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Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

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L’intérêt général, fruit des intérêts personnels

Turgot partage sans doute avec Adam Smith la paternité de la science économique ; contemporains, les deux hommes n’ont cessé de correspondre et de s’influencer mutuellement. Puisque l’économie se ramène au jeu de l’échange, les divers acteurs de la production y recherchent leur intérêt personnel. Les conflits d’intérêts sont naturels, mais ils se règlent harmonieusement par le contrat. Par contraste vouloir établir d’en haut un intérêt général et recourir à la puissance publique pour l’imposer ne fait que contrarier les intérêts des uns pour mieux servir les intérêts des autres. C’est en cela que les procédures marchandes sont supérieures aux administrations politiques.

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L’EUROPE DES CHINOISERIES PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 25 Avril 2005 01:00
 Tigres de papier

Je ne veux pas parler du voyage de notre Premier Ministre en Chine, et des succès économiques et diplomatiques qu’il y a remportés, ce serait un manque de déférence à son égard. Non : je cherche toujours avec vous, depuis quelques semaines, quels sont les vœux des partisans de la ratification du projet de constitution.

Or ce qui s’est passé il y a quinze jours avec l’affaire des textiles chinois me paraît donner un éclairage saisissant.

Nous n’avons eu que protestations contre l’invasion des produits importés de Chine, dont la vente chez les « grands distributeurs » a été multipliée par dix, cinquante ou cent en un peu moins d’un an. Voilà qui nous vaudrait cent cinquante mille chômeurs dans l’industrie textile française, et peut-être un million et demi en Europe. Aux yeux de certains, il y a là une raison majeure de dire oui au referendum constitutionnel : une Europe politiquement unie aura la capacité de ramener les Chinois à la raison.

De là à en déduire que voter oui c’est mieux protéger nos producteurs, il y a un pas que n’ont pas manqué de franchir de nombreux hommes politiques, membres de notre gouvernement en tête. Il y a donc une part du voile qui tombe, mais une part seulement.

La part qui tombe, c’est la préférence pour l’« Europe forteresse » et le rejet du libre-échange chaque fois que les producteurs européens sont concernés. Cette dernière précision est d’ailleurs inutile : tandis que les consommateurs tirent toujours avantage de la liberté du commerce et de la concurrence, les producteurs savent qu’il s’agit d’une menace pour eux, car c’est bien l’aiguillon de la compétitivité qui force les producteurs à s’aligner sur les niveaux de qualité les plus élevés et de prix les plus bas. A terme, tout le monde y trouve son compte, car le pouvoir d’achat dégagé pour le consommateur grâce à la baisse des prix lui permet d’acheter autre chose, c'est-à-dire de fournir des débouchés pour d’autres producteurs.

Mais il est clair que les dirigeants politiques ne l’entendent pas de cette oreille. Ayant une préférence naturelle pour le court terme et les échéances électorales les plus proches, ils persuadent les producteurs qu’ils peuvent les défendre efficacement contre les étrangers.

L’argumentation est d’ailleurs bâtie comme un jeu de poupées russes, que je n’ose pas appeler poupées soviétiques. En France les politiciens unanimes veulent protéger les producteurs français contre l’Europe : voilà pourquoi ils ont tous été anti-Bolkenstein. Mais les mêmes politiciens appellent l’Europe au secours contre les Chinois.

Donc, à mes yeux, le doute n’est plus permis : dire oui à la Constitution, c’est dire non à la concurrence et à la mondialisation, c’est voter pour les producteurs contre les consommateurs, pour les produits chers contre les bons marchés, pour les situations acquises contre les performances, pour la routine contre l’innovation.

Cependant, il n’y a là que la partie émergée de l’iceberg européen. Car derrière ce refus du libre-échange il n’ y a ni plus ni moins qu’un rejet plus fondamental des lois du marché. De nombreux discours nous font croire que le marché n’est bon que s’il est encadré. Mais encadré par quoi ? Avec tous les libéraux de tous les temps, je suis évidemment d’accord pour dire qu’un marché a besoin d’un cadre juridique approprié : les contrats, la propriété, la responsabilité doivent être reconnus et respectés. Mais l’encadrement auquel pensent nos prosélytes de la Constitution n’est pas celui-là. Même si tous n’osent pas le dire, ils veulent que le marché soit encadré par de bonnes et salutaires politiques européennes. Jacques Delors le rappelait dès le traité de Maastricht : une Europe politique n’a pas seulement pour ambition de fournir les biens publics communs à plusieurs pays (comme la défense ou la diplomatie), mais aussi de mener des politiques communes dans tous les domaines marchands, en vue de « corriger » ou de « réguler » le marché. « Voter pour l’Europe, c’est voter pour une généralisation de la politique agricole commune ». Du traité de Rome et du passé européen, on reprend donc ce qu’il y a de plus catastrophique, de plus injuste, de plus coûteux, pour l’ériger en nouveau système, désormais applicable à tous les aspects de la vie économique : politique industrielle, politique commerciale, politique budgétaire, fiscale, politique de la concurrence, politique de la recherche, de l’éducation, etc. Je pose la question : en quoi la politique agricole a-t-elle aidé les Français ? En dehors de quelques paysans professionnels de la subvention et des dirigeants de la FNSEA, elle n’a créé qu’inadaptation et désolation dans les campagnes. Quant aux consommateurs français, ils paient plus cher leurs produits alimentaires, et doivent aussi payer plus d’impôts (50% du budget européen passe à la PAC). Hier on faisait de même avec le charbon et l’acier (belle réussite là aussi), demain ce sera le textile, le vin, les automobiles, les produits chimiques, que sais-je encore…

Dans le projet de constitution, les Français ont réussi à faire accepter (« sous la pression des syndicats », précise Jack Lang) trois bases des futures politiques communes : les droits sociaux reconnus aux travailleurs (j’y ai fait allusion la semaine dernière), les services publics à la française et l’exception culturelle. Dans les trois cas, il s’agit bien de tourner le dos aux viles lois du marché pour rétablir dans sa pureté le corporatisme français. Pense-t-on vraiment que cela résistera au temps des discours électoraux ?

En réalité, cette vision du futur européen est à la fois irréelle et mesquine. Ce sont des arguties pour retarder l’échéance fatidique de la mondialisation, et il n’y a guère que des Français pour y croire. Pas plus que la France l’Europe ne peut tourner durablement le dos aux exigences et aux bienfaits du marché. Libre à certains de prôner le développement durable, il n’y aura pas de protectionnisme durable, et les manœuvres actuelles ne sont que chinoiseries politiciennes. 

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

Editorial : Victoire des Black Blocks
Actualité
:
Cinquante ans plus tard - Service national : pour quelle nation ? - Peut-on faire confiance aux iraniens ? 
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Bertrand Lemennicier, La nation, fétiche politique introuvable


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