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LA GUERRE DE CENT ANS EST DECLAREE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 28 Octobre 2002 01:00
 PAC

C’est toujours pareil avec les Anglais : ils veulent régner sur la France et le continent sans rien perdre de leur insularité. Ce qui était vrai avec Edouard III, la Grande Elisabeth, William Pitt se reproduit avec Margaret Thatcher et son héritier adultérin Tony Blair.

C’est une façon de voir les choses. On peut ajouter que si les Anglais aiment les Américains que nous n’aimons pas, nous ne pouvons aimer les Anglais. Et si les Anglais n’aiment pas les Iraquiens que nous aimons, ils ne peuvent aimer les Français. Déclarons la guerre de Cent ans !  

Il y a une autre manière d’interpréter la querelle entre Londres et Paris : fondamentalement ce sont deux conceptions de l’Europe qui s’affrontent, et le choix devra bien se faire, tôt ou tard, car il n’y a aucune « troisième voie » pensable.

D’un côté une Europe libérale, ouverte, se dotant d’une organisation juste suffisante pour garantir cette liberté et cette ouverture. De l’autre côté une Europe dirigiste, protégée, se donnant une constitution et des organes consacrant un vrai pouvoir politique européen. 

C’est voir le petit bout de la lorgnette que de ramener le débat à la seule Politique Agricole Commune. Certes la PAC a de quoi exciter le courroux des Anglais : ils s’approvisionnent en produits agricoles sur le marché mondial et ne doivent rien aux paysans français dont ils ne se sentent pas solidaires au point de payer des impôts pour les subventionner. Certes la PAC a de quoi mobiliser les Français, pour des raisons symétriques. Mais la PAC est devenue aussi le double symbole et d’un refus des lois du marché concurrentiel et de la planification européenne. Lorsque le gouvernement socialiste a présenté le traité de Maastricht aux électeurs français, il a précise que l’objectif du Traité était de généraliser ce qui a si bien réussi avec la politique agricole commune : une politique industrielle commune, une politique monétaire, une politique sociale, une politique commerciale, une politique diplomatique, une politique militaire : tout s’enchaîne. On s’est bien gardé de dire aux Français que la PAC a été le plus retentissant échec de la deuxième moitié du XX° siècle : productivité agricole stagnante, baisse des revenus des agriculteurs, perte du pouvoir d’achat pour les consommateurs, menace permanente pour la paix civile, octroi de privilèges ahurissants et, par dessus tout, factures pour le contribuable européen hors de proportion : 80% du budget européen, lui-même alimenté par un point de TVA sur tous les achats réalisés en Europe. On s’est également bien gardé de dire aux Français que ce qui avait bien marché depuis quarante ans c’était « l’Europe des marchands », l’Europe de la concurrence, de la communication et de la libre circulation. Que les gouvernements français successifs aient réussi pendant des années à faire payer les contribuables des autres pays démontre leur « roublardise ». Que les Anglais aient réagi et aient refusé de payer tout leur dû est également compréhensible – et à l’époque François Mitterrand et Jacques Delors avaient dû l’accepter. 

Aujourd’hui, l’axe Paris-Berlin veut reproduire le même schéma. Vis-à-vis des pays candidats, Chirac et Schröder offrent en prime les subventions aux Polonais, Hongrois et autres Slovaques. Ils envisagent un grand jeu de redistribution des budgets entre pays membres, sous l’autorité bienveillante et éclairée des institutions européennes elles-mêmes dominées par le tandem dirigiste. 

En face, comme je l’ai déjà évoqué, il y a le triangle Blair-Aznar-Berlusconi, peu attiré par la bureaucratie et plus respectueux du marché concurrentiel. 

Les Conventionnels de Giscard d’Estaing ont eu du mal à se situer dans le débat. Mais en évoquant le droit de sécession, en se référant à la subsidiarité, en écartant un exécutif européen indépendant, ils semblent plutôt tourner le dos au tandem Chirac-Schröder. Les hésitations des Conventionnels attestent que les vrais choix pour l’Europe n’ont pas encore été faits. Mais l’élargissement qui semble maintenant irréversible va mettre les politiciens au pied du mur. En 1958 les rédacteurs du Traité de Rome s’en étaient tirés par une pirouette : l’Europe libérale inspirait certains articles (concernant l’agriculture, les transports et l’énergie, sans parler du charbon et de l’acier). Aujourd’hui les secteurs et les pays susceptibles d’échapper durablement aux disciplines du libre-échange mondial n’existent plus. Il faut ou bien suivre les Anglais et les règles de la mondialisation, ou bien ériger l’Europe en forteresse coupée du reste du monde – ce que refusent presque toutes les capitales à l’exception de Paris et Berlin, peut-être Bruxelles et Vienne. 

Avec Charles VII, en 1453, les Français avaient gagné. Mais la France était exsangue, et l’Europe divisée pour plusieurs siècles. Est-ce bien le moment de déclarer une nouvelle guerre ?

Ne vaut-il pas mieux travailler à l’Europe libérale, pacifiée et prospère ?

Les défis du chômage, de la transition au marché et de l’immigration sauvage nous y invitent.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1361 du 25 avril 2018

Editorial : La sueur des autres
Actualité
:
La vraie nature de l’impérialisme américain - Jeunesse et éloquence : Macron a séduit les Américains - Gentils étudiants et méchants CRS
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Pierre Bentata, Les désillusions de la liberté


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