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Etes-vous adeptes et satisfaits de la pensée unique ? Ces portraits montrent l’extrême richesse de l’histoire de la pensée économique, d’Adam Smith à nos jours. Ils vous font découvrir les permanences (les problèmes économiques) et les oppositions (les doctrines économiques).
Dépenses publiques et impôts d’un côté, ou libre échange et libre entreprise de l’autre : ce débat actuel s’est noué avec Say et Malthus, se poursuivant entre Bastiat et Marx, puis aux 20ème siècle par Keynes et Hayek – par exemple.

48 pages, 22 portraits, 5€

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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L’EUROPE DES CHINOISERIES PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 25 Avril 2005 01:00
 Tigres de papier

Je ne veux pas parler du voyage de notre Premier Ministre en Chine, et des succès économiques et diplomatiques qu’il y a remportés, ce serait un manque de déférence à son égard. Non : je cherche toujours avec vous, depuis quelques semaines, quels sont les vœux des partisans de la ratification du projet de constitution.

Or ce qui s’est passé il y a quinze jours avec l’affaire des textiles chinois me paraît donner un éclairage saisissant.

Nous n’avons eu que protestations contre l’invasion des produits importés de Chine, dont la vente chez les « grands distributeurs » a été multipliée par dix, cinquante ou cent en un peu moins d’un an. Voilà qui nous vaudrait cent cinquante mille chômeurs dans l’industrie textile française, et peut-être un million et demi en Europe. Aux yeux de certains, il y a là une raison majeure de dire oui au referendum constitutionnel : une Europe politiquement unie aura la capacité de ramener les Chinois à la raison.

De là à en déduire que voter oui c’est mieux protéger nos producteurs, il y a un pas que n’ont pas manqué de franchir de nombreux hommes politiques, membres de notre gouvernement en tête. Il y a donc une part du voile qui tombe, mais une part seulement.

La part qui tombe, c’est la préférence pour l’« Europe forteresse » et le rejet du libre-échange chaque fois que les producteurs européens sont concernés. Cette dernière précision est d’ailleurs inutile : tandis que les consommateurs tirent toujours avantage de la liberté du commerce et de la concurrence, les producteurs savent qu’il s’agit d’une menace pour eux, car c’est bien l’aiguillon de la compétitivité qui force les producteurs à s’aligner sur les niveaux de qualité les plus élevés et de prix les plus bas. A terme, tout le monde y trouve son compte, car le pouvoir d’achat dégagé pour le consommateur grâce à la baisse des prix lui permet d’acheter autre chose, c'est-à-dire de fournir des débouchés pour d’autres producteurs.

Mais il est clair que les dirigeants politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Ayant une préférence naturelle pour le court terme et les échéances électorales les plus proches, ils persuadent les producteurs qu’ils peuvent les défendre efficacement contre les étrangers.

L’argumentation est d’ailleurs bâtie comme un jeu de poupées russes, que je n’ose pas appeler poupées soviétiques. En France les politiciens unanimes veulent protéger les producteurs français contre l’Europe : voilà pourquoi ils ont tous été anti-Bolkenstein. Mais les mêmes politiciens appellent l’Europe au secours contre les Chinois.

Donc, à mes yeux, le doute n’est plus permis : dire oui à la Constitution, c’est dire non à la concurrence et à la mondialisation, c’est voter pour les producteurs contre les consommateurs, pour les produits chers contre les bons marchés, pour les situations acquises contre les performances, pour la routine contre l’innovation.

Cependant, il n’y a là que la partie émergée de l’iceberg européen. Car derrière ce refus du libre-échange il n’ y a ni plus ni moins qu’un rejet plus fondamental des lois du marché. De nombreux discours nous font croire que le marché n’est bon que s’il est encadré. Mais encadré par quoi ? Avec tous les libéraux de tous les temps, je suis évidemment d’accord pour dire qu’un marché a besoin d’un cadre juridique approprié : les contrats, la propriété, la responsabilité doivent être reconnus et respectés. Mais l’encadrement auquel pensent nos prosélytes de la Constitution n’est pas celui-là. Même si tous n’osent pas le dire, ils veulent que le marché soit encadré par de bonnes et salutaires politiques européennes. Jacques Delors le rappelait dès le traité de Maastricht : une Europe politique n’a pas seulement pour ambition de fournir les biens publics communs à plusieurs pays (comme la défense ou la diplomatie), mais aussi de mener des politiques communes dans tous les domaines marchands, en vue de « corriger » ou de « réguler » le marché. « Voter pour l’Europe, c’est voter pour une généralisation de la politique agricole commune ». Du traité de Rome et du passé européen, on reprend donc ce qu’il y a de plus catastrophique, de plus injuste, de plus coûteux, pour l’ériger en nouveau système, désormais applicable à tous les aspects de la vie économique : politique industrielle, politique commerciale, politique budgétaire, fiscale, politique de la concurrence, politique de la recherche, de l’éducation, etc. Je pose la question : en quoi la politique agricole a-t-elle aidé les Français ? En dehors de quelques paysans professionnels de la subvention et des dirigeants de la FNSEA, elle n’a créé qu’inadaptation et désolation dans les campagnes. Quant aux consommateurs français, ils paient plus cher leurs produits alimentaires, et doivent aussi payer plus d’impôts (50% du budget européen passe à la PAC). Hier on faisait de même avec le charbon et l’acier (belle réussite là aussi), demain ce sera le textile, le vin, les automobiles, les produits chimiques, que sais-je encore…

Dans le projet de constitution, les Français ont réussi à faire accepter (« sous la pression des syndicats », précise Jack Lang) trois bases des futures politiques communes : les droits sociaux reconnus aux travailleurs (j’y ai fait allusion la semaine dernière), les services publics à la française et l’exception culturelle. Dans les trois cas, il s’agit bien de tourner le dos aux viles lois du marché pour rétablir dans sa pureté le corporatisme français. Pense-t-on vraiment que cela résistera au temps des discours électoraux ?

En réalité, cette vision du futur européen est à la fois irréelle et mesquine. Ce sont des arguties pour retarder l’échéance fatidique de la mondialisation, et il n’y a guère que des Français pour y croire. Pas plus que la France l’Europe ne peut tourner durablement le dos aux exigences et aux bienfaits du marché. Libre à certains de prôner le développement durable, il n’y aura pas de protectionnisme durable, et les manœuvres actuelles ne sont que chinoiseries politiciennes. 

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

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