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LE SALON DE L’AUTO PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 07 Octobre 2002 01:00
 Budget : le prototype Raffarin

Comme le Tour de France, le salon de l’auto fait partie de ces instants privilégiés pendant lesquels les Français s’arrêtent pour se passionner. Entre les deux guerres mondiales, les salons les plus brillants ont été ceux du début des années trente. Le bolchevisme s’était installé et déjà Lénine instaurait la NEP, Hitler et le parti Nazi allaient de succès en succès, le chômage massif s’installait aux Etats Unis et en Europe, le commerce extérieur se tarissait chaque année, le franc n’en cessait plus de couler après avoir longtemps flotté, mais qu’importait : la traction avant, les Delage, Delahaye, Talbot, les Viva Sport et Viva Stella, les Peugeot, de la 301 à la 601 attiraient des milliers de visiteurs et emplissaient les pages de l’Illustration. 

Je ne me risquerai pas à faire un parallèle avec ces temps révolus. Car aujourd’hui tout est différent ... 

D’abord il n’y a plus de péril international, ni aucune trace de totalitarisme. Seuls quelques Américains belliqueux imaginent un adversaire mythique, et dénoncent l’esprit de Munich des Français, toujours prompts à pactiser avec le diable. Seuls quelques sectaires fanatiques de l’Occident chrétien voient un péril dans l’intégrisme islamique et sont atteints d’une fièvre obsidionale.  

Ensuite tout va bien sur le front de l’économie. Le fait que l’Allemagne et la France se traînent avec une croissance qui sera la plus faible depuis 10 ans n’est qu’un accident conjoncturel, sans doute dû à la spéculation de Wall Street et aux méfaits de la mondialisation. Et si le chômage atteint 20% en Allemagne de l’Est et approche ce chiffre dans certaines régions françaises, s’il apporte son lot de misère, de violence et si les jeunes sont écartés du marché du travail, ce ne peut être que par l’effet d’une politique de rigueur monétaire et budgétaire imposée par la technocratie bruxelloise et la Banque Centrale Européenne, qui empêchent une salutaire relance de la consommation et de la dépense publique. 

S’il y a quelque souci pour l’avenir des retraites, qu’on se rassure : le système de la répartition, généreux et solidaire, survivra grâce à l’inversion de la tendance démographique d’ici moins de quarante ans. Quant à l’avenir de la santé, il peut se maîtriser en deux coups de cuillère à pot : on augmente les cotisations et on diminue les remboursements. 

Non, croyez-moi, les vraies inquiétudes sont ailleurs : la pensée unique libérale (pour ne pas dire ultra-libérale) qui règne sur le monde entier, l’impérialisme américain et l’agressivité israélienne qui menacent la paix, la mode des privatisations qui atteint dangereusement les services publics à la française, fierté de notre culture, le pillage de la planète et des pays pauvres. Mais fort heureusement notre gouvernement s’en occupe, et il peut compter sur Blondel, Thibaut et Bové pour l’accompagner dans sa courageuse lutte pour défendre notre souveraineté, nos paysans, nos cheminots, nos électriciens gaziers, nos fonctionnaires, contre les méfaits de la loi du profit et de la concurrence. Rassurons-nous : les grands frères veillent sur nous.

C’est donc d’un pied léger et d’un coeur joyeux que nous pouvons aller au salon de l’auto, pour y contempler les voitures que nous ne produisons déjà plus et que nous ne pourrons bientôt plus payer. Et le peuple d’entonner l’air rendu célèbre par Ray Ventura et son orchestre, précisément à la veille de la plus grande tuerie du XX° siècle : tout va très bien, Madame la Marquise ... 

Jacques Garello 

PS : Mes amis lecteurs savent que je n’aime pas les attitudes négatives. Qu’ils sachent donc que ce billet d’humeur est inspiré principalement par ma redécouverte de la France après trois semaines d’absence, et de rencontres à l’étranger qui m’ont permis de mesurer le total décalage entre la France et le reste du monde, entre la pensée unique parisienne et technocratique et la pensée libérale universelle. Mais qu’ils ne s’y trompent pas : je leur tiendrai un langage de détermination et d’espoir dès la semaine prochaine – juste le temps d’éliminer le « French lag ».

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1333 du 12 septembre 2017


Editorial : Pourquoi les Français n’aiment pas les réformes

Connaissance du libéralisme : Le renard libre dans le poulailler libre - La loi, la liberté et le droit - Droit,morale et religion

Avis à nos lecteurs : 8ème Week end de la Liberté


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