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Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 08 Juin 2015 00:00
Un climat de guerre l www.libres.org

L’expression est du pape François, dimanche dernier, à Sarajevo : un haut lieu de la guerre, du massacre, du martyre.

 

 

Bosniaques victimes des Serbes, catholiques victimes de musulmans, mais aussi des victimes qui pardonnent à leurs bourreaux, et dans les deux camps des hommes et des femmes de bonne volonté dont le comportement personnel a pu protéger, sauver, réconforter ceux « d’en face ». Elargissant et actualisant le champ, le Pape a évoqué « la guerre mondiale que nous traversons ». En bon pasteur, il a imputé le climat de guerre à chacun d’entre nous – la paix doit d’abord exister dans les cœurs, la haine est un virus contagieux. En chef de l’Eglise, il a rappelé l’importance de la liberté religieuse et le respect mutuel que se doivent catholiques, orthodoxes, protestants, juifs, musulmans – il prolonge l’appel aux rencontres interreligieuses initiées par Saint Jean Paul II et Benoît XVI. En homme d’Etat, il n’ignore pas que les beaux discours sur la paix prononcés par les plus hautes autorités politiques n’interrompent ni les livraisons d’armes ni les dessous de tables diplomatiques.

Tout cela est sans doute bien pensé, bien prêché, mais doit être complété à mon sens par une analyse prenant en compte des éléments qui pèsent lourd dans le climat de guerre, comme en premier lieu la dérive des Etats occidentaux, en second lieu la désagrégation des nations et, enfin, la géopolitique. Ce sont des questions que je n’aborde que rarement, habituellement occupé à la croisade libérale, mais vous pourrez constater que finalement nous retombons sur une évidence : le seul chemin de la paix est la liberté.

Depuis la chute du mur de Berlin, l’Occident a cru à « la fin de l’histoire », comme disait Francis Fukuyama. Et il y avait toutes raisons d’y croire : l’humanité sortait de deux affrontements majeurs : la deuxième guerre mondiale et la guerre froide. Une fois la guerre finie et le communisme, après l’hitlérisme, rayé de la carte, on avait légitimement la tentation de souffler. La mondialisation économique devait bâtir un pont entre tous les peuples et le développement devait libérer l’ancien « tiers monde » de la misère. Certes des conflits locaux, d’origines diverses pouvaient subsister, mais la police mondiale pouvait être assurée par les Etats Unis et, plus concrètement, par l’OTAN. C’était oublier que grâce à Carter un îlot de résistance totalitaire était maintenu en Iran et que les royautés et émirats se présentaient en premier recours contre l’expansionnisme chiite. C’était encore oublier que les régimes militaires transformaient l’Afrique en champ de bataille permanent. C’était surtout oublier que les Etats Occidentaux ont progressivement dérivé non pas vers les règles du jeu de la mondialisation, mais vers l’Etat Providence. Partout les budgets militaires ont été réduits pour laisser place à des dépenses sans rapport avec les missions régaliennes. La dérive s’accentue après le 11 septembre 2001 et les gouvernements du G7, du G8, du G 20 reviennent au socialisme : Rouges et Verts reconstruisent le collectivisme que l’on avait cru définitivement vaincu.

Ce qui fait une nation est emporté par l’Etat-nation. La redistribution démagogique des revenus, le poids de la dépense publique civile, les privilèges et les scandales politico-financiers dissolvent toute cohésion nationale, chacun voyant dans l’autre la cause de ses échecs. La classe politique devient indigne et la nation se fractionne en corporations, syndicats et finalement communautés ethniques et religieuses. Se crée un champ fertile à la haine et à la violence. La « crise » est bien davantage morale et politique qu’économique et se développe un « capitalisme de connivence » né de l’alliance entre milieux d’affaires et classe politique. La perte de valeurs comme le respect des autres, la responsabilité, le mérite, le service de la communauté, la destruction de la cellule familiale, créent un vide moral sidéral, c’est l’appel d’air du fanatisme : le djihad est une réponse appropriée.

La géopolitique nous condamne donc au fameux « choc des civilisations » de Huntington. Mais je n’ai jamais cru à Huntington, car ce ne sont pas des civilisations qui s’affrontent mais des cultures barbares. La civilisation exige la vie, la liberté, la propriété. Le climat de guerre actuel ne doit rien à la civilisation mais tout à la barbarie et au fanatisme. Par invasions, massacres et terrorismes interposés, Chiites et Sunnites déchirent l’Islam tandis que les Chrétiens d’Orient et d’Afrique sont livrés au martyre par un Occident qui s’est abandonné à des présidents américains inconscients, et le peuple américain s’est lui-même abandonné à un Obama impuissant et nuisible (90 % des Français l’avaient plébiscité !). Israël, un îlot de résistance et d’indépendance est caricaturé comme Etat oppresseur du « peuple palestinien », et personne n’aime Netanyahou. Nous aimons les Juifs des camps de la mort mais pas ceux qui veulent aujourd’hui sauver leur vie.

J’ai bien conscience d’avoir schématisé, exagéré, peut-être offensé certains d’entre vous. Mais croyez vous que l’Occident puisse durablement résister à l’expansion de l’Etat islamique si un renouveau moral ne se produit pas ? « Le poisson pourrit par la tête », vieux dicton chinois. Il nous faudra une conversion personnelle, que suggère le Pape François, mais il nous faudra aussi, à partir des réactions de la société civile, inspirer une société politique de nature à redonner à la liberté, à la responsabilité, la place qu’elles méritent dans une nation civilisée.

 
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Au sommaire du n°1343 du 29 novembre 2017

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