : la liberté, la responsabilité, l’émulation et le respect des autres sont les sources d’une vie prospère et heureuse. La qualité des personnes fait la vraie différence, la seule qui demeure à long terme.




 

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