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Lettre ouverte aux abstentionnistes PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 13 Avril 2015 00:00
Le premier parti de France l www.libres.org

Chers amis lecteurs,

Y a-t-il des abstentionnistes parmi vous ? En tous cas il y en a sans doute dans votre entourage, vous les approuvez ou les désavouez.

 

 

 

 

 

 

 

Peu importe : en toute conscience nous devons nous interroger sur le premier parti de France, sur cette réalité incontournable : un électeur sur deux ne vote pas. Une réalité qui peut être considérée comme banale, dépourvue de toute signification, difficile à analyser, ou au contraire comme un enjeu important pour l’avenir politique de notre pays. Je voudrais précisément vous persuader que les votes de demain (régionales) et après demain (présidentielles et législatives) pourraient être dominés par les abstentionnistes d’aujourd’hui, pour le meilleur (je le crois) ou pour le pire.

 

Chers amis abstentionnistes,

Le jour du vote vous étiez au fond de votre lit, terrassés par la grippe, vous avez oublié l’heure ou votre carte d’identité : vous êtes abstentionnistes par accident. Vous n’êtes pas un mauvais citoyen, mais un citoyen empêché. D’ailleurs ne pas voter, est-ce un crime ? Certains veulent rendre le vote obligatoire, comme dans certains pays étrangers, je ne vois pas pourquoi. Voter est un droit et non une obligation, voter est un choix, ne pas voter est un autre choix. Le vote est un droit imprescriptible ; le droit de se déplacer librement n’interdit pas de rester tranquillement chez soi.

L’abstentionnisme n’est pas un mal français. Aux Etats Unis, pays pourtant tenu habituellement pour démocratique, l’abstention peut atteindre les deux tiers des électeurs dans les consultations nationales. Mon ami le professeur Peter Aranson (Emory Uny) avait avancé sa théorie de « l’ignorance rationnelle ». Voter a un avantage : influencer les décisions. Mais voter a un coût : renoncer à une autre occupation le jour du vote, mais aussi consacrer un laps de temps à s’informer sur les candidats, leurs programmes. Il est rationnel de ne pas voter quand on a le sentiment que le vote ne changera rien à rien, et quand l’information n’est pas fiable. Donc, quand les électeurs potentiels voient toujours les mêmes têtes, les mêmes programmes, les mêmes promesses, ils ne voient pas l’intérêt de se précipiter vers les isoloirs.

Les partisans du vote obligatoire font valoir l’argument de la démocratie : comment l’intérêt général peut-il être connu et légitimé si une élection libre ne vient pas le faire valider par une majorité de citoyens ? James Buchanan (prix Nobel) et Gordon Tullock ont répondu en évoquant « le miracle de l’isoloir » : comment le citoyen moyen, en général guidé par son intérêt personnel (donc égoïste et mesquin, disent les antilibéraux) en vient-il à l’oublier, voire à le sacrifier, pour ne prendre en considération que l’intérêt général ? Il faut donc être lucide : ceux qui votent ont de bonnes raisons personnelles de se prononcer pour ou contre, et ceux qui ne votent pas tout aussi bien. Enfin, le mode de scrutin a aussi son importance : le scrutin majoritaire semble moins représentatif que la proportionnelle totale ou partielle ; quand on est sûr que « son » candidat n’a aucune chance on s’abstient. Mon jeune collègue constitutionaliste, Jean Philippe Feldman, m’a fait remarquer que, s’agissant d’une consultation nationale, la stabilité gouvernementale implique une majorité sans compromis ni coalition – c’est la nature même du parlementarisme, et la décomposition actuelle de la majorité provient de son habit d’Arlequin, les calculs électoraux passant avant les choix de programmes (quand ils existent). Madame Merkel passe de mauvais moments avec la « grande coalition ».

Je sais que certains d’entre vous considèrent l’abstention comme un vote négatif. Vous avez rejeté la vie politique, qui à votre sens tient une place démesurée dans la vie courante, vous savez que votre avenir ne repose pas sur les décisions prises par les assemblées élues. Sans aller jusque là, vous avez rejeté la classe politique, qui vous semble nulle et corrompue. Mais de ce point de vue vous avez aussi pu porter vos suffrages sur des candidats « hors du système ».

Cela fait beaucoup d’électeurs qui n’ont pas trouvé chaussures à leurs pieds. J’en viens ainsi à ce qui me semble intéressant dans le choix de l’abstention, mais aussi des votes « utiles » ou de « refus ». Ce choix, à mon sens, a été fait par un électeur sur trois – tandis que le gouvernement actuel recueille l’accord positif de moins de 20 % des citoyens.

Ce qui est intéressant, c’est que l’attente de ces Français soit déçue. Il y a une demande potentielle de changement radical, mais elle ne trouve aucune offre politique qui lui réponde.

Voilà qui est une ouverture remarquable pour le libéralisme français, qui n’a plus aucune expression politique et parlementaire depuis au moins treize ans. Je me dis alors qu’il y a deux possibilités : ou bien un processus endogène conduit certains hommes ou groupes actuels à offrir un programme vraiment libéral et à conquérir les suffrages virtuels, ou bien un processus exogène secrètera un homme ou un groupe en dehors de la classe politique actuelle (tous partis confondus). Vous me jugerez sans doute naïf, mais je suis décidé à travailler dans cette perspective, en m’appuyant sur l’armée de réserve de la société civile. Sinon, je serais résigné à accepter la nième version du socialisme, décliné avec talent par la droite et la gauche depuis un demi-siècle. Et le moment venu je m’abstiendrais.

Il y aura un « après 11 janvier », nous dit-on. La « marche républicaine » ouvrirait une ère nouvelle, la barbarie devrait être anéantie, l’union nationale devrait se prolonger. Qui ne se réjouirait de telles perspectives ? Mais je m’interroge sur les arguments et les moyens envisagés pour bâtir une France nouvelle, du moins à court terme.

 
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Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1337 du 14 octobre 2017

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