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Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 23 Avril 2012 01:00
Don quichotte

Je n’attendrai pas lundi matin pour rédiger mon éditorial. Je ne crois pas qu’il y ait une surprise de nature à barrer la route du second tour aux deux candidats majeurs.

Je voudrais plutôt, tant qu’il en est temps, tirer les enseignements de la campagne à ce jour, et expliquer pourquoi elle a été si médiocre et a plongé tant d’électeurs dans l’incertitude voire la perplexité.

Il y a une première raison, que j’ai souvent évoquée : le flou doctrinal, la surenchère de mesures davantage destinées à piper des voix « ailleurs » qu’à améliorer la situation de la France. C’est le travers de la démocratie française, et le vice d’une classe politique incompétente et surréaliste. Les candidats, mis à part les dinosaures marxistes, ont été pour l’essentiel illisibles pour l’électeur de base.

La deuxième raison est encore plus inquiétante : c’est l’erreur fatale qui a consisté à présenter la crise actuelle comme celle du système économique capitaliste alors qu’elle est celle de l’étatisme.

Quel langage ont donc tenu la gauche, modérée ou extrême, et l’extrême droite ? Il faut changer de système. C’est le capitalisme qui serait la cause du chômage, de la stagnation, des inégalités sociales, de la dette publique. Le capitalisme c’est la mondialisation, c’est la finance, c’est la pollution. Il faut donc s’affranchir des marchés, se protéger contre les concurrents, ou les étrangers, mettre fin à la loi du profit, aux immenses bénéfices des multinationales et aux scandaleux revenus de leurs dirigeants.

Quel langage ont donc tenu les candidats de droite ou du centre ? Il faut réglementer, encadrer le système. C’est le capitalisme sauvage qui est à l’origine de la crise financière, spéculateurs et banquiers ont été laissés trop libres. Il faut taxer, contrôler les transactions financières. Les échanges internationaux sont faussés par la concurrence déloyale de pays qui sous-payent le travail (quand ils ne maltraitent pas les travailleurs), qui créent des paradis fiscaux, qui massacrent l’environnement et gaspillent les ressources naturelles. D’où la nécessité de mettre en place un protectionnisme concerté au niveau européen. Dans l’entreprise capitaliste, la répartition de l’effort collectif est favorable au capital, aux actionnaires, et défavorable aux salariés : la justice sociale n’est pas assurée. Il faut protéger les uns contre les autres, limiter les plus values. Vive la réglementation !

La réglementation s’accompagne naturellement de la régulation : le capitalisme non encadré est sujet à des fluctuations conjoncturelles. L’Etat a pour mission d’harmoniser la croissance, de relancer en cas de dépression et de freiner en cas de surchauffe. La monnaie et le budget sont des armes privilégiées pour mener les politiques conjoncturelles. Vive la régulation !

Voilà donc ce que l’on a entendu, de façon plus ou moins véhémente. Il a souvent fallu faire le grand écart entre les électeurs entreprenants et les électeurs assistés, entre ceux qui possèdent un patrimoine et ceux qui n’en ont pas, entre ceux qui ont la sécurité de l’emploi et ceux qui s’inquiètent pour leur situation professionnelle. Mais qu’importe : l’essentiel est de changer de système ou de changer le système.

C’est l’erreur fatale.

Erreur car la crise n’a pas pour origine le capitalisme, mais l’étatisme.

Origine lointaine, car voilà plusieurs décennies que les Etats vivent au-dessus de leurs moyens. Voilà plusieurs décennies que les Etats Providences ont donné une prime à l’incurie, à la tricherie. Voilà bien longtemps que les services publics ne sont plus au service du public. Qui va nous faire croire que c’est la mondialisation ou le krach boursier qui aurait tout déclanché un beau jour de 2008 ? Il est vrai que la vigueur et la longueur de la crise ont pour origines immédiates les faillites bancaires et l’envolée de la dette publique. Mais les faillites sont à mettre au passif de la politique de la FED, et aux subprimes inventées par l’administration américaine. Quant à la ruine complète des finances publiques, elle a été due à la politique de « stimulus » et de relance pratiquée avec une belle unanimité sur les conseils du G20. On a soutenu des pans entiers de l’industrie et du secteur bancaire, on a encouragé la consommation et épuisé l’épargne par de nouveaux emprunts, par de nouveaux impôts, on a déployé toutes les mauvaises armes pour lutter contre le chômage. L’erreur a consisté à ne pas comprendre les dégâts causés par des politiques qui aboutissaient à vider le capitalisme dans ce qu’il a d’efficace et de juste : l’initiative, la responsabilité, le respect des conventions, l’état de droit.

Erreur fatale, et doublement fatale. D’une part, elle prolonge à coup sûr la crise, car la France et certains pays européens n’ont pas compris que le reste du monde est à l’heure de l’adaptation et de la compétitivité. Donc le chômage et les dettes continueront à s’accroître.

D’autre part, elle dresse les gens les uns contre les autres, ravive la lutte des classes et la lutte des races, et prépare une explosion sociale destructrice de l’économie, nous privant des effets apaisants du capitalisme, car la libre entreprise et le libre échange, débarrassés de l’Etat providence, crée une communauté d’intérêts et engendre le progrès social. L’économie de libertés n’est pas affrontement, elle est harmonie.

Fatale dans ses effets, l’erreur peut être salvatrice quand on en prend conscience. Je souhaite qu’il en soit ainsi dans les prochains mois, peut-être hélas à la lumière des nouvelles épreuves que la France va rencontrer. Je conseille même au Président candidat, s’il veut l’emporter, de la reconnaître entre les deux tours et de tenir un discours plus lucide et plus mobilisateur parce que plus libéral.

 
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Au sommaire du n°1351 du 7 février 2018

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