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Pas de sérieuse diminution des dépenses publiques sans réduction du périmètre de l’Etat. Des privatisations généralisées ne nuisent pas à la santé, ni à l’éducation, ni aux communications, ni aux retraites de la population : c’est tout le contraire, comme le prouvent les réformes pratiquées en Allemagne, en Grande Bretagne, en Scandinavie, en Europe Centrale ou au Canada, il est facile, confortable et économique de se passer de l’Etat dans beaucoup de domaines.

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Les sentiments, bases de la société

Charles Fourier a inspiré Proudhon, mais Marx l’a méprisé. Marx l’économiste rejettera avec violence les « utopies » des Français, construites en ignorance totale des lois de l’économie. Il est vrai que Fourier part du principe qu’une société ne peut être harmonieuse que si elle rencontre les sentiments des individus.

 

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EUROPE PUISSANCE OU EUROPE ESPACE ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 19 Avril 2004 01:00
 Europe

Il semblerait que le débat sur l’Europe retienne enfin l’attention de la classe politique, on échapperait ainsi au piège du vote pour ou contre le gouvernement, qui a coûté si cher à la majorité et offert sur un plateau les régions à la gauche.

Un sujet semble exciter les passions, celui de l’entrée de la Turquie dans une Europe élargie. Déjà s’affrontent les tenants d’une Europe chrétienne, rejetant l’Islam, et ceux d’une Europe ouverte à tous les vents, y compris ceux qui soufflent du Bosphore. L’opposition entre certains leaders de l’UMP, tel Alain Juppé, et le Président de la République n’a pas manqué d’intriguer ou d’amuser les commentateurs. 

Le problème me semble en fait bien posé par Pierre Lequiller, président de la délégation de l’Assemblée Nationale pour l’Union Européenne. Dans un article paru à la veille de Pâques (Le Figaro des 9-10 avril), il résume le débat au choix entre Europe puissance et Europe espace. Choix simple : avec la Turquie l’Europe renonce à être une puissance politique pour rester seulement un espace « qui aurait tendance à s’étendre indéfiniment ». Visiblement on préfère ici l’Europe puissance. 

Les tenants de cette thèse, à commencer par Pierre Lequiller, se trompent doublement. La Turquie n’est pas ce que l’on dit. L’Europe ne peut être ce que l’on prépare. Et cette double erreur n’est peut-être pas innocente : il y a paradoxalement derrière tous ces discours un anti-européanisme qui n’ose pas dire son nom.

La Turquie n’est pas ce que l’on dit, parce que la Turquie n’est pas le foyer d’un Islam conquérant, ni même une nation musulmane. En dépit du fait que le gouvernement actuel est parvenu au pouvoir en exploitant un sentiment de renaissance islamiste, il a abandonné toute dimension religieuse. Les « fondamentalistes » ont obtenu moins de 5 % des voix aux dernières élections. S’agissant de l’Irak, la Turquie s’est finalement rangée aux côtés des Anglo-Américains. Il y a cent fois moins de femmes voilées à Istanbul qu’à Paris, on fume et on boit avec beaucoup plus de liberté que chez nous, le seul personnage incontesté autour duquel se reconnaît aujourd’hui la nation turque est Kemal Atatürk, dont le portrait géant se trouve dans tous les lieux publics, hôtels et demeures privées. Or Atatürk a occidentalisé et laïcisé le vieil empire ottoman. La Turquie est imprégnée aussi bien de son passé ottoman que de la civilisation grecque, de la chrétienté primitive et de l’héritage romain. Istanbul, c’est Constantinople aussi bien que Byzance. Les Turcs pourraient donc donner d’utiles leçons aux fanatiques de tous bords qui habitent aujourd’hui les 25 pays de l’Union dite « Européenne ». 

L’Europe pourrait-elle absorber 80 millions de Turcs ? Mais qui a parlé d’absorption ? Les Français et Allemands vont-ils absorber les Hongrois, Slovènes, Baltes, Polonais, voire Anglais ? Doit-on voir le futur de l’Europe en termes de « puissance », c'est-à-dire comme un projet politique où le poids de quelques Etats dominants serait décisif ? Cette Europe puissance n’existe pas, et n’existera pas de si tôt parce qu’il n’y a aucune chance que les Etats souverains se dissolvent dans un bain eurocratique, et c’est tant mieux. D’ailleurs puissance pour quoi faire ? Pour contrer les Etats-Unis ? Pour juguler les ambitions des Russes et des Chinois ?

En fait, ce qui inquiète, c’est l’invasion économique : les travailleurs turcs ne vont-ils pas déferler sur nos pays et manger le pain des Européens ? 

Nous y voici : en fait c’est le protectionnisme qui se cache derrière les apparences de la « puissance européenne ». Les syndicats, les socialistes, les politiciens de tous les partis soumis aux pressions corporatistes gardent l’espoir de conserver leurs privilèges au sein d’une Europe dirigiste. Ils rêvent de l’Europe forteresse, au sein de laquelle le couple franco-allemand imposerait sa raison social-démocrate. C’est l’Europe renfermée, l’Europe souverainiste qui refuse l’ouverture sur le reste du monde et, pour commencer, le reste de l’Europe. 

Derrière le masque de la construction de l’Union politique s’avance la réalité corporatiste. Le masque tombera-t-il bientôt ? Ne comprend-on pas la stupidité d’exclure du marché européen les Turcs et les autres au prétexte qu’on ne veut pas d’une Europe marchande ? Un espace européen de libre échange, de circulation des produits, des hommes et des idées, créerait toutes les conditions d’un harmonieux brassage culturel. Il aurait pour effet de donner aux Turcs l’occasion de rester chez eux (Istanbul compte aujourd’hui 11 millions d’habitants, dont la moitié est revenue d’Europe Occidentale). Enfin si l’Europe est redevable en beaucoup de points à la chrétienté, ce n’est pas d’un sectarisme religieux mais au contraire d’une ouverture aux autres, d’un esprit de compréhension et de recherche de la paix.

Voilà, en tous cas, de quoi débattre.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


Editorial : La Reconquête

Conjoncture : Taillables et Corvéables à merci

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