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Les sentiments, bases de la société

Charles Fourier a inspiré Proudhon, mais Marx l’a méprisé. Marx l’économiste rejettera avec violence les « utopies » des Français, construites en ignorance totale des lois de l’économie. Il est vrai que Fourier part du principe qu’une société ne peut être harmonieuse que si elle rencontre les sentiments des individus.

 

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Dieu bénisse l’Amérique ! PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 12 Novembre 2012 00:00
Elections USA l www.libres.org

Les discours de Barack Obama et Mitt Romney se sont terminés sur le traditionnel  « Dieu bénisse l’Amérique ! ». Mais s’agit-il d’une simple tradition, d’une sorte de formule de politesse – surprenante d’ailleurs pour nous, citoyens d’une République Française qui se pare de sa laïcité ? Je crois que la teneur des deux discours nous invite à comprendre ce qu’est réellement la nation américaine. Est-ce bien pour la même Amérique que les deux orateurs ont imploré la bénédiction divine ? 

Certes l’un et l’autre ont parlé d’unité. Romney a demandé à ses partisans de se regrouper derrière le président élu dans cette période difficile pour la nation entière. Barack Obama a dit son intention de prendre contact avec le sénateur Romney et les Républicains pour « faire ensemble avancer l’Amérique ». Comment pourrait-il en être autrement puisque le Président, comme c’est le cas aujourd’hui, a besoin de l’aval du Congrès où la Chambre est dominée par les Républicains ? Le problème majeur de l’extravagante dette publique ne peut être réglé que si le Président accepte les coupes budgétaires exigées par l’opposition, concernant en particulier le système d’assurance maladie. 

Mais au-delà de cette convergence conjoncturelle, l’idée de la nation américaine est-elle la même dans les deux discours ? En fait, la question dépasse le cadre des Etats-Unis pour se poser aussi bien en France ou ailleurs : la nation est-elle celle des peuples ou celle des Etats ?

Certes, Obama a rappelé que les citoyens ne doivent pas tout attendre de la nation, et que la nation attend beaucoup des citoyens « Ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour l’Amérique » : formule prêtée à John F. Kennedy. Mais l’élection s’est jouée dans l’Ohio parce que l’Etat fédéral a sauvé l’industrie automobile avec de gros chèques tirés sur le contribuable américain d’aujourd’hui (impôts) et de demain (emprunts). Curiosité : c’est George W. Bush qui a signé les chèques, et Obama n’y est pour rien. Mais l’important c’est que beaucoup d’Américains comptent sur Washington pour relancer l’économie et réduire le chômage – alors même que c’est la politique de déficit et de laxisme monétaire qui a aggravé le chômage. De même, j’ai entendu avec ravissement Montebourg vanter le « made in USA », la réindustrialisation américaine et l’effort pour lutter contre les délocalisations : le vote démocrate avalise sa politique « made in France ». Enfin, sur la fin de son discours, Obama a donné la liste des progrès sociaux qu’il entend réaliser, ils sont tous dans le sens d’un soutien des immigrés, d’une redistribution active, et de la promotion sociale : le « rêve américain » sans doute, mais financé par l’Etat fédéral.

La nation américaine s’inscrirait donc dans un Etat puissant, que les choix politiques rendraient capable à l’intérieur de soutenir la croissance et l’emploi, et à l’extérieur d’en imposer au reste du monde. Nation Etat, nation puissance. 

Mitt Romney, dans la tradition républicaine, place « les gens avant la politique ». La nation américaine se définit d’abord par ses valeurs de référence : la famille, l’éducation, la liberté. Elle est animée par « les prédications de ses pasteurs, de ses prêtres, de ses rabbins » qui rappellent à chacun ses droits et ses devoirs. Si Obama voit dans la démocratie la possibilité d’un choix électoral pour désigner les titulaires du pouvoir, Romney la conçoit comme la participation active de tous les individus qui composent la société civile. La croissance économique est le fruit de l’action personnelle : « Créez des emplois, investissez » : c’est ce que demande Romney dans son discours. Le salut n’est donc pas à la Maison Blanche, mais dans l’esprit d’entreprise et de travail des Américains eux-mêmes. Nation Peuple, nation vertus. 

Le discours de Romney est en harmonie avec celui des « tea parties » et de Paul Ryan, auquel il a rendu un vibrant hommage. Certes au cours de la campagne Romney (assez spontanément) et Ryan (qui s’y est résolu avec peine) ont infléchi leurs propos pour attirer les « indépendants », cette masse d’électeurs centristes qui naviguent entre les deux camps ou s’abstiennent. Cette inflexion a été payante, mais il ne serait pas étonnant que la doctrine républicaine se radicalise dans les mois à venir. Ryan est le chef de l’opposition à la Chambre des Représentants, et un sérieux candidat républicain pour 2016. 

Je fais partie des 10 % de Français et des 20 % d’Européens qui n’auraient pas voté pour Obama. Mais, tout comme Romney, je souhaite sincèrement que le déclin des Etats-Unis cesse enfin. Puisse Obama, sous la pression du Congrès, en finir avec la stupide politique économique qui réduit les Américains au chômage. Cela renforcerait la position de ceux qui en Europe ont tourné la page de la relance pour ouvrir celle de la libération. Cela éviterait une nouvelle vague suicidaire d’interventionnisme et de protectionnisme. Puisse Obama, comme les Européens, abandonner toute illusion sur les printemps arabes, et mesurer exactement le danger que l’Iran fait peser sur la paix dans le monde. Et que Dieu bénisse l’Amérique !

 

 
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