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Pourquoi la croissance de l’Etat ?

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LE MINISTRE ET L’ECONOMISTE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 07 Février 2005 01:00
 Le slalom français

Le Ministre – Je me propose de baisser les impôts.

L’économiste – Voilà une bonne chose. Comment allez-vous procéder ?

M – Je vais diminuer le taux des impôts sur le revenu pour les tranches les plus basses, afin de rendre aux contribuables les plus modestes le pouvoir d’achat qui leur permettra de consommer davantage et de soutenir ainsi la croissance.

E – L’enfer est pavé de bonnes intentions. En vous y prenant de cette façon vous ne soutiendrez que les idées à la mode, les fausses idées de Keynes, pour qui la dépense serait la source de l’emploi. La croissance n’est pas le résultat de la consommation, mais de la création de richesses (c’est à dire de produits achetés par les consommateurs) par les entreprises.

M – Mais si les gens dépensent davantage, le marché sera plus actif et les carnets de commande se rempliront !

E – A condition que les entrepreneurs français soient en mesure de proposer des produits qui conviennent à la clientèle, sans quoi la dépense se portera sur des produits étrangers ou ne se fera pas : les gens préfèreront garder leur argent.

M – Mais nos entrepreneurs sont tout à fait capables de satisfaire le consommateur français ! 

E – Hélas non. Car non seulement l’Etat s’obstine à multiplier les charges sociales et les réglementations qui les empêchent d’être compétitifs, mais de plus vous confisquez l’argent qu’ils se risqueraient à gagner. Avec votre générosité à l’égard des bas revenus, vous accentuez encore la progressivité de l’impôt, c’est à dire que vous dissuadez ceux qui voudraient aller de l’avant en entreprenant, en investissant, de le faire. L’expérience et la logique le démontrent : la baisse des impôts n’est bénéfique que si elle concerne par priorité les locomotives de l’économie, ce sont par priorité les taux marginaux sur les tranches les plus élevées qui doivent être abaissés. Vous, vous diminuez les impôts de ceux qui n’en payent pas, et vous faites la chasse à ceux qui réussissent leur parcours professionnel.

M – Mais les entrepreneurs veulent réussir sans embaucher : les créations d’emplois sont faibles

E – Bonne remarque, mais regardez du côté de la réglementation (et en particulier du côté du Code du Travail) et du côté du SMIC. Vous comprendrez pourquoi les entreprises fuient totalement ou partiellement le territoire national : elles sont à la recherche de lieux où les conditions de l’emploi et les rémunérations sont en rapport avec leur productivité.

M – Mais les pays étrangers, surtout nouveaux venus dans le commerce mondial, font du dumping social et fiscal : leur concurrence est déloyale, et nous y mettrons bon ordre en Europe.

E – D’abord vous aurez du mal à plier les autres Européens aux normes françaises. Ensuite y réussiriez-vous que l’Europe serait à son tour désertée, au profit de l’Asie par exemple. Enfin et surtout les producteurs des pays pauvres veulent d’abord s’assurer le minimum vital avant de songer à des avantages sociaux rendus coûteux et illusoires par l’incurie administrative. Avec le progrès de leur productivité et le développement de leur économie ils accèderont peu à peu à des pouvoirs d’achat comparables au nôtre : l’Espagne était un pays à « bas salaires » il y a trente ans, et les Tchèques nous ont rejoints en moins de dix ans.

M – Ce modèle n’est pas du goût des Français, ils préfèrent une large redistribution et une forte protection sociale à des réussites personnelles qui laissent trop de gens à la traîne.

 

E – Qui vous dit que les Français ont une préférence pour ce modèle ? Leur avez-vous dit que le coût du modèle c’est le chômage, les grèves, la stagnation ou la baisse du pouvoir d’achat ?

Les jeunes Français talentueux, pour leur part, font leur choix : ils s’expatrient. Et dans quel état se trouve la protection sociale aujourd’hui dans ce beau pays ? Hospitalisation publique, retraites, logements sociaux : tout se fissure, tout se fracture. La voilà, la vraie fracture sociale.

M – Nous ne cessons de colmater les brèches ouvertes par les gouvernements précédents. Voyez ce que nous faisons par exemple pour indexer les loyers sur le coût de la vie.

E – Vos dernières initiatives sont en effet un défi aux lois élémentaires de l’économie. D’une part il est aberrant de faire des loyers une affaire d’Etat, alors qu’ils sont affaire de marché. D’autre part, quand les prix sur le marché augmentent, c’est l’indication d’une insuffisance de l’offre par rapport à la demande. Abaisser les loyers, ou les empêcher de monter, c’est décourager l’offre d’immobilier locatif. De moins en moins d’investisseurs vont s’intéresser à la construction de logements neufs, et la pénurie s’installera, le parc immobilier se détériorera parce que la rentabilité ne sera plus assurée : la leçon de cinquante ans de contrôle des loyers n’a-t-elle pas été comprise ? En d’autres termes, il existe un marché, que vous le vouliez ou non, et vous ne pouvez ignorer ses lois, parce qu’elles reflètent les réactions naturelles des êtres humains à la recherche de solutions logiques. Elles sont plus fortes que les lois votées par le Parlement.

M – Vous voulez dire que les ministres n’ont rien à voir dans le fonctionnement de l’économie ?

E- En effet. Ou, plus précisément, ils ont une chose à faire : annuler les méfaits de leurs interventions précédentes, rendre leur argent aux Français, et s’occuper des vraies affaires publiques, comme la police et la justice. C’est pour quand ?

Pas de réponse évidemment, ce dialogue étant purement imaginaire.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1340 du 8 novembre 2017

Editorial : Harcèlement : plan d’urgence ou profonde conversion ?
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Connaissance du libéralisme :
La dévolution des biens matériels
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