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« Il ne se dit pas en un siècle une formule aussi éblouissante. Je la tiens pour un trésor plus grand que toute la fortune des Rothschild ».

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MALHEUR AUX BARBUS PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 26 Janvier 2004 01:00
 Barbus

Le gouvernement, le Parlement et le ministre veillent jalousement sur la laïcité républicaine. Le ministre, Luc Ferry, fait preuve d’une grande vigilance. Cette semaine, il a émis quelques doutes sur le port de la barbe : la « pilosité » (dixit) ne serait-elle pas un signe ostensible d’appartenance religieuse ?

Si le ridicule ne tue plus dans ce pays, le dérisoire peut tuer le pays. Car les réactions obsidionales à l’affaire du voile sont en train de porter atteinte à quelques principes fondamentaux sur lesquels repose théoriquement une société de libertés : l’Etat doit rester dans son domaine, la loi doit garder sa nature, la violence doit être contenue, la pluralité respectée, la liberté religieuse garantie et les traditions culturelles et morales conservées.

La façon de se vêtir et de se coiffer n’est pas une affaire d’Etat. Seuls les régimes totalitaires ont imposé une apparence uniforme et ont imposé leurs goûts. Nous voici parvenus aux limites extrêmes de l’Etat-Providence, quand il devient Etat Total. En France, il n’y aura bientôt plus de domaine privé. L’Etat pénètre dans nos maisons, dans nos voitures, dans nos habits, dans nos joies et nos peines, il nous dit comment manger, comment voyager, comment nous divertir, nous cultiver, nous soigner, nous loger. Pour notre bonheur, pour notre salut, pour notre progrès matériel et moral sans doute : merci l’Etat !

La loi est l’arme absolue de l’Etat Total. Elle a pour elle la légalité, le suffrage universel, la démocratie. Les élus ne sont-ils pas les « représentants du peuple » ? Ils sont donc là pour produire des textes, encore des textes et toujours des textes. Notre législation et nos dirigeants politiques sont persuadés qu’une loi peut tout arranger. Ils ne savent pas que la loi n’est pas légitimée par le vote, mais par son ordination au droit. Elle n’est faite que pour donner consistance aux droits individuels, elle facilite leur pratique quotidienne. Ce n’est pas la loi qui fait le droit, mais le droit qui dicte la loi. Bastiat ne s’y trompait pas. Quelle référence au droit permet-elle aujourd’hui de légiférer sur les signes ostentatoires ? Quel droit individuel entend-on protéger ? La laïcité est-elle de droit naturel ? Ce concept politique a-t-il préséance sur la liberté de chacun de se donner l’apparence et les convictions de son choix ?

Les partisans de la loi avancent un premier argument : c’est la meilleure réponse à la violence organisée par des minorités fanatiques. On dit que nombre de parlementaires se sont convertis à l’idée d’une loi en réaction contre la manifestation innommable organisée samedi dernier : la loi démontrerait que l’on n’a pas peur. Mais qui a la mission de lutter contre la violence et de rétablir l’ordre dans une société civilisée : la police et la justice, ou la loi ? La loi indique simplement ce que le policier et le juge doivent faire : arrêter, juger les coupables de telles outrances. Faiblesses face à la violence ? Ce qui est en cause ce n’est pas la faiblesse du législatif, qui en fait déjà trop, c’est la faiblesse de l’exécutif.

Les partisans de la loi ont un second argument : ils invoquent la laïcité scolaire. Que la sérénité requise par l’étude et l’éducation puisse être menacée par une tentative de déstabilisation de la part d’une minorité qui veut imposer sa loi, je n’en doute pas. Mais la riposte est inadaptée et dangereuse. Inadaptée parce que la racine du mal est dans le  monopole  de  l’Education  Nationale, qui détient un pouvoir extraordinaire sur les jeunes enfants. Conquérir l’Education Nationale, c’est conquérir le pouvoir. Dans « le voile et la croix » j’avais fait le parallèle entre l’impérialisme culturel des marxistes et celui des islamistes et j’avais soutenu que la meilleure parade était dans la pluralité, dans l’éclatement du système public d’enseignement. S’il y avait une véritable concurrence scolaire, l’enjeu culturel et politique de l’école serait moindre. Au demeurant, cette réaction est aussi inadaptée par son ampleur : grâce à la politisation et à l’annonce de la loi, des incidents mineurs, des écarts de conduite qui auraient pu se régler sur place et tout de suite, sont devenus des affaires d’Etat. Enfin cette riposte, inadaptée à tous points de vue, est dangereuse. Elle amplifie les ambiguïtés de la laïcité, en privant les Français d’affirmer leurs convictions religieuses. Au prétexte qu’une minorité porte le voile, la majorité de ceux qui portent ou voudraient porter la croix est privée de cette liberté. Les promoteurs de la loi confirment le renoncement (pour ne pas dire le reniement) à la tradition judéo-chrétienne sur laquelle est fondée notre culture nationale.

Les philosophes des Lumières et surtout leurs disciples révolutionnaires ont voulu en 1789 couper la France de ses racines. Il n’y ont pas réussi totalement. Leurs descendants actuels s’y emploient à nouveau. La liberté religieuse est en danger.

Notre devoir est de l’affirmer et de convaincre tous ceux qui, de bonne foi, pensent s’opposer au fanatisme par l’intolérance. La solution n’est pas dans l’intolérance mais dans la foi et l’ancrage dans les valeurs morales de la liberté.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1340 du 8 novembre 2017

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