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A l’occasion du bicentenaire d’Alexis de Tocqueville et de la 28ème Université d’Eté de la Nouvelle Economie (2005), l’ALEPS plaide pour le retour de la société civile :
« Beaucoup de nos contemporains ne font plus confiance à la société politique pour surmonter la crise économique, sociale et morale qui frappe le pays. Alors, ne serait-il pas temps de se tourner vers la société civile ? Mais où est-elle ? Que fait-elle ? Que pourrait-elle faire ? » Et aujourd’hui ?
 

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L’économie mathématique

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LE TOUR D’EUROPE EN QUATRE VINGTS JOURS PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 21 Mars 2005 01:00
 Ballon

En arrêtant au 29 mai la date du referendum sur la ratification du projet constitutionnel européen, le Président de la République a ménagé un temps d’information et de réflexion qui contraste avec la hâte qui avait présidé au referendum sur le traité de Maastricht.

Je ne m’en plaindrai pas : quand le peuple est consulté, il doit être conscient des choix qu’il fait, et avoir la possibilité de s’instruire sur la décision qu’on lui demande de prendre. En Suisse, dans la plupart des cantons, une « votation » ne peut intervenir qu’après une période de débat d’un an.

Il ne reste ici que quatre vingt jours pour le débat, mais c’est mieux que rien.

Je nourris cependant une crainte irraisonnée sans doute, comme à mon habitude : je crains que ce délai ne soit pas suffisant pour sortir des poncifs de la pensée unique, qui seront largement présents sur les ondes, dans les écrits et dans les discours. J’observe déjà que les partisans du oui et du non utilisent des arguments à l’emporte-pièce et sont davantage tentés par la propagande et le matraquage médiatique que par l’analyse juridique, économique et politique du projet constitutionnel. Je n’ai par exemple qu’à parcourir le document très officiellement et très gratuitement diffusé par les services du Premier Ministre pour repérer quelques très grosses ficelles.

Je me propose donc, dans ces numéros prochains de la Nouvelle Lettre, de vous inviter à un passage en revue détaillé et approfondi des arguments qui militent tantôt pour tantôt contre la ratification du projet de constitution européenne. Je commencerai par traiter de deux thèmes de la propagande quotidienne, l’un favorable au oui, l’autre au non. Ce choix s’explique parce que dans un cas comme dans l’autre la cause semble entendue, alors qu’il n’en est rien. On veut simplement empêcher les Français de réfléchir.

Les tenants du oui expliquent que rejeter la constitution c’est mettre fin à l’espoir européen. A les entendre il n’y aurait plus d’Europe au soir du 29 mai si le non l’emportait en France. Question simple : aujourd’hui nous n’avons pas de constitution, pour autant l’Europe serait-elle un pur mythe ? Réponse : non, l’Europe est une réalité. Depuis soixante ans les peuples allemands et français vivent en paix, tout le monde circule sans problème d’Oslo à Gibraltar et de Londres à Bucarest. 80% du commerce et des investissements « extérieurs » se font à l’intérieur de l’Europe. Les universités européennes sont en réseau, les diplômes s’équivalent, la recherche s’organise entre les centres européens, un jeune européen sur deux a visité un autre pays d’Europe que le sien, les entreprises sont installées sur tout le territoire du continent. Il n’y a pas eu d’espace européen plus ouvert et plus prospère depuis le XIIème siècle peut-être, et sûrement depuis la période 1875-1914. Les nuages politiques qui pesaient sur l’Europe du fait des impérialismes nationaux et des hégémonies idéologiques ont été dissipés. Voudrait-on nous faire croire que demain tout cela n’existerait plus parce que nous serions privés d’institutions politiques européennes autres que celles que nous avons déjà (Parlement, Commission, Conseil, Cour) ? Dire non au referendum, ce n’est pas dire non à l’Europe. Ne pas avancer dans la construction européenne ne signifie pas détruire l’édifice. J’encourage donc les partisans du non à ne pas céder au chantage à l’Europe.

De même je conseille aux partisans du oui de ne pas céder au chantage à la Turquie, qui prend une double forme : la Turquie est un poids lourd qui déséquilibrerait le système, la Turquie c’est l’Europe islamique. D’une part il est vrai que les Turcs « pèsent » 80 millions de personnes au niveau de vie inférieur à celui de l’Européen moyen. Mais leur poids démographique n’aurait de sens politique que si précisément la loi du nombre devait régner sur l’Europe. La Californie dicte-t-elle sa voie aux Etats-Unis ? Au demeurant le pouvoir politique de l’Europe serait-il tel qu’en contrôlant ses institutions on tiendrait tous les peuples en esclavage ? Le pouvoir politique a-t-il quelque avenir dans un futur mondialisé ?

D’autre part s’il existe des islamistes en Turquie, ils ne sont pas en proportion plus nombreux que chez nous. L’intégrisme terroriste est le fait d’une minorité inspirée, formée et armée par les Etats voyous du Moyen Orient. Demandons-nous sérieusement si les Turcs veulent dominer l’Europe et anéantir les Infidèles, ou s’ils demandent simplement à accélérer leur développement en intensifiant les relations commerciales et financières qu’ils entretiennent déjà avec l’Europe entière.

On ne peut donc pas rejeter le projet au seul prétexte qu’il livrerait l’Europe à la Turquie et à l’Islam. L’intégration de la Turquie à l’économie européenne est déjà faite, et se poursuivra sans doute à un rythme accéléré. L’entrée triomphale des Ottomans à Vienne n’est pas pour demain. Si vous avez envie de dire oui au projet, ne vous laissez pas impressionner par la peur du grand méchant Turc.

Mais que dire ? Oui ou Non ? J’aurai l’occasion de vous entretenir à nouveau de quelques arguments qui vont dans un sens ou dans l’autre. Mais je crois qu’il était avant tout nécessaire de ne pas tomber dans le piège de la propagande, il ne faut pas s’en tenir au « non à l’Europe » ou au « oui à la Turquie ». Le débat vaut mieux que cela, nous avons quatre vingt jours pour le mener.

 

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Au sommaire du n°1333 du 12 septembre 2017


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