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LA BATAILLE DE LA COMMUNICATION PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 27 Octobre 2003 01:00
 Pas de vagues !

Le gouvernement se rangeant en cela derrière l’opinion du Président, retarde ou atténue les réformes nécessaires au prétexte de ne pas perdre la « bataille de la communication ». Il se veut consensuel, il ne veut pas heurter de front les syndicats ni les professionnels de la manifestation : pas de « provocation sociale ». Il y a plusieurs façons d’interpréter cette savante stratégie politique, mais à mon sens il n’y en a qu’une vraiment réaliste : pour assurer sa victoire électorale en 2004, la droite va se couper dangereusement de ses électeurs.

On pourrait, comme le fait avec insistance et sans doute sincérité Jean Pierre Raffarin, rêver d’une France de l’harmonie, où ceux d’en bas seraient enfin entendus par ceux d’en haut, où le patriotisme et l’intérêt général réuniraient durablement les familles politiques jadis opposées, mais naguère réunies autour de Jacques Chirac. Celui-ci se veut de plus en plus le Président de tous les Français mais à trop vouloir être le Président de la gauche il est de moins en moins celui de la droite. Cette stratégie suppose que les Français aient une vue unanime de l’intérêt général et pourraient enfin se retrouver dans l’union nationale compte tenu de la situation dramatique du pays. L’idée d’une « politique de salut public » ignore le fait qu’une partie de la population veut changer et accepte des sacrifices pour sauver l’essentiel, alors que l’autre partie ne le veut pas. 

Une deuxième interprétation se référerait à un certain cynisme. La bataille de la communication ne serait en fait qu’un prétexte pour amuser la galerie en attendant les régionales, les cantonales, les européennes, voire les sénatoriales. Surtout pas de vague d’ici le prochain printemps. Et si l’opposition se fait trop violente, on la traitera comme au judo : on accompagnera le mouvement de l’adversaire pour mieux le mettre au tapis. C’est oublier que lesdits adversaires ne sont pas tombés de la dernière pluie. Ils vont avoir du grain à moudre au cours des prochains mois. Le chômage se fait chaque jour un peu plus massif, le pouvoir d’achat des Français diminue, les syndicats agiteront l’épouvantail de la privatisation des services publics (Air France, EDF) et la réforme des retraites (pourtant insignifiante et mal inspirée) ou de la santé (atone) attisent les colères. Les médias vont donc se faire un plaisir de peindre le pays aux couleurs du noir, vivifiées par les drapeaux rouges. Arriver dans un fauteuil aux élections est une conjecture audacieuse. le fauteuil pourrait devenir siège éjectable. 

Car, et c’est là mon interprétation et ma crainte, pour chercher à préserver à tout prix la « paix sociale » le gouvernement devient le champion de l’immobilisme, quand ce n’est pas de la reculade. Il y a tout de même quelques millions d’électeurs qui en 2002 ont eu l’espoir d’un changement radical, qu’ils attendent depuis plus de vingt ans. Un changement qui ferait que ce soit le Parlement plutôt que la rue qui fasse la loi, qui ferait que les syndicats, les corporations, les groupes de pression cessent d’imposer leur dictat, qui ferait que les gens qui travaillent, entreprennent et épargnent ne soient pas spolier par une fiscalité croissante, qui ferait qu’on mette enfin de la responsabilité et de la concurrence dans ces pétaudières que sont l’Education Nationale et la Sécurité Sociale. 

Lassés de ne rien voir venir, ils pourraient bien profiter des beaux jours du printemps pour aller à la pêche, voire même pour voter contre leur camp, en se disant qu’à tout prendre les socialistes garantissent au moins un relatif calme social, quand ils donnent assez de gages aux cégétistes et aux communistes, à charge pour ceux-ci de maîtriser sur ce terrain les débordements gauchistes. Il est vrai qu’en la matière, la gauche ne fait guère mieux que la droite : ce qui l’aveugle c’est son passéisme idéologique, puisque chez nous les socialistes n’ont pas voulu évoluer à la différence de tous les autres en Europe. C’est, en effet, notre seul espoir. 

Pour conclure, je pronostique des lendemains qui chantent. Le désir de « la droite » de s’emparer des régions, des départements et de contrôler les européennes lui fait oublier sa fragilité actuelle. La roche Tarpéienne est toujours proche du Capitole. Je préfère jouer les oies que les autruches.

 

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