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Economiste classique

Contresens sur la valeur travail

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LES BEBES SAUVEURS PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 15 Décembre 2003 01:00
 Manipulations génétiques

C’est l’art de travestir la réalité. Imaginez un « crime contre l’espèce humaine », mais baptisez-le d’un nom qui évoque à la fois l’innocence de celui qui vient de naître et la victoire sur l’infirmité et la mort : vous avez rendu sympathique une cause a priori indéfendable.

Pour ceux qui n’auraient pas été alertés par des médias dont la vigilance et la moralité sont au-dessus de tout soupçon, qu’ils sachent donc que l’Assemblée Nationale a adopté dans la nuit de mercredi à jeudi dernier un amendement tendant à autoriser des manipulations sur un embryon pour que l’enfant à naître puisse ensuite sauver un enfant déjà né avec une maladie génétique. Le scénario est donc en quatre temps : 

- un enfant est atteint d’une maladie génétique (peut-être même de surcroît orpheline, ce qui signifie qu’il y a trop peu de cas pour engager une recherche spécifique) et il est condamné à vivre handicapé, et à mourir très jeune ;

- ses parents décident alors de procéder à une fécondation in vitro (FIV). On opérera alors, sur un embryon fécondé, un DPI (diagnostic pré-implantatoire) pour savoir s’il est génétiquement sain. Il faut aussi établir qu’il y a une compatibilité génétique entre l’embryon et l’enfant malade, ce qui est habituel s’agissant de frères et sœurs. Si toutes les assurances sont réunies, on prélèvera une cellule-souche sur cet embryon.

- Après ce prélèvement l’embryon sera transplanté pour se développer dans le ventre de la mère.

- L’enfant malade recevra une greffe de la cellule-souche prélevée et la guérison pourra être dès lors envisagée.  

« Bébé sauveur » est une expression qui résume le processus, n’en retenant que les points d’arrivée et de départ. C’est ce que les partisans de cette méthode veulent souligner : on part d’un enfant condamné, on termine sur un enfant sauvé. Il n’en faudra pas davantage à des gens de bonne foi et de bon sens pour trouver que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Mais « le meilleur des mondes » est aussi celui d’Aldous Huxley. C’est celui de la manipulation génétique aboutissant à concevoir un être humain d’un type délibérément choisi par quelque autorité scientifique, morale ou politique.

L’affaire se résume en une formule simple : la fin justifie les moyens. D’ailleurs, de nombreux scientifiques, spécialistes de la thérapie génique, ont déjà demandé que la même formule soit appliquée à leur recherche sur les embryons « stockés », puisqu’il y a aujourd’hui des centaines de milliers d’embryons conservés dont on ne sait que faire. Sortir les embryons de leurs éprouvettes pour en étudier la consistance génomique permettrait de mieux connaître la carte du génome et ces connaissances permettraient à leur tour de mieux lutter contre les maladies génétiques. Dans cet esprit il ne manque pas d’arguments pour justifier le clonage des êtres humains.  

Par contraste, je pose, comme tant d’autres, la question : la fin de la guérison d’un être humain justifie-t-elle qu’on utilise un moyen qui est la négation de la dignité d’un autre être humain ? Bien évidemment les hypocrites vont répondre qu’un embryon n’est pas un être humain. Argument surprenant pour ceux qui d’autre part fabriquent un être humain à partir d’un embryon !  

Tous les hommes de science savent pertinemment que la vie humaine commence dès le premier instant de la fécondation. Savoir si l’embryon a des droits juridiques, à commencer d’ailleurs par le droit à sa propre survie, à partir d’une certaine date, est une question de culture : après tout certains peuples n’ont reconnu aucun droit aux esclaves, ou aux femmes, ou aux fous. Mais un peuple « civilisé » est en principe celui qui reconnaît la liberté de l’être humain, et par priorité le droit à la vie pour tout être humain.

Une manipulation génétique sur l’embryon est donc une atteinte à la dignité d’un être humain. Et quand on donne pour destination à l’embryon de venir sauver un être humain, on le réduit au rang de médicament, de méthode thérapeutique, on l’instrumentalise.

Dans cette affaire il n’y a donc pas seulement le fait de jouer avec la vie d’un être humain, mais le fait de le réduire à un simple instrument.

Serions-nous entrés dans l’ère de l’eugénisme ? Allons-nous progressivement accepter l’idée que l’être humain doit naître avec un patrimoine génétique suffisant pour être en bonne santé, intelligent et beau ? Pense-t-on qu’on en aurait fini de la sorte avec les imperfections et les souffrances de l’humanité ?

C’est la recherche de la race pure et de la société parfaite qui nous a valu, notamment au XX° siècle, les régimes les plus inhumains. Chez Staline et chez Hitler aussi on faisait des recherches biologiques fondamentales. Mais la réciproque est vraie : en dépassant les bornes de la science qu’indique la dignité de l’être humain, on en arrive à Staline et Hitler.

En France (et sans doute dans d’autres pays) on est sur la bonne voie : personne ne réagit devant les « crimes contre l’espèces humaine », puisque c’est le nom approprié qu’ont donné nos députés à ces manipulations génétiques… qu’ils ont légalisées dans le cas des bébés sauveurs !

 

 

 

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Au sommaire du n°1312 du 14 mars 2017


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