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Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

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Les sentiments, bases de la société

Charles Fourier a inspiré Proudhon, mais Marx l’a méprisé. Marx l’économiste rejettera avec violence les « utopies » des Français, construites en ignorance totale des lois de l’économie. Il est vrai que Fourier part du principe qu’une société ne peut être harmonieuse que si elle rencontre les sentiments des individus.

 

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ALLO ? NE COUPEZ PAS ... PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 02 Décembre 2002 01:00
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Ne coupez pas avec l’Etat. Il en a pour une minute, juste le temps de trouver 9 milliards d’Euros. Ne coupez pas avec la fonction publique. C’est un droit acquis, elle garantit emplois, salaires et retraites à bon compte. Ne coupez pas avec le secteur public, il assure les intérêts des fonctionnaires au détriment de ceux des usagers. Ne coupez pas avec le passé : des PTT à France Telecom une grande tradition d’entreprise administrative s’est créée et développée.

J’évoquais la semaine dernière l’opposition virulente aux privatisations. Le plan de redressement de Thierry Breton pour France Telecom me donne l’occasion de revenir sur le mode de gestion des entreprises publiques : catastrophique, irresponsable, et désormais condamné.

Catastrophique : je rappelle l’importance des dégâts. 70 milliards d’Euros de dettes (soit 468 milliards de Francs), cela représente plus que ce que rapporte l’impôt sur le revenu, et une charge par famille française de plus de 2000 francs (vous devriez pouvoir téléphoner deux ans gratuitement). 17 milliards d’Euros de déficit en 2002 pour un chiffre d’affaires de 23 milliards :  quel commerçant ferait 65% de pertes sur ses ventes ? Catastrophe aussi pour les finances publiques. L'aide de 9 milliards d'Euros que l'Etat va apporter à FT représente 0,6 % du PIB (soit 2 jours de l'année de production de la France entière). Si cette somme avait été apportée directement, le déficit budgétaire (actuellement prévu pour 2,6 % du PIB) aurait dépassé 3% et la France n'aurait plus respecté les critères de Maastricht. Les gens de Bercy ont résolu le casse-tête : ce n'est pas l'Etat qui donnera l'argent, mais l'Erap (Entreprise de recherches et d'activités pétrolières) qui empruntera elle-même la somme à la Caisse des Dépôts et Consignations, qui elle-même débitera le compte que tient auprès d'elle le Trésor Public. On est en pleine transparence financière ! C'est dire aussi que l'on est aux abois, parce qu'avant juin 2003 il faut désendetter FT de 15 milliards en endettant l'Etat sans avoir l'air de creuser le déficit du budget de l'Etat.

Gestion irresponsable : on ne manquera pas de faire le rapprochement avec le Crédit Lyonnais, dont la facture « n’est que » de 40 milliards d’Euros environ (on ne connaîtra le chiffre précis qu’en ...2014 ! ). Dans un cas comme dans l'autre c'est l'inconscience des dirigeants qui est à l'origine de la dérive. FT s'est livré en particulier à l'achat de licences UMTS (la troisième génération de mobiles) à un prix exorbitant, qu'ont refusé les Allemands ou Bouygues - mais on n'est pas regardant à la dépense. De plus rien n'a été trop beau pour FT, y compris les traitements des "fonctionnaires" (ce qui pose des problèmes pour les transférer maintenant dans d'autres administrations). Mais, comme pour le Crédit Lyonnais avec Jean Yves Haberer, le PDG de FT, Michel Bon, a été choisi pour des raisons politiques et ses décisions ont reçu le plein aval des ministres successifs, de François Fillon à Dominique Strauss-Kahn. Sa nomination par le tandem Juppé-Fillon en 1995 avait de quoi surprendre : il venait de mener au bord de la faillite le groupe Carrefour (alors que tous les grands distributeurs faisaient des bénéfices). C'est dire que la direction des entreprises publiques relève davantage de la politique que de l'économie.

Le statut juridique de l’entreprise publique y est pour quelque chose : ni l’actionnaire, ni la bourse, ni la clientèle n’a voix au chapitre. Par contraste cette semaine United Airlines vient d'être contrainte au dépôt de bilan faute d’avoir obtenu du gouvernement américain les deux milliards de dollars (ou d'euros) en simple garantie d'un emprunt. 

On voit toute la différence : dans un cas la sanction du marché, dans l'autre l'impunité totale.

Il est vrai que les deux contextes sociaux ne sont pas les mêmes. D'un côté les salariés d'United Airlines acceptaient une baisse substantielle de leurs rémunérations, de l'autre les fonctionnaires restent attachés à leur statut, et bien que n'ayant rien à craindre refusent d'être replacés dans d'autres administrations.

Désormais, ce type de gestion est condamné, parce que la concurrence se généralise. Les opérateurs téléphoniques, comme les banques, les transporteurs routiers, aériens ou ferroviaires, sont tenus de s’adapter ou de disparaître. Le contrôle des entreprises publiques sera demain celui des consommateurs, naguère simples contribuables et « usagers » sans défense, désormais nantis d’un pouvoir de choix. C’est la fin du fameux service public "à la française" : celui qui nous a valu pendant des années d'attendre des mois une ligne et une installation, celui qui nous a équipés en minitels déjà dépassés par le micro-ordinateur dès son apparition, celui qui nous vaut le téléphone le plus cher, la seule entreprise de téléphone qu'on ne peut pas joindre par téléphone ... 

Le futur ? Il n'y en a qu'un. C'est celui de la responsabilité. Responsabilité des dirigeants devant de vrais actionnaires. Responsabilité de l'entreprise devant les clients. Une première fois en 1995 la privatisation de FT a été évoquée, mais le gouvernement a vite battu en retraite. Cette fois-ci nécessité fait loi. Il va falloir couper avec l'Etat, avec la logique du service public et de la fonction publique. "Veuillez raccrocher s'il vous plaît."

 

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Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


Editorial : La Reconquête

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