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Un séisme de force zéro PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 26 Mai 2014 00:00
Marchands de peur l www.libres.org

Sur la fameuse échelle de Richter, le séisme qui a secoué la France dimanche est de force zéro.

Je me demande pourquoi les médias et la plupart des commentateurs n’ont eu que le séisme à la plume ou à la bouche : c’est à la fois inconvenant et insensé.

Inconvenant parce que l’on serait au bord de la guerre civile du seul fait que 25 % des électeurs ont porté leurs suffrages sur les candidats du Front National. Le courageux et lucide Président lui-même a déclaré hier au soir la République en danger et a appelé les Français à s’unir pour défendre la mère patrie (celle que les leaders frontistes se flattent aussi de défendre). La France est fière, elle est forte, les Français sont un peuple digne, capable d’entraîner vers le salut un monde en perdition. Qui l’a dit ? Le socialiste de l’Elysée ou le gaulliste de gauche de Belfort ? A mes yeux, ceux qui jettent l’interdit sur les électeurs du Front sont des diviseurs, et non des rassembleurs, qui n’ont pas affiné leur analyse du scrutin ni entendu les gens dans la rue. Car il y a quantité de gens qui ont voté pour le Front National par rejet simultané de l’Europe, du gouvernement actuel, de la classe politique qu’ils tiennent pour globalement responsables du chômage et de la dégradation de leur propre situation. Ce triple rejet a permis au premier parti de France d’exprimer sa colère, ce premier parti étant de loin celui des abstentionnistes, celui de cette société civile qui ne peut plus souffrir les prétentions, les présomptions et les mensonges de la société politique, y compris ceux de Marine Le Pen.

 

Je trouve aussi le mot « séisme » vide de tout sens. Que peut faire le Front National ? En quoi va-t-il changer le sort des Français ? Est-ce un parti de gouvernement, même à supposer que l’on organise demain de nouvelles élections pour améliorer (ce n’est pas difficile) la représentativité de nos députés ? Les solutions du Front ne sont pas miraculeuses, mais simplement utopiques ; elles n’ont aucune chance d’exister, ni demain ni jamais. La France peut-elle se replier sur ses seules ressources ? L’Europe elle-même peut-elle se suffire ? Que veut dire le retour au Franc, sinon le choix d’une monnaie dont la valeur ayant pour contrepartie une dette « souveraine » abyssale chuterait en trois semaines sur le marché des changes ? Ou bien va-t-on revenir au contrôle des changes ? Qui reconduira aux frontières de l’Hexagone ou de l’Europe les immigrés en excédent ? Florent Philippot donne pour principes directeurs du Front la souveraineté et la liberté ; mais a-t-on jamais vu un pays libre dont les citoyens soient prisonniers des frontières de leur Etat ? Une liberté sans libre échange, sans libre choix des produits ni des services, sans banque ni finance : où l’a-t-on jamais vue ? Il est donc évident que la peur du Front National est savamment distillée par les partis classiques dépossédés de leur oligopole. Manuel Vals, François Hollande, ont besoin de cette peur, mais tout autant l’UMP qui n’en finit pas de régler ses comptes internes.

Il va donc de soi que les derniers votes ne changeront rien à notre beau pays. Le Président l’a dit : on va continuer dans la même voie, on va même accélérer. « Nous étions au bord du gouffre, nous allons maintenant faire un grand pas en avant » : histoire connue. Il n’y aura pas davantage d’alternative frontiste que de retournement ou de redressement socialiste.

Il n’y aura pas davantage de « séisme » au niveau européen. On a décidé de mettre en avant la progression des anti-européens ou des eurosceptiques. Mais ils sont loin d’être contre l’Europe actuelle pour les mêmes raisons. Entre les Anglais souverainistes, les Grecs communistes insoumis, les groupuscules populistes voire néo-nazis, il n’y a rien de vraiment commun, et qu’on le veuille ou non, c’est Jean Claude Juncker, candidat du PPE, qui sera le prochain Président de la Commission, succédant à Manuel Barroso, du même parti. Dans l’ensemble, ce sont bien les deux blocs, l’un réputé « conservateur » (PPE) l’autre social démocrate (PSE), qui vont dominer le nouveau Parlement. On peut s’attendre à quelques inflexions, mais les problèmes et les faiblesses du gouvernement européen seront les mêmes.

Et les libéraux ? Ils n’ont pas été présents en France, une fois de plus, et si tout le monde a attaqué la bureaucratie bruxelloise, personne n’est allé jusqu’à renier les politiques industrielle, agricole, énergétique, commerciale européennes. Nombreux sont ceux qui veulent au contraire leur donner un nouvel élan, ce qui est contradictoire avec le désir de diminuer le pouvoir bruxellois.

Je tirerai la conclusion de cette analyse anti-sismique en évoquant la fête de l’Ascension, fête d’obligation et pilier du troisième pont de mai. D’abord on respire un peu d’air frais quand on s’élève au-dessus des débats politiciens et partisans, la pollution intellectuelle est en train de nous étouffer. Ensuite la signification que les Chrétiens donnent à l’Ascension est celle de « l’envoi en mission » : c’est désormais aux apôtres à porter la Bonne Nouvelle, les croyants sont mis devant leurs propres responsabilités pour aller au devant des autres. Certes, ils n’y vont pas seuls ; s’ils perdent la présence à leurs côtés de Jésus, ils gardent l’accompagnement de l’Esprit Saint qui les stimulera et les guidera.

Les libéraux, en France en particulier, sont parvenus au moment de l’envoi en mission. Ayant pris acte, comme les trois quarts des Français, de l’impasse dans laquelle se trouvent les mécréants, ils ont maintenant à porter la bonne nouvelle de la liberté, c'est-à-dire toutes les promesses d’une société fondée sur l’initiative et la responsabilité personnelles, sur le retrait massif du secteur public, sur la fin de l’Etat Providence, de son omniprésence, de ses privilèges, de ses déficits et de ses dettes, de sa décadence morale et spirituelle.

Certes l’Esprit Saint n’est pas directement engagé dans cette mission qui nous incombe, mais il ne saurait à sa façon se désintéresser des initiatives et du sort de ceux qui croient en la liberté, la responsabilité et la dignité de l’être humain.

Pas de panique, pas de séisme : l’Ascension va nous permettre d’aller plus loin.

 

Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1343 du 29 novembre 2017

Editorial : Le doux commerce
Actualité
:
Le libéralisme est libéral - La grande cause du quinquennat - Agir : Les constructifs se détruisent
- La leçon africaine d’Emmanuel Macrons
Connaissance du libéralisme :
Liberté et Propriété, la synthèse 
Lu pour Vous :
Assemblée Générale 2017 de l’ALEPS - Hervé Novelli lauréat du Prix Renaissance de l’économie


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