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LE VOTE BLANC : FIN DES GODILLOTS ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 09 Décembre 2002 01:00
 

Je ne suis pas un inconditionnel de Christian BLANC. Même si l'ancien patron d'Air France a tenu très souvent des propos lucides et politiquement incorrects sur le chapitre des relations sociales et de la liberté d'entreprendre, il n'en demeure pas moins, jusqu'à preuve du contraire, un socialiste rocardien, un saint-simonien élitiste partisan du gouvernement des industriels et des savants. De plus, il poursuit peut-être le vieux rêve d'une "troisième force", alliant centristes et socialistes, rêve caressé par Michel ROCARD précisément et qui ne déplaît pas à François BAYROU.

Pourtant, j'aurais certainement voté BLANC si j'avais été électeur dans les Yvelines, et le succès du candidat de l'UDF pourrait à tout prendre marquer une inflexion salutaire dans la vie politique française : fin d'un système verrouillé jusqu'à présent, restauration du rôle politique du Parlement.

J'avance cette hypothèse avec prudence, sachant d'une part que le nombre des abstentionnistes enlève de la crédibilité à cet évènement, et d'autre part qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. 

Le système mis en place par Alain JUPPE a subi un échec cuisant. La discipline de fer que le Président de l'UMP entend faire régner au sein de la majorité, déjà mal reçue à l'origine, est devenue intolérable quand elle s'est exercée avec une telle violence, prenant la forme d'un diktat qui a été très mal perçu par l'opinion publique nationale et locale. Voici un premier progrès : les électeurs s'affranchissent des consignes données par les états-majors. Ils deviennent frondeurs.

La fronde a également pris la forme d'un réveil de la société civile, et Christian BLANC a su jouer dans ce registre. Il a soigneusement opposé sa candidature, qui ne devait rien au sérail des politiciens, et celle de son adversaire, imposé d'en haut. Il incarne, du moins aux yeux des électeurs, la relève d'une classe politique aux dirigeants usés, voire discrédités. 

Loin du tintamarre médiatique et de la propagande éhontée qui ont entouré les élections présidentielles et législatives du printemps, cette partielle d'automne posait le choix en termes simples : soutien inconditionnel ou vigilance critique à l'égard de l'action du Président et de son gouvernement. Les électeurs n'ont pas voulu d'un vote inconditionnel.  

Les électeurs cessant d'être des beni-oui-oui les députés vont-ils cesser d'être des godillots ?

Il y a déjà un premier lien entre les deux : de la France profonde remonte la déception devant la pusillanimité des ministres en place - Nicolas SARKOZY devant sa popularité précisément au fait qu'il est l'un des rares à donner l'impression d'un élu qui fait enfin ce pour quoi il a été élu. Les députés ne peuvent plus se contenter comme par le passé de rassurer leur électeurs avec des fables comme celle de l'héritage ou celle du contexte économique - deux alibis habituels de l'immobilisme.

Un autre élément à prendre en charge est la forte personnalité de Christian BLANC. Gageons qu'il ne mâchera pas ses mots, et s'il parvenait à rompre la langue de bois en usage au Palais Bourbon il ferait peut-être école. D'autres "jeunes loups" pourraient enfin s'exprimer et s'affirmer.

Le dernier élément, et sans doute le plus riche de promesses, est que si les députés ont été passés au peigne fin des états-majors parisiens, certains marginaux ont réussi à se faufiler, et ils semblent tout à fait déterminés à revendiquer leur liberté d'action et de proposition. On l'a vu à propos de la discussion des projets de François Fillon, car le très social-démocrate ministre des Affaires Sociales a été dépassé et bousculé un peu sur les 35 heures, et beaucoup sur la "rénovation" des relations sociales, notamment à propos de l'amendement Michelin. Certes le gouvernement n'a pas fait ce qu'attendaient les chefs d'entreprises et ce qu'exigeait la situation dramatique de l'économie française et de l'emploi : libéraliser vraiment le marché du travail. Mais les premiers succès peuvent enhardir ces francs-tireurs, surtout s'ils ont le sentiment d'être sympathiques à leurs électeurs, voire même à une large majorité de Français qui n'ont pas voté pour eux.  

C'est ce courant de sympathie entre la société civile et des députés libérés ou libéraux qu'il faut créer et intensifier au cours des prochains mois. De mon côté, avec l'ALEPS, et dans le cadre de Génération Libérale, je m'emploie à regrouper toutes les personnalités, toutes les bonnes volontés de la société civile qui veulent exercer une pression libérale sur les dirigeants politiques. Dès le départ j'ai refusé la position trop facile mais trop irresponsable du soutien inconditionnel au gouvernement; par tempérament je ne suis pas un suiveur. Mais je comprends aussi que l'on ne peut pas laisser la société politique isolée dans son microcosme, orpheline de la société civile. Si les élus, et notamment les parlementaires, veulent enfin prendre en compte les appels et les avertissements d'une société civile ferme dans ses convictions et claire dans ses projets pour la France, tout est encore possible.

J'ose à peine y croire, mais l'élection de Christian BLANC pourrait nous offrir l'occasion d'une nouvelle lecture de la Constitution de la V° République. Quelques prochaines échéances permettront de préciser si l'on va dans ce sens : le projet de loi sur "l'initiative économique", le sort réservé à la décentralisation, seront des tests significatifs. On verra si nos gouvernants et nos parlementaires ont enfin compris comment fonctionne une démocratie libérale.

 

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