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« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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LE MYSTERE DES SYNDICATS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 19 Septembre 2005 01:00
 "Les faucheurs volontaires"

Comment des syndicats qui représentent une infime minorité des salariés français peuvent-ils disposer d’un tel pouvoir dans notre pays ? Il y a de quoi se poser la question à la suite du rapport que la Cour des Comptes vient de publier et de l’écho qui, pour une fois, lui a été donné dans les médias.

La CGT, gestionnaire (on devrait dire propriétaire) du Comité d’Entreprise d’EDF, est prise la main dans le sac. Ce n’est pas un scoop, puisque tout le monde connaît la situation depuis des lustres, mais ce qui est nouveau c’est qu’une instance officielle s’exprime en des termes si clairs que les poursuites pénales devront suivre nécessairement, alors que l’impunité semblait garantie jusque là.

D’ailleurs, la loi pénale et civile ne s’arrête-t-elle pas aux frontières du syndicalisme français ? Lorsqu’il « démontait » des MacDo ou dirigeait les « faucheurs volontaires » José Bové considérait que son inculpation était une atteinte aux libertés syndicales. Etre syndicaliste permet de séquestrer les patrons, de casser le matériel, de piller les stocks, de barrer les routes, de rançonner aux péages. Accessoirement être syndicaliste c’est aussi bloquer la vie du pays, prendre les usagers en otages, s’emparer de la propriété d’autrui : toutes choses impensables dans une société qui vit en état de droit.

Pourquoi ces passe-droit ? Pourquoi ce mystère ? Le mystère vient d’abord de la passivité des pouvoirs publics, pourtant responsables du respect des droits individuels, théoriquement protecteurs des personnes et des biens. Cette passivité s’explique par l’obsession de la « paix civile », cette expression signifiant le refus d’utiliser la coercition et de mettre en jeu les responsabilités des délinquants. Au nom de la paix civile, on ferme les yeux sur tous les débordements, on tolère toutes les manifestations et toutes les violences. A ce jeu, la surenchère est toujours payante et les syndicats ne s’en privent pas.

Le mystère vient ensuite du mythe des « partenaires sociaux ». Le droit du travail français est ainsi fait que, peu à peu, les syndicats ont été élevés au rang de négociateurs patentés et dotés d’un quasi-monopole. Critères de représentativité nationale surannés, monopole de présentation aux élections sociales, monopole de la représentation du personnel dans les conventions collectives, intervention dans des entreprises où il n’y a pas de syndiqués, protections et exemptions qui assurent aux syndicalistes immunité et  prospérité : voilà tous les privilèges que le droit du travail leur a successivement reconnus. Quant à leur financement, le fait est que les salariés syndiqués ont un poids marginal dans leurs recettes. Voilà bien un grand mystère : comment peut vivre une association sans adhérent ? Si la réponse est : grâce à des subventions, un autre mystère : pourquoi les subventions ?

Le mystère vient enfin de la religion du « service public ». Le seul endroit où l’on trouve encore quelques rares syndiqués est la fonction publique, englobant aussi les grandes entreprises nationalisées, comme EDF, GDF, La Poste, la SNCF. Ici le mystère n’est pas bien épais : on comprend que le personnel de ce secteur public tienne à se préserver de la concurrence qui le priverait de leur « statut » et des privilèges qui lui sont attachés. Mais pourquoi maintient-on un secteur public aussi pléthorique ?

L’analyse économique nous est de quelque secours pour répondre à toutes ces questions : elle suggère que les syndicats doivent leur position exceptionnelle non pas à leur présence sur le marché du travail, mais à leur puissance sur le marché électoral.

Voilà en effet plus de cinquante ans que les économistes sérieux savent que les syndicats n’ont aucun pouvoir positif sur le salaire et l’emploi. Ils peuvent au contraire détruire les emplois et réduire le pouvoir d’achat. Les salariés l’ont tellement bien compris qu’ils se sont progressivement désyndicalisés dans tous les pays développés ; les Etats-Unis qui représentaient naguère un bastion syndical résistant subissent à leur tour une désyndicalisation spectaculaire.

Alors l’explication ne pouvant être économique et du côté du marché du travail, elle est politique et du côté du « marché » électoral. Les leaders syndicaux ont eu l’habileté de se convertir en hommes de pouvoir, et d’obtenir des politiciens, en échange de leur soutien ou de leur compréhension, les avantages dont ils avaient besoin pour survivre. Ils font correctement leur travail : ils savent à quel moment du calendrier électoral et dans quelle phase conjoncturelle ils peuvent marquer leur présence. Il leur suffit de quelques militants bien formés et intéressés à l’affaire (quelques milliers au plus en France) pour lancer de « grandes » manifestations. Ainsi la rue appartient-elle aux syndicats, et le pouvoir appartient-il à la rue.

Il n’y a pas d’autre mystère que celui-ci : le pouvoir légal est terrorisé, la terreur syndicale fait la loi. Cette situation n’est pas particulière à la France. La RFA paye encore lourdement aujourd’hui la démission historique d’Helmut KOHL devant les syndicalistes ouest-allemands redoutant le « dumping social » des Allemands de l’Est. Ailleurs on a su prendre la mesure exacte des syndicats. Après que Margaret Thatcher eut abattu Artur SKARGILL et le syndicat des mineurs, Tony BLAIR a libéré le parti travailliste de la mainmise syndicale ; de même Ronald REAGAN a commencé sa présidence en brisant la grève des contrôleurs aériens. Le « modèle rhénan » qui a voulu associer les syndicats au pouvoir politique est mort et enterré. Sauf en France.

Cela est bien dommage pour l’économie et la société françaises, puisque les soviets font fuir la prospérité, ruinent les salariés, et bloquent toutes réformes. Mais c’est dommage aussi pour les syndicats eux-mêmes, car il y aurait certainement pour eux nombre de missions plus stimulantes à remplir que d’opposer un veto permanent. Formation, information, mutualité volontaire, sont des domaines où les syndicats pourraient exceller s’ils voulaient servir les travailleurs. Mais pour l’instant il ne s’agit visiblement pas de servir, mais de se servir.

 

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