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Carl Menger est souvent associé à Stanley Jevons et Léon Walras comme l’un des piliers de la « révolution marginaliste » qui a fait rupture avec le classicisme anglais de Ricardo et Mill. Il est vrai qu’il cherche, comme ses contemporains, à rendre compte de la rationalité des choix individuels.

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L’éveil du patronat PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 17 Février 2014 00:00
Négociations collectives l www.libres.org

Aux Etats Unis, Pierre Gattaz avait été politiquement incorrect. Alors même qu’il accompagnait François Hollande, le président du Medef avait attaqué le fameux Pacte de Responsabilité, dernier outil de la boîte élyséenne, en rejetant toute idée de contreparties chiffrées de la part du patronat : pas question de s’engager sur un chiffre d’un million d’emplois créés (avancé par Pierre Gattaz lui-même dès le début), ou deux (version Montebourg). Dans une économie de marché, le nombre d’emplois créés ne dépend pas d’un décret patronal ou gouvernemental, mais des carnets de commandes reçues par les entreprises. Simple affaire de bon sens, et bon sens des affaires.

 

Là-dessus, le Président Hollande réagit et tourne en dérision le Medef et son Président en demandant d’applaudir Pierre Gattaz. Plus fermement, le Premier Ministre rappelle que le Pacte ne peut tolérer « d’oukase » de la part du Medef. Michel Sapin, ministre du travail, rappelle que le Pacte n’est pas un cadeau fait aux patrons, mais aux entreprises. Bref, ces réactions poussent Pierre Gattaz, dans l’avion qui ramène la délégation française à Paris, à préciser à la presse qu’on l’avait mal compris et qu’il était bien partisan du Pacte sur lequel le Medef, comme les autres partenaires sociaux, allait ouvrir des négociations. De communiqués en commentaires, de commentaires en articles, l’affaire Gattaz s’embourbe et le Medef doit rassurer tout le monde.

Personnellement, et peut-être comme un certain nombre de libéraux, de patrons et de patrons libéraux (ils sont nombreux), je ne suis pas rassuré du tout. Car cet incident, au demeurant mineur, est révélateur des pièges que les organisations patronales ont à déjouer pour défendre la liberté d’entreprendre et, au-delà, pour jouer leur plein rôle dans une société de libertés.

Quels pièges ? Au minimum je repère le piège social, le piège politique, le piège doctrinal.

Le piège social consiste à transformer les institutions patronales en « partenaires sociaux ». Leur mission, leur occupation, consistent aujourd’hui à mener des négociations collectives avec des syndicats, sous la houlette de l’Etat. Ce ne sont pas les entrepreneurs qui l’ont demandé, c’est le droit social français qui le leur a imposé. Imposée l’idée de la négociation collective, qui ôte toute liberté, donc tout sens, au contrat de travail individuel. En Allemagne (lois Hartz) non seulement les conventions collectives ne lient pas les employeurs et les salariés, pour lesquels elles sont de simples guides, mais elles sont négociées à un niveau très décentralisé. En France sont également imposés les critères de la représentativité, et ne sont admis à la table des négociations que des « partenaires » triés sur le volet, en particulier les centrales syndicales les plus politisées, les plus hostiles à la liberté d’entreprendre et au marché, qui ne défendent pas les intérêts des travailleurs, mais leurs privilèges propres. Comment considérer comme « partenaires sociaux » des syndicats sans adhérents, sans autres ressources que celles de l’argent des contribuables et des pots de vin ? Peut-on imaginer un pacte de responsabilité avec des irresponsables ?

Le piège politique est plus subtil, mais tout aussi dangereux. Au prétexte que leur vocation serait « sociale », les institutions patronales se voient interdire ou s’interdisent elles-mêmes le champ du politique. Donc, à la différence de ce qui se fait dans de nombreux pays, pas de campagne géante dans la presse pour critiquer ou soutenir les mesures de politique économique prises par les gouvernants ou les assemblées. En France, le patronat demeure « apolitique », c'est-à-dire laisse le champ libre à la classe politique dont la logique est plus inspirée par l’étatisme que par le libéralisme. Cela conduit assez naturellement le patronat à se limiter à des revendications très mineures ou très théoriques (« besoin d’air », besoin d’« oxygène ») et à verser dans le corporatisme, en recherchant quelques avantages passagers (comme la suppression des cotisations familiales) sans jamais aller au cœur du débat. Ce neutralisme politique vaut au patronat institutionnalisé de recevoir un consensus de façade, mais le prive aussi de toute ambition.

Ici fonctionne le piège doctrinal : pas de vision globale, pas de vision d’ensemble (« comprehensive » disent les anglo-saxons) de ce qu’est une société de libertés. J’en veux un exemple. Il est remarquable qu’on se réfère toujours aux « patrons », et plus rarement aux « entrepreneurs ». C’est peut-être que l’on voit l’entreprise comme un monde fermé bâti sur des relations hiérarchiques, alors qu’elle est une cellule de base de la société, une pièce maîtresse de l’harmonie sociale, puisqu’elle est au service de la communauté, puisque produire n’est jamais que satisfaire des besoins, puisque réussir n’est jamais que s’informer et s’adapter.

L’entreprise ne peut survivre dans une société d’où les sentiments de responsabilité personnelle, de mérite et de juste rémunération ont été évacués par l’Etat providence. L’environnement de l’entreprise, c’est l’éducation nationale, la protection sociale, la sécurité juridique : où en est-on en France ? Tant que les « patrons » ne s’en inquiéteront pas, par prudence, ou par contrainte bureaucratique, ils ne seront jamais en paix et leur compétitivité s’épuisera au fil du temps. 

A l’inverse, et on peut l’espérer maintenant, si le patronat institutionnel décidait de déjouer les pièges, il pourrait faire naître un véritable pacte de confiance entre les Français de toutes conditions, de toutes opinions. Le patronat dispose de moyens de nature à rendre plus solides les initiatives de la société civile (à laquelle appartiennent les entreprises bien sûr) : des hommes d’expérience, des structures de formation et d’information, des contacts dans tous les milieux, dans tous les pays. Il n’est qu’à voir l’impact médiatique de quelques rares initiatives récentes comme celles des Pigeons, des Poussins, des Dindons et autres volailles, pour imaginer ce qui pourrait changer dans une France qui ferait enfin confiance aux entrepreneurs, non pas seulement pour leurs succès économiques, mais aussi pour leur contribution à l’avènement d’une société de liberté et de responsabilité.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

Editorial : L'école de la République
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Connaissance du libéralisme :
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