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Libéral, social et gaulliste PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 15 Septembre 2014 00:00
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Je suis libéral, social et gaulliste ». Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais Alain Juppé : c’est le titre d’une interview donnée à Valeurs Actuelles le 11 septembre.

 

Je poursuis ma campagne contre la classe politique qui refuse de se donner un programme cohérent, et qui devrait adopter un programme libéral, et la profession de foi d’Alain Juppé mérite d’être épinglée. Je ne veux pas me mêler des affaires de l’UMP, ni même de la droite, et je ne voudrais pas que mes amis lecteurs prennent mes remarques pour un soutien à Nicolas Sarkozy, ou à tout autre. Ce qui m’intéresse c’est de persuader les candidats avérés ou futurs, à n’importe quelle élection, qu’ils ont un devoir d’engagement doctrinal vis-à-vis de nous, électeurs. C’est aussi de persuader les électeurs qu’ils ont le droit de connaître des programmes et d’exiger qu’ils soient cohérents. J’ai repris la semaine dernière l’injonction donnée aux hommes politiques par Jacques Rueff : « Soyez libéraux, soyez socialistes, mais dites la vérité ! ».

Or, la vérité, l’histoire et la philosophie politique interdisent de se dire à la fois libéral, social et gaulliste. Libéral ? Alain Juppé est du genre croyant plutôt que pratiquant. « Je ne sais pas si je suis un peu, beaucoup, ou passionnément libéral, mais je n’aime pas les excès.  Je crois à la force de la liberté […] c’est la libre entreprise qui crée les richesses et l’emploi ».

Enfin : « Je me définis certes comme libéral, mais aussi social et gaulliste ». Social, « parce que je ne veux pas liquider le modèle social français ». Or, comme l’avait démontré de façon limpide Alain Mathieu, à l’époque président de Contribuables Associés, c’est ce modèle qui est la cause de tous nos maux, tant économiques que sociaux ou politiques. C’est un modèle confiscatoire, avec 57 % du PIB en dépenses publiques, non seulement pour couvrir les coûts de services publics pléthoriques, mais surtout pour se livrer à une redistribution tout à fait arbitraire des revenus, des patrimoines. C’est un modèle injuste parce qu’il pénalise ceux qui entreprennent, travaillent et épargnent et qu’il crée des millions d’assistés, de rentiers de l’Etat. Du coup c’est un modèle antiéconomique parce que les ponctions fiscales, vu leur importance et leur progressivité, diminuent et la productivité et l’innovation.

Quant au gaullisme, il est dans la bouche d’Alain Juppé l’équivalent de l’étatisme « La nation s’incarne dans un Etat qui doit être efficace sur toutes les questions régaliennes : sécurité, justice, politique d’immigration, lutte déterminée comme le djihadisme ». Peu de libéraux admettront l’idée de l’Etat nation. Il est vrai que la référence aux questions régaliennes est plus rassurante, même si l’allusion à l’immigration et au djihadisme est de pure circonstance.

Quand il en vient aux réformes urgentes, Alain Juppé après avoir rappelé avec générosité les grands progrès réalisés depuis quelques années (notamment il salue les réformes de l’université et considère les lois Taubira comme « un acquis »), précise : « je ne crois pas aux ruptures brutales ». Le peu qu’il en dit sur le plan économique consiste à inverser la courbe du chômage et le « retour à un niveau de croissance suffisant ». Comment ? Quel niveau ? Suffisant pour quoi ?

Je ne veux pas tirer sur le pianiste. Ce que je relève dans les propos d’Alain Juppé peut s’entendre et se lire dans les discours et les écrits de très nombreuses personnalités, de la majorité comme de l’opposition et de très nombreux candidats.

Il est vrai que l’on pourrait avoir des surprises avec l’un de ces leaders, soudainement touché par la grâce doctrinale, peut-être même par le libéralisme. Mais nul doute qu’une forte poussée de l’opinion publique pour un vrai changement sera nécessaire pour décider ces partis et ces leaders à se situer enfin au cœur du problème. C’est le système économique, social et politique de la France qui est en échec et c’est bien une rupture qui est nécessaire, sous peine de revoir une crise profonde dans les prochains mois. Vous savez que je n’aime pas le mot rupture parce qu’il implique une cassure, peut-être un affrontement ou une révolution et je lui préfère le mot « libération » plus conforme à la réalité. C’est cette libération qui a permis à de nombreux pays de sortir de la crise et de retrouver la prospérité, la paix sociale. « Pourquoi pas nous ? » s’interroge à juste titre Xavier Fontanet.

On ne peut en tous cas délivrer un brevet de libéralisme à quiconque ne voudrait pas démanteler le système social français et chercherait la solution du côté de l’Etat.

 
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