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L’EUROPE D’UNE SEULE VOIX PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 28 Mars 2005 01:00
 Europe

Voici l’un des arguments les plus forts en faveur de la ratification du projet de traité constituant l’Union Européenne : l’Europe doit parler d’une seule voix.

Cela se concrétise dans le texte soumis aux électeurs par la création d’un poste de Ministre des Affaires Etrangères de l’Union, nommé par le Conseil des ministres mais qui doit aussi être accepté par le Président de la Commission. Ce personnage a un pied dans les deux organes de l’exécutif européen : il est membre du Conseil, et au sein de la Commission (dont il est obligatoirement le Vice Président) il est en charge des relations extérieures. Comme le précise le document de « présentation aux citoyens » (p.18) « Les autres pays identifieront plus facilement la voix de l’Union ».

La pétition de principe suivant laquelle il existe une voix de l’Union est sympathique. Elle implique en effet que les Européens ont une diplomatie autonome parce qu’ils occupent une place à part dans l’échiquier politique mondial. Le seul point qui me tracasse est que la voix de l’Europe me semble particulièrement éraillée, et qu’au demeurant je ne vois pas ce qu’une diplomatie européenne aurait en apanage.

Le vote d’une constitution et la nomination d’un ministre des Affaires Etrangères suffiraient-elles à forger une diplomatie typiquement européenne ? Jusqu’à présent, il y a une cacophonie diplomatique assez spectaculaire au sein de l’Europe. On pense à l’Irak évidemment, mais on doit se rappeler les divisions à propos d’Israël et de la Palestine, ou encore sur l’ex Yougoslavie et les Balkans. En aucun cas l’Europe n’aura été capable de montrer un front commun au reste du monde, et les solutions ont été trouvées en dehors de toute instance européenne, ainsi l’OTAN a-t-elle été amenée à intervenir en Bosnie et au Kosovo. A cela, il y a deux raisons.

La première est que l’Europe est divisée entre les « atlantistes » et les autres. Certains pays considèrent, à tort ou à raison, que la solidarité avec les Etats-Unis est au moins aussi forte qu’avec d’autres Etats européens, et qu’elle est plus utile car pour l’instant le bouclier américain est le seul qui existe, en dépit du rêve toujours entretenu d’une « sécurité commune européenne ». Ainsi l’Angleterre, l’Italie, les Pays Bas, les Scandinaves et les pays d’Europe Centrale sont-ils davantage tournés vers Washington que vers Berlin ou Paris.

La deuxième raison est que les non-atlantistes apparaissent facilement comme des partisans d’un « troisième bloc ». Ce concept a donné sa ligne au gaullisme pendant quarante ans, entre Yalta et la chute du mur de Berlin. L’Elysée a toujours nourri l’ambition de regrouper autour de la France ceux qui ne voulaient ni des Soviets ni des Américains, ni des communistes ni des capitalistes. Cette « troisième voie » n’a évidemment plus de consistance aujourd’hui, si elle en eût jamais, puisque le soviétisme a été abattu par Reagan et le Pape. Reste la « troisième voie économique », qui n’est en fait qu’une nouvelle utopie pour mélanger planification et marché, pour concilier dirigisme et libre entreprise, protectionnisme et libre échange. 

J’en viens ainsi au fond du problème : où veulent nous entraîner ces partisans d’une Europe qui ne serait pas inféodée à l’« ultra-libéralisme » ? La réponse nous est donnée par la visite de Poutine à Paris, et du sommet avec Schröder et Zapattero. Ces quatre éminents dirigeants sont tous animés par un même rejet du leadership américain, et cela les amène à prendre leurs distances avec un certain nombre  de  valeurs  fondamentales  qui  font  les  pays  libres.  Ce  front  veut  répondre  au  succès de la tournée européenne de George Bush et de Condoleezza Rice, il veut montrer qu’une « autre politique » peut être proposée aux peuples de ce continent. Pour y parvenir, on va passer sur bien des peccadilles dont les moindres ne sont pas les atteintes quotidiennes aux droits de l’homme en Russie, le rêve impérialiste du nouveau tsar qui veut reconquérir les nations perdues pour le Kremlin après la dissolution de l’URSS, l’échec économique et social du modèle rhénan en Allemagne, l’intolérance anti-cléricale de Madrid. Poutine sermonné par Bush vient trouver du réconfort à Paris, on l’accueille comme le meilleur ami de la France. Le front anti-américain passe avant le front anti-terroriste.

Est-ce réellement cette diplomatie, cette Europe-là que l’on veut proposer aux peuples de l’Union ? Il m’étonnerait beaucoup que la plus grande partie des électeurs, ayant pris conscience de ces projets, consente à les endosser.

Au demeurant, comment cette politique extérieure commune pourrait-elle être admise par la plupart de nos partenaires européens ? Qui définira la stratégie que devra développer le futur ministre des Affaires Etrangères de l’Union ? De deux choses l’une : ou bien il sera purement décoratif et son point de vue n’intéressera personne au monde, ou bien il exécutera fidèlement les ordres pris à Paris, à Berlin, voire à Moscou. Voix inaudible ou voix dissonante.

Décidément l’argument de la « voix de la France » ne peut me convaincre. Il faudra trouver autre chose pour me décider à voter ce projet. Mais quoi ? Je continuerai à chercher la semaine prochaine.  

 

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Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

Editorial : L'école de la République
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Connaissance du libéralisme :
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