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Ce livret destiné à des militants libéraux avait deux objectifs : d’une part, rappeler le contenu du contrat que des candidats libéraux devraient passer avec les électeurs, d’autre part, imaginer deux scénarios de l’alternance : la gauche reconduite en 2002 et en 2007, mais devenue libérale, ou la droite au pouvoir en 2002 et pour longtemps. En fait, la droite a gagné en 2002, mais le scénario « Thatcher » n’a jamais fonctionné, et la gauche reprend le pouvoir en 2012 !

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« L’anti-Keynes » : ainsi a-t-on qualifié Milton Friedman, bien que Keynes ait été contesté dès les années 1930 par l’école autrichienne.

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LE MAL D’AVRIL PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 28 Avril 2003 01:00
 "Esprit de Mai"

Dans une interview donnée la semaine dernière aux quotidiens de province, Jean Pierre RAFFARIN a fait un bilan de son action depuis le début de son mandat. A cette occasion il a opposé « l’esprit de Mai », celui qu’il a essayé d’insuffler à l’action gouvernementale dès le début Mai 2002, et « le mal d’Avril », celui auquel les Français ont échappé en éliminant et JOSPIN et LE PEN.

Dans une interview donnée la semaine dernière aux quotidiens de province, Jean Pierre RAFFARIN a fait un bilan de son action depuis le début de son mandat. A cette occasion il a opposé « l’esprit de Mai », celui qu’il a essayé d’insuffler à l’action gouvernementale dès le début Mai 2002, et « le mal d’Avril », celui auquel les Français ont échappé en éliminant et JOSPIN et LE PEN.

Notre Premier Ministre est toujours très adroit, et on ne peut douter qu’il ait eu et qu’il ait sans doute toujours l’intention de rompre avec le style de ses prédécesseurs à Matignon. Il a eu raison d’évoquer « l’impuissance » des socialistes, incapables naguère d’amorcer la moindre réforme et dont l’héritage a été particulièrement lourd. Il a reproché à juste titre aux gouvernants de ne pas être à l’écoute du pays, et d’exercer leur pouvoir avec « des certitudes, des assurances et des arrogances ». L’impuissance politique a été, à son avis, la cause profonde du succès de LE PEN, et Jean Pierre RAFFARIN se propose de rendre aux Français la confiance qu’ils ont perdue dans la politique et les politiciens. L’esprit de Mai, ce serait ce souffle nouveau dans notre vie publique.

Bien que brillante et généreuse, la thèse ne résiste guère à l’analyse, me semble-t-il. Trois évidences lui ôtent le plus clair de sa valeur.

La première évidence, c’est que le pouvoir aujourd’hui en place s’est situé, dans le domaine des relations internationales, sur une ligne diplomatique que ne contestent ni les gens de gauche ni les partisans du Front National. C’est Hubert VEDRINES qui, avant Dominique de VILLEPIN, se révoltait contre l’ « unilatéralisme américain ». C’est Jean Marie LE PEN qui marquait sa sympathie pour Saddam HUSSEIN. L’anti-américanisme et l’anti-capitalisme sont cultivés en commun par la plupart des politiciens français, et la gloire de CHIRAC a été d’être à l’unisson. D’ailleurs, c’est bien le Président de la République, le même, qui donnait l’impulsion à la diplomatie française avant Avril 2002.

La deuxième évidence c’est que Jacques CHIRAC, aussi bien dans sa campagne que dans l’action qu’il entend imposer au gouvernement, s’adresse à la France qui a peur, à la France du repli, à la France ringarde. L’accent mis sur l’insécurité, dès le mois d’Avril 2002, est ce qu’il y a de plus spectaculaire. Mais il y a aussi l’anti-mondialisation, l’apologie du développement durable, la défense à tout prix de l’exception culturelle, des « services publics à la française », et encore le protectionnisme et les subventions pour les paysans, pour les entreprises non compétitives.

La troisième évidence, c’est qu’une impuissance politique peut en cacher une autre. Toute une série de mesures s’imposaient pour réparer les erreurs majeurs et mortelles des socialistes : les 35 heures, la loi « de modernisation sociale », la fiscalité sur les hauts revenus et sur la fortune. Elles n’ont pas été prises. Quelques aménagements mineurs n’ont rien changé à l’architecture fondamentale de la législation socialiste, qui aura ruiné l’économie en moins de dix ans. S’agit-il de diminuer le nombre des fonctionnaires pour réduire la taille de l’Etat ? Après des effets d’annonce, on y renonce, même dans la pléthorique Education Nationale. S’agit-il de privatiser EDF, Air France et a fortiori la SNCF ? On remet à plus tard. Il en est ainsi parce que dans ce beau pays de France on ne touche pas à l’Etat, on ne touche pas aux services publics, on ne touche pas au pouvoir des syndicats, on ne touche pas aux « droits acquis ».

Mais les retraites, direz-vous ? Et encore la décentralisation et le statut de la fonction publique ?

Je reconnais que sur ce point le gouvernement a su affronter la colère de la nomenklatura syndicale, qui se fait un devoir de défendre la « justice sociale », c'est-à-dire le maintien des privilèges de classe. Nous vivrons un joli mois de « mai social », à n’en pas douter. Mais cet apparent courage peut annoncer de prochains abandons : je crains que l’on n’aille guère plus loin que les intentions. Surtout j’estime disproportionné de risquer sa popularité sur des projets qui ne sortent pas du « politiquement correct » et dont la nature ne devrait pas inquiéter les forces corporatistes et conservatrices. Réformer les retraites sans remettre en cause la répartition, tout en laissant une place marginale aux fonds de pension, mais tout en gardant aussi le principe de la retraite à 60 ans, et en espérant obtenir l’accord des syndicats : c’est à la fois incohérent et naïf. Lutter contre le chômage en réinventant le « traitement social », et remettre à plus tard l’allègement des charges et des législations, c’est imprudent et inopportun. Quand il faut une thérapie de choc, il est inutile de pratiquer la médecine douce, qui prolonge les épreuves et échauffe les esprits –de sorte qu’il sera impossible ensuite d’en venir aux choses réellement sérieuses.

Non, réellement, je ne sens pas bien « l’esprit de mai » ; il me paraît bien léger, pour ne pas dire inconsistant. Le « mal d’Avril », lui, est toujours là : chez les politiciens, chez les syndicalistes, à l’Elysée, dans la rue, dans les médias. Matignon aurait-il été épargné ?

 

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