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Jacques Garello l www.libres.org

Lettre ouverte aux retraités actuels et futurs, cet opuscule est un véritable condensé de tout ce que Jacques Garello a écrit sur le sujet. A lire absolument si vous vous interrogez sur le futur du système des retraites par répartition.

130 pages, 12€

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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JACOBINISME DECENTRALISE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 14 Octobre 2002 01:00
 Terrorisme sans frontière

Il n’y a réellement pas de quoi se réjouir de l’action gouvernementale actuellement. Le pire est à mes yeux notre rodomontade abracadabrantesque contre les Etats Unis. Comme si nous pouvions ouvrir impunément une brèche dans le mur occidental face au terrorisme qui vient encore de frapper aveuglément. Comme si nous pouvions infléchir la position américaine, et brandir l’arme du veto. Comme si la France avait les moyens d’une diplomatie unilatérale. Cette faute est lourde, et se paiera à terme. 

En dehors du pire, le mauvais n’est pas rien. L’assouplissement des 35 heures entérine en fait cette nouvelle mesure de rigidité sur le marché du travail. Il nous éloigne de la liberté du travail. Assorti au relèvement du SMIC, il signe l’arrêt de mort de milliers d’entreprises et la condamnation au chômage de centaines de milliers de jeunes et de personnel non qualifié. Sur le front de la sécurité sociale, rien n’est satisfaisant. Les retraites, on verra plus tard ; en attendant on dépouille les fonds de réserve du privé (CNAV) pour sauver les retraites des fonctionnaires. Réduire le remboursement des médicaments ne compense pas les gaspillages dans les hôpitaux publics, et contrôler les professions de santé n’enraye pas la pénurie croissante d’anesthésistes, échographistes, chirurgiens et infirmières. Les médecins sont en grève, ils veulent marquer leur angoisse devant l’implosion d’une profession jadis considérée comme un art, une vocation, un acte de service humanitaire et progressivement transformé en branche d’administration. 

Quant à la rentrée scolaire, elle est marquée par une rituelle grève des enseignants, inquiets du tour de vis imprimé par Luc Ferry. Sans doute les syndicats du Mammouth ignorent-ils que les effectifs de l’Education Nationale ont augmenté en 5 ans de 120 000 personnes alors qu’il y a 260 000 élèves en moins. Sans doute grossissent-ils à l’envi la portée des réformes introduites dans le primaire, qui participent davantage d’une refonte technocratique et jacobine que de la seule solution réaliste : libérer l’école par la mise en concurrence des établissements, la liberté du choix des familles aidées éventuellement par des bons scolaires, la possibilité d’ouvrir de nouvelles classes et de nouvelles filières. Ici comme ailleurs, la France demeure jacobine. Les Jacobins que n’effraie pas la terreur, les Jacobins qui prônent l’égalitarisme et l’étatisme généralisé. 

Or, et c’est là une surprise, voici que les Jacobins se mettent en peine d’organiser la décentralisation. Je suis saisi d’un doute : peut-on demander à un aveugle de montrer le chemin ? Peut-on demander à l’Etat de se suicider en abandonnant ses prérogatives aux régions et aux communes ? Il est à craindre, comme on l’a vu avec la défense, que la décentralisation ne signifie pas une libération des citoyens du carcan administratif, mais au contraire crée une strate nouvelle de réglementation, de fiscalité, de politisation – sans que pour autant l’Etat parisien se fasse plus discret. Il est à craindre aussi, et en sens inverse, que les autonomistes de toutes sortes s’emparent d’un pouvoir local pour établir la loi d’une minorité, comme cela pouvait être le cas en Corse.  

Il n’y a de vraie décentralisation que dans un contexte institutionnel de responsabilité. Il est vain d’accorder la liberté sans moyens, sans financement autonome, sans indépendance juridique. Mais il est dangereux d’accorder la liberté sans responsabilité. La responsabilité doit-elle être devant le Parlement national français ? C’est ce que laisse présumer le projet actuel. La décentralisation sous tutelle est une solution curieuse, elle revient à de la liberté surveillée. Je pense que la vraie responsabilité consiste à appliquer la subsidiarité : partir du principe que les régions peuvent prendre en mains les prérogatives que l’Etat leur a confisquées, et n’admettre l’intervention de l’échelon central que pour ce qui peut difficilement être géré au niveau local : armée, défense, diplomatie, un certain degré de police, de justice et de solidarité nationale. 

Encore faut-il reconnaître que ces « biens publics » ne peuvent plus guère être produits au niveau de l’Etat nation, et qu’ils appellent au contraire une offre au niveau continental voire mondial (comme la lutte contre le terrorisme). Avec de telles compétences les régions seraient soumises au contrôle de leurs citoyens, qui pourraient faire jouer l’arme absolue de « l’exit » : délocalisation des entreprises, mobilité des capitaux et des contribuables, sans parler de l’exercice désormais plus facile des referendums d’initiative populaire. Sécession et participation : deux mots-clés inconnus du vocabulaire jacobin, et qui prennent tout leur sens dans un système vraiment décentralisé. 

Le gouvernement aura-t-il le courage d’aller jusque-là ? Si j’ai exprimé réserves et craintes dans ce domaine comme dans les autres, je rends hommage (une fois n’est pas coutume) à l’attitude ferme adoptée face au Conseil d’Etat qui ne veut pas voir modifier l’affirmation constitutionnelle d’une « République une et indivisible ». Je vois aussi d’un bon œil l’opposition conjointe du Parti Communiste et du Front National qui voient dans le projet une menace pour l’Etat, ou pour les départements, voire « pour la France ». Une menace pour l’Etat français, certes, mais tant mieux : impuissant, coûteux, arbitraire et corrompu « notre Etat » ne saurait satisfaire aux exigences d’une économie ouverte, et d’un monde de communication. Mais sûrement pas une menace pour les Français, habitants des provinces de France, lassés du jacobinisme, fiers de leurs traditions et qui gagneraient certainement plus à s’intégrer dans une Europe des régions débarrassée aussi bien de la servitude des Etats Nations que de la technocratie de Bruxelles et Strasbourg.

Je forme donc le vœu d’une réussite paradoxale. Que les Jacobins songent sérieusement à la décentralisation pourrait être la première étape d’une vraie libération du peuple français. Mais ce n’est peut-être qu’un songe…

 

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Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


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