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La gauche décomposée PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 24 Mars 2014 00:00
Avarie à gauche l www.libres.org

Les résultats de ce premier tour sont difficiles à interpréter. J’avoue avoir du mal à vous dire quelque chose d’intéressant, que vous ne sachiez déjà.

J’enfoncerais des portes ouvertes en soulignant l’importance des abstentions. J’écrivais il y a deux semaines : « les abstentions et les votes blancs seront révélateurs de la conjoncture électorale et de la crédibilité des partis ». C’est confirmé : la « rupture civique » est consommée, la classe politique n’attire plus grand monde.

J’enfoncerais d’autres portes ouvertes en rappelant que le Front National a bénéficié de cette rupture, les votes rejets lui ayant valu des succès spectaculaires. Pour autant, je demeure sceptique sur les lendemains de personnes élues sur des thèmes démagogiques et incohérents : des promesses d’interventions économiques et sociales associées à une baisse des impôts, le refus des délocalisations et de la mondialisation associé à une baisse du chômage. Finalement, tout et son contraire. On verra bien…

 

J’enfoncerais encore quelques autres portes ouvertes en disant que le pouvoir a été désavoué, et que la marge de manœuvre de l’Elysée a été singulièrement réduite, au moment où les tensions diplomatiques se renforcent et où les réformes économiques deviennent de la plus extrême urgence. La déshérence du gouvernement appelle bien plus qu’un habile changement ministériel ou de nouveaux effets d’annonce.

C’est d’ailleurs cette dernière remarque qui m’amène au seul commentaire original et sensé qui me vient à l’esprit, vous jugerez de ma lucidité. Ce commentaire, le voici : la gauche française a vécu, elle est décomposée et ce pourrait être décisif pour redonner à la France de véritables raisons d’espérer. Quelle décomposition et pour quel espoir ? 

Certes, depuis le congrès d’Epinay et le Programme Commun de la Gauche (1973), le couple socialo-communiste avait traversé plusieurs crises (la première dès 1978 avait permis à Raymond Barre de survivre). Mais il renaissait de ses cendres en 1981 pour porter Mitterrand à l’Elysée, puis en 1998 pour porter Jospin à Matignon, encore en 2008 pour rafler les municipalités et les régions et, en tout dernier lieu, en 2012 pour élire Hollande. Aujourd’hui, l’électorat communiste et gauchiste a quitté le rafiot de la gauche. Pas le moindre canot de sauvetage. L’histoire est à peu près la même pour l’alliance entre les socialistes et les Verts, rompue avec l’affaire de Notre Dame des Landes, mais aussi avec le maintien du nucléaire. Il n’est pas jusqu’au Parti Socialiste lui-même qui ait ouvertement éclaté entre d’un côté les partisans d’un recentrage et la conversion du Président à la sociale-démocratie et, de l’autre, les ennemis de l’entreprise privée et du libre échange. Seules les lois Taubira et le culte de la laïcité maintenaient une unité de façade.

Au fond, la gauche française (à la différence du travaillisme anglais ou du SPD allemand) n’était naguère qu’une composition, à usage essentiellement électoral.

Aujourd’hui, les élections détruisent la composition.

Il faut bien reconnaître que les nouvelles idées du Front National ont porté le coup fatal : les électeurs communistes (comme ceux de la Lorraine ou du Nord) ont été séduits par le rejet de l’euro, de la mondialisation et des étrangers aussi (une réalité bien visible à Marseille). 

La décomposition de la gauche peut être une bonne chose pour plusieurs raisons. D’abord, la droite n’aura plus à aller chercher les voix « en face », elle ne se croira plus obligée de faire de la surenchère démagogique, de flatter les écologistes, de ménager les syndicalistes, de vanter les mérites du secteur public. Peut-être va-t-elle s’ouvrir aux idées libérales et se tourner vers un électorat potentiel jusque là négligé voire méprisé.

Ensuite, une partie de la gauche pourrait se reconstruire, non pas autour de combinaisons électorales, mais à partir d’une doctrine cohérente ; l’acte fondateur de la sociale-démocratie allemande a été le choix de l’économie de marché et le refus du marxisme, de même le travaillisme anglais a-t-il rompu avec le totalitarisme syndical. Il existe dans le monde entier des partis de gauche tout à fait capables de mener à bien des réformes allant dans le sens de la liberté économique, on l’a vu au Canada, en Suède, en Australie ou en Nouvelle Zélande.

Enfin, le noyau dur de la gauche, constitué par les syndicats « révolutionnaires », les fonctionnaires et les lobbies du secteur public, les intellectuels totalitaires, cesserait d’exercer sa pression permanente dans les médias et sur la vie publique. 

Peut-être suis-je allé trop vite en besogne. Peut-être ai-je pris mes désirs pour des réalités. Mais peut-être pour quelques jours encore, je suis persuadé que la gauche est bien décomposée et que c’est un changement important et heureux dans la donne politique française.

 
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