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LA GROGNE DES LIBERAUX PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 04 Octobre 2004 01:00
 Thatcher

« La grogne des libéraux » : c’est le commentaire le plus fréquent de la réunion qui s’est tenue à la Maison de la Chimie mercredi dernier 29 septembre. Les journalistes, dans l’ensemble n’ont été intéressés que par un aspect bien mineur de cette rencontre.

Imaginez-vous qu’à deux ou trois reprises la salle, riche de 900 personnes, a hué voire sifflé le nom de notre Président bien aimé, surtout lorsque Sabine Hérold, la jeune pasionaria de « Liberté Chérie » a évoqué la position de Jacques Chirac sur le service public minimum. Du coup, le Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer, a quitté ostensiblement la tribune – ce qui n’a pas semblé trop perturber la réunion.

Les médias ont ainsi passé sous silence les aspects assurément nouveaux et peut-être importants de cette « première rencontre des réformes ».

Nouveau, le succès d’une manifestation placée sous le signe de la réforme. Organisée par Hervé Novelli, fondateur et animateur du groupe des réformateurs au sein de l’UMP, cette réunion a donc amené près d’un millier de personnes, et attiré plus d’une cinquantaine de parlementaires, et pas des moindres : Pierre Méhaignerie, Président de la Commission des Finances a activement participé. Un secrétaire d’Etat en exercice, Renaud Dutreil, en charge de la réforme de l’Etat, a été également présent : il est vrai qu’on était en plein dans le sujet. Gérard Longuet, Alain Madelin (toujours très applaudi dans ses analyses doctrinales) étaient également de la partie. Voilà donc un petit évènement en soi.

Nouvelles aussi les propositions présentées en conclusion par les cinq ateliers respectivement consacrés aux 35 heures, à la continuité des services publics, à la revalorisation du travail parlementaire et au rééquilibrage des pouvoirs, à la fiscalité et, enfin et non le moindre, à la réforme de l’Etat dont je vous ai entretenu la semaine dernière. Certes la plupart de ces mesures ont été prônées par les libéraux depuis près de vingt ans : « Programme pour un Président », préparé par l’Aleps et rédigé sous ma direction en 1988, et « Programme pour un Parlement » (1993) n’ont pas pris une ride et peuvent inspirer une politique réellement libérale. Mais ces idées n’avaient guère dépassé le cercle des intellectuels ou le stade des « plates-formes » électorales. La nouveauté consiste ici en ce que des députés sont désormais décidés à présenter des propositions de loi sur des points précis : on est bien dans une logique de réformes concrètes.

Voilà qui, à court ou moyen terme, pourrait devenir important, car cela pourrait imposer l’existence d’un vrai courant réformateur libéral au sein de l’UMP. Sans doute pour l’instant Nicolas Sarkozy ne veut-il pas entendre parler de courants au sein de l’UMP (après en avoir été partisan au départ). Son ami François Barouin a assimilé les courants à des « contre-pouvoirs », et il a affirmé qu’il fallait laisser à la gauche la pratique des courants, la droite devant préférer « organiser la vie démocratique » - ce qui chez les communistes s’appelle « la centralisation démocratique ». Mais les parlementaires réformateurs peuvent se sentir renforcés dans leurs convictions et faire pression sur leur nouveau leader s’ils se sentent soutenus par un courant, populaire celui-ci.

A ce sujet cette réunion est importante parce qu’elle renoue peut-être avec une tradition abandonnée depuis fort longtemps : le dialogue entre hommes politiques et société civile. Ne me dites pas que les élus sont au contact du peuple, parce que le peuple qu’ils voient, entre deux avions ou TGV et trois inaugurations et cocktails n’est fait que de leurs militants, de leur clientèle et de leurs quémandeurs. Ici, à travers les associations présentes, Aleps, Contribuables associés, Ifrap, Liberté Chérie, et autres, ce sont les électeurs libéraux qui se sont exprimés : ceux qui ont manqué aux dernières consultations électorales, et ceux qui manqueront demain parce que le gouvernement ne tient pas ses promesses. Il faut bien comprendre pourquoi les libéraux « ont la grogne » et pourquoi les plus jeunes d’entre eux, bien présents dans la salle, ne cachent pas leurs sentiments : ils en ont assez de voir « la droite » voter des textes et prendre des mesures que la gauche ne désavouerait pas, non seulement dans le domaine de l’économie mais sur beaucoup de problèmes de société (éducation, famille, logement, sécurité, etc.).

Cependant, je ne suis pas naïf au point de croire que la Maison de la Chimie était la Salle du Jeu de Paume. Le courage de nos parlementaires doit se confirmer : résistera-t-il à l’arrivée intempestive de Nicolas Sarkozy à la tête de l’UMP ? Leur foi libérale est-elle bien solide ? Quand on voit la réaction de Gérard Longuet prenant la défense de l’ENA et traitant de « crétinisme simplificateur » la mesure demandant aux fonctionnaires élus de démissionner de leur charge administrative, on peut se dire que le chemin à parcourir est encore long.

Enfin, et Gérard Bramoullé qui était le porte-parole de l’Aleps en cette soirée l’a exprimé avec son talent habituel, une réforme libérale doit aller jusqu’au bout de sa logique : il ne s’agit pas de « prendre des mesures », mais de respecter et appliquer les principes de la liberté individuelle et de l’harmonie sociale. Nous pensons que trop de gens ne voient le libéralisme que par le petit bout de la lorgnette, et qu’ils négligent la philosophie profonde qui le sous-tend, une vision de l’homme libre et responsable, et d’une société en mesure de faire respecter les droits individuels. Grogner c’est bien, penser c’est mieux, penser et agir c’est encore mieux.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1361 du 25 avril 2018

Editorial : La sueur des autres
Actualité
:
La vraie nature de l’impérialisme américain - Jeunesse et éloquence : Macron a séduit les Américains - Gentils étudiants et méchants CRS
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Pierre Bentata, Les désillusions de la liberté


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