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D’Aristote à René Girard, ils ont abordé les thèmes de l’éternel humain : la nature de l’homme, son destin, sa conscience, la liberté, le pouvoir, la religion, la vie, la vérité, etc. Dans une société où le paraître l’emporte largement sur l’être, se rapprocher des philosophes nous aide à retrouver ce qui importe à long terme, ce qui est le fond de notre humanité et ce qui donne valeur à notre liberté.

64 pages, 30 portraits, 5€

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Un Marx libéral ?

Les principaux éléments de l’économie marxiste se trouvent chez John Stuart Mill, qui a ajouté aux erreurs de Ricardo et Malthus dont il prend la suite.

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Hommage à Gary Becker PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 05 Mai 2014 00:00
gary Becker l www.libres.org

Gary Becker est décédé dans la nuit de vendredi à samedi dernier, à l’âge de 84 ans. C’est sans doute le plus grand des économistes en vie jusque là qui vient de disparaître, mais c’est aussi un bon et vieil ami que je viens de perdre.

Cette amitié de plus de quarante ans s’est épanouie dans nos rencontres annuelles de la Société du Mont Pèlerin, qu’il a présidée en 1992, l’année même où il a reçu le prix Nobel d’Economie. Etre son ami était sans doute un privilège, mais aussi une chose facile, tant Gary était affable, serein, d’une humilité et d’une simplicité naturelles. De plus, depuis une vingtaine d’années et en particulier quand il a eu à affronter un cancer qui l’a finalement emporté, on ne voyait jamais Gary sans Guity, dont l’esprit enjoué et l’enthousiasme communicatif libéraient Gary d’une anxiété bien compréhensible. Le couple était ouvert et chaleureux ; avec Gisèle, nous avons pris tous quatre notre dernier déjeuner ensemble à Chicago en 2007. Mais c’est surtout à l’occasion de l’Université de la Nouvelle Economie à Aix en 2000 que la relation avec les Becker a franchi un cap nouveau, quand Gary a reçu le grade de doctor honoris causa de l’Université Aix Marseille III à l’occasion de la 23ème Université d’Eté de la Nouvelle Economie. 

 

La carrière universitaire de Gary a débuté à Princeton, mais dans le département des mathématiques ; il s’est orienté ensuite vers l’économie, en qualité de professeur à Columbia Uny (à New York), puis à Chicago. Ici, sous l’impulsion de Milton Friedman et au contact d’autres Nobel comme Théodore Schultz et George Stigler, Gary donnera toute la mesure de son talent et apportera des contributions scientifiques décisives. Mais de mon point de vue, l’évolution intellectuelle de Gary s’est poursuivie jusqu’à ces toutes dernières années, le rapprochant singulièrement de l’approche autrichienne. Passer des mathématiques à l’économie, du néo-classicisme à l’économie autrichienne, de l’économisme à l’humanisme : voilà qui révèle le génie de Becker.

Dans son discours de réception du prix Nobel à Oslo, Gary Becker explique son effort pour élargir le champ de vision de la science économique. Depuis Adam Smith, qui avait lié l’économie à la « richesse des nations », la plupart des économistes voyaient l’objet de leur discipline comme « la science de la production, de la répartition et de la consommation des richesses » (Jean Baptiste Say). Un basculement décisif, sans doute sous l’influence des marginalistes comme Carl Menger, a consisté à faire de l’économie la science de la logique des décisions individuelles. A la loi de l’offre et de la demande de biens et services venait s’ajouter la loi de comportements rationnels du décideur. Le premier apport de Becker a consisté à préciser que les comportements rationnels ne concernent pas seulement les décisions « économiques » au sens traditionnel, celles qui concernaient les « richesses », mais toutes les décisions prises par les individus. En toutes circonstances et pour n’importe quel choix, les individus se décident en fonction des avantages et des coûts qu’ils espèrent. Voici donc la science économique s’élargir à la dimension de l’action humaine. Elle est science des choix et peut désormais s’occuper non seulement de l’achat des fruits et légumes, mais de l’importance de la criminalité, de la discrimination raciale ou sociale, de l’efficacité des règles de droit, des élections politiques et enfin, et surtout, de la famille.

Pour trancher les choix et calculer les avantages et les coûts de leurs décisions, les individus prennent nécessairement en compte le temps et l’information (les deux étant liés : l’information demande du temps, mais en épargne aussi). Il peut préférer acheter une voiture très chère parce qu’il veut la garder plus longtemps, ou simplement en mettre plein la vue à ses voisins (effet de démonstration). En d’autres termes, chacun a ses bonnes raisons de se comporter d’une façon qui surprend ou pénalise les autres : le crime est plus « payant » quand le système policier et carcéral est relâché.

A partir de ses travaux sur la famille, Becker sera de plus en plus persuadé que la formation et l’amélioration du « capital humain » (Milton Friedman) sont décisifs non seulement pour les individus, mais pour le développement de la société. Becker insiste sur le rôle déterminant de la famille, réellement foyer du capital humain. Fonder une famille, se marier, avoir des enfants relèvent naturellement de la rationalité personnelle, mais d’une rationalité qui inclut les sentiments. « Les interactions entre les membres de la famille sont radicalement différentes de celles qui existent entre les employés d’une entreprise ou ceux des autres organisations. Les interactions entre maris et femmes, parents et enfants sont plus susceptibles d’être motivées par l’amour, l’obligation, la culpabilité et le sens du devoir que par l’intérêt pris au sens strict ».

Son analyse du capital humain et du rôle de la famille devait conduire Becker à s’intéresser de plus en plus à l’éducation. Le fait que Guity soit spécialisée en sciences de l’éducation l’a sans doute encouragé dans cette voie. Au cours de ces toutes dernières années, et sans doute sous l’influence des économistes « autrichiens » de la Mont Pèlerin Society, Gary Becker portera un intérêt croissant à l’analyse des institutions. Nos dernières rencontres m’ont permis de mesurer à quel point l’opinion de Gary se rapprochait de celle de Mises (qui fait de l’action humaine l’objet de la science économique) et de Hayek (qui explique les règles de droit à partir de la pratique sociale, elle-même fruit des comportements individuels).

Becker a donc changé la double image et de l’homo oeconomicus des néo-classiques et de la macro-économie des monétaristes. La rationalité des individus ne s’entend pas d’un calcul financier, mais de l’art d’adapter ses choix au vécu personnel, à l’appréciation subjective du temps et de l’information. Le fonctionnement de l’économie et le progrès social ne se réduisent pas au jeu de variables globales, mais dépendent de la qualité des hommes, elle-même tributaire de leur environnement familial et institutionnel.

Tel qu’il le comprenait, tel qu’il le souhaitait, le monde proposé par Gary Becker était celui de la responsabilité personnel et de la concurrence qui révèle et stimule le talent. C’est comme cela qu’il a salué les bienfaits de la mondialisation, qui a permis l’émergence de pays pauvres, et dénoncé les méfaits de l’étatisme et du collectivisme, qui enferment les peuples dans la misère et l’affrontement. C’est donc incontestablement un grand serviteur de la cause libérale qui nous a quittés. A nous de faire connaître sa pensée et de la faire partager : c’est le meilleur hommage que nous puissions lui rendre.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


Editorial : La Reconquête

Conjoncture : Taillables et Corvéables à merci

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