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L’EUROPE MALADE DE L’ALLEMAGNE PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 16 Septembre 2002 01:00
 

La réélection de Gerhard SCHROEDER n’augure rien de bon pour le futur de l’Europe, ni des européens. 

Pour l’Europe, je ne m’en désolerai pas. Les positions du chancelier se ramènent à deux grandes idées : fin de la politique agricole et de tous les mécanismes de redistribution au sein de l’Union, installation d’un exécutif européen fort. L’attitude à l’égard des transferts se comprend bien : les Allemands ont déjà bien du mal à se saigner pour les Lander de l’Est, ils n’ont pas envie de subventionner plus longtemps les paysans français et autres chasseurs de primes. C’est évidemment une pomme de discorde avec les Français, bénéficiaires des transferts européens. S’y ajoute l’hostilité française à un vrai gouvernement à la tête de l’Union, le poids des souverainistes de droite et de gauche ainsi que la pression des corporatistes qui -opposés à la perte de leur privilège– conseillent à Jacques Chirac de prendre ses distances.  

Entre le nationalisme et l’européanisme, la France a choisi. De la sorte, tout nouveau pas vers une constitution européenne semble exclue pour l’instant, en dépit des efforts déployés par Valérie Giscard d’Estaing, qui essaie de résoudre la quadrature du cercle en concevant des institutions politiques assez centralisées pour donner un sens à l’Union, assez souple pour englober un nombre croissant de pays membres, aux caractéristiques et intérêts divergents. Je l’ai toujours dit : l’élargissement (souhaitable) de l’Europe implique des institutions politiques réduites au minimum. Gerhard SCHROEDER rendra la vie impossible aux constructeurs d’Europe : tant mieux, même si sa position est haïssable pour ceux qui veulent une Europe libérale.  

Si l’Europe marque le pas, et si je m’en réjouis, je m’inquiète en revanche de la stagnation économique, de l’Eurosclérose, et Gerhard SCHROEDER risque de nous y enfoncer un peu plus encore. Sous l’influence des Verts et des électeurs de l’Est, le chancelier enfonce son pays dans le chômage parce qu’il veut lutter contre ce fléau non pas en remettant les Allemands de l’Est au travail, mais en continuant à pratiquer une politique de hauts salaires (sous la pression des syndicats d’Allemagne de l’Ouest) et de distribution du pouvoir d’achat en vue de relancer l’économie. 

Certes la France fait de même, et notre étude de conjoncture met en évidence les aberrations du budget 2003. Mais c’est précisément là, à mon sens, que l’échec de la CDV devient inquiétant. Avec Stoiber, on avait la quasi-certitude que la République Fédérale reviendrait à une gestion des finances publiques et du marché du travail proches de la logique marchande : moins de prélèvements, moins de réglementation, plus de flexibilité. Avec SCHROEDER, on improvisera au gré de la conjoncture politique et sociale. Cela vaut déjà à l’Allemagne d’être le wagon de queue de l’Europe des Quinze. Mais désormais on risque de voir se reconstituer l’axe Berlin-Paris de la sociale démocratie, du keynésianisme et de l’intervention généralisée.

Il est symptomatique de l’objet d’équilibre budgétaire prévu pour 2004 ait été renvoyé cette semaine à 2006, ou aux calendes grecques. Cela signifie que les seules rares vertus du traité d’Amsterdam ont disparu et que le rêve d’une Europe réformée, libérée des Etats, acceptant les disciplines de la concurrence mondiale est en train de s’éloigner. Les Européens vont donc traverser des jours difficiles. Ils feront l’expérience de l’Europe de Jacques Delors, ancrée dans le socialisme, le syndicalisme et la technocratie. Oui, les Européens vont réellement être malades de l’Allemagne. L’Eurochômage et l’Eurosclérose risquent de s’aggraver sérieusement.  

Je ne voudrais pas finir sur cette note pessimiste, et laisser entrevoir des issues de secours. D’une part l’Union Européenne n’est pas obligée de s’aligner sur l’axe Paris-Berlin. Il y a beaucoup de pays qui ne sont pas prêts de céder. Il y a une trilogie Blair-Aznar-Berlusconi qui peut faire contrepoids, sans parler des « petits derniers » qui n’ont aucun intérêt à la « forteresse Europe » coupée du reste du monde. D’autre part les impératifs de la mondialisation et les engagements internationaux dans le sens du libre échange, de la libre circulation des capitaux et des entreprises, peuvent contraindre les chefs d’Etats européens, dirigistes et protectionnistes, à modifier leurs positions. Encore les Américains devront-ils tenir bon, ne pas se lancer à leur tour dans une stupide guerre économique, et mettre de l’ordre dans leurs opérations financières. Je vois que leurs problèmes actuels sont dus avant tout aux maladresses de leurs dirigeants et à la malhonnêteté de quelques individus douteux, mais que le modèle américain, globalement, est encore vigoureux grâce au dynamisme qu’apportent une société ouverte, un esprit entrepreneurial, le goût de la liberté et le respect des droits individuels.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

Editorial : L'école de la République
Actualité
:
Une grève tout à fait logique - L’avenir est-il à la confédération ?  - La discussion du budget 2018 est en marche
Connaissance du libéralisme :
Liberté et droit, la synthèse
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