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La crise est inéluctable

A la différence d’Adam Smith et Turgot qui pensaient que l’activité économique apporte le progrès en permanence, grâce à des adaptations permanentes voulues par le marché, Malthus estime que la crise est inéluctable dans un pays industrialisé.

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LE GRAND TURC PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 18 Octobre 2004 01:00
 Le Roi soleil

Dans le Bourgeois Gentilhomme, Molière n’était pas très respectueux à l’égard de son roi, en ridiculisant la diplomatie de Louis XIV qui voulait faire alliance avec le grand Mamamouchi, ou Grand Turc. Je ne suis pas Molière, et j’ai trop de respect pour mon Président pour me permettre de brocarder sa diplomatie, mes lecteurs fidèles en sont d’ailleurs tout à fait conscients.

Mais force est de constater qu’il y a une chose inchangée depuis le XVII° siècle dans notre pays : c’est toujours le Roi Soleil qui conduit la France là où il le veut. C’est en tout cas ce que me suggère le fameux « débat » sur la Turquie à l’Assemblée Nationale. 

Sur le fond du problème, on connaît ma position. L’élargissement à la Turquie ne pose aucune difficulté si l’Europe est un marché commun, une zone de libre échange, de libre circulation, l’« Europe des marchands » . Mais elle ne manquera pas d’en poser si quelques Européens entendent créer une union politique « unitaire » comme le précise François Bayrou. Europe espace ou Europe puissance ? Mon choix est fait : je ne vois ni la nécessité ni la possibilité de doter l’Europe d’institutions politiques qui se surajouteraient à celles que nous subissons déjà, qui n’auraient pour seul résultat qu’un surplus d’impôts et de réglementations et pour seule ambition de tenir tête aux Américains ou aux Chinois. Si l’on dit non à l’Europe-puissance, parce que la puissance n’est pas un idéal en soi, si l’on dit oui à l’Europe-espace, parce que c’est un avantage pour tous les Européens, je dis logiquement oui à la Turquie, oui à la rencontre des cultures à travers les échanges pacifiques.  

Cela dit je reviens à mon propos d’actualité. Ce qui me donne à réfléchir, dans ce débat à l’Assemblée, c’est que son organisation et son contenu démontrent que la France de la V° République s’est donnée en fait un régime monarchique. Ce n’est pas une découverte : ainsi l’avait voulu le général De Gaulle en faisant inscrire dans la Constitution de 1958 et les pleins pouvoirs (article 16) et le principe du « domaine réservé ». Ainsi l’avait confirmé la pratique gaullienne, prolongée par la pratique giscardienne, puis mitterrandienne. La cohabitation avait quelque peu tempéré le principe : à l’étranger la France avait deux voix, même si celle du Président était prépondérante. Mais depuis 2002 notre Président a renoué avec le gaullisme le plus pur, et applique la lettre et l’esprit de l’actuelle Constitution. Les parlementaires sont donc mal venus de se révolter contre le Président : ils n’ont aucun contrôle sur le pouvoir présidentiel quand il s’exerce dans le domaine réservé. Cela dit, je ne peux m’empêcher de faire quelques remarques :

1° Pourquoi cette fronde de la part de gens qui ont fait allégeance à un chef (et se préparent d’ailleurs à faire allégeance à un autre chef) ? Les godillots seraient-ils soudainement trop lourds ?

2° Pourquoi ne pas faire campagne pour la réhabilitation du parlementarisme et pour une révision constitutionnelle ? Comme on l’a justement fait remarquer, la France est la seule « grande démocratie » dans laquelle un seul homme, chef des armées et de la diplomatie, a le pouvoir de déclarer une guerre, de signer ou de rompre des traités, de choisir les amis et les ennemis du pays.  

3° D’ailleurs, pour qu’une nation soit forte et respectée – je veux dire pour que les citoyens français soient protégés efficacement dans leurs personnes, leurs biens et leurs droits contre les agressions venues de l’étranger – est-il besoin d’une unité de pensée militaire et diplomatique ? Il est vrai que la III° République des années trente, et la IV° République des années cinquante, avaient donné un tel exemple d’instabilité politique et d’abandons face à l’ennemi que l’on pouvait souhaiter mieux en renforçant le pouvoir présidentiel. Mais les présidents de la V° République, De Gaulle en tête, ont-ils grandi ou affaibli la France ? 

Ces trois remarques se ramènent à un constat bien simple : la démocratie française n’est pas adulte, car depuis des lustres les citoyens français ne voient de solution qu’à travers l’homme providentiel. Nous avons besoin du grand chef à plumes pour protéger la tribu. Ce culte de la personnalité est incompatible avec la vraie liberté politique. C’est de la « servitude consentie » disait La Boetie. Et par un glissement assez naturel, quand on n’attend le salut que d’un homme d’Etat, on finit par idolâtrer l’Etat lui-même. « L’Etat c’est moi » : nous y sommes. Le Roi Soleil est toujours là. Le Grand Turc, curieusement, a disparu.  

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1362 du 2 mai 2018

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