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Défaite des pères ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Lundi, 22 Juin 2015 00:00
Le Papa du petit poucet l www.libres.org

Le père a-t-il encore quelque utilité, quelque place, quelque considération dans la société postmoderne ? Est-il encore géniteur, chef de famille, patron ? On peut en douter. Est-ce un bien, est-ce un mal ? On peut en débattre.

 

 

 

Un nombre croissant d’enfants naissent sans père. Les techniques de fécondation permettent aux femmes de procréer sans que le géniteur soit connu. Dans l’anonymat des éprouvettes ou dans les étreintes d’une minute sans lendemain. Ainsi les « familles » monoparentales se sont-elles multipliées. Elles ont suscité il y a quelques années à Washington la « one million march », démonstration d’une foule de Noirs américains dont plus aucune femme ne voulait pour époux. D’après l’Insee, entre 1982 et 2005 le nombre de familles monoparentales est passé en France de 887 000 à 1 758 000. Certes 15 % de ces familles sont bâties autour d’hommes, certes la monoparentalité peut découler des accidents de la vie, mais le plus souvent elles procèdent d’un choix délibéré : les femmes ne veulent pas s’encombrer d’un géniteur, elles n’ont pas besoin de s’encombrer d’un père conjoint.

En 1804 le Code Civil consacrait le statut du chef de famille et lui attribuait la puissance paternelle. En 1936 la puissance paternelle disparaît, en même temps que l’incapacité juridique de la femme. Aujourd’hui on donne aux enfants une « personne de référence » et la gestion des biens familiaux n’est plus celle d’un « bon père de famille », elle est seulement « gestion raisonnable ». En 2010 le juge prononçant un divorce a confié la résidence principale des enfants au père dans 8 % des cas contre 75 % à la mère et 17 % aux deux parents, en résidence alternée. Je sais que cette évolution est pour partie en réaction contre la discrimination juridique, politique et sociétale qui frappait les femmes. Mais pour partie aussi il y a eu volonté de déchoir le père. Que les femmes aient pleinement accès à la dignité de mère de famille, d’épouse, de citoyenne, peu de gens le contestent aujourd’hui, mais il n’est pas nécessaire pour autant de pénaliser le père. Comme le divorce s’est banalisé (50 % maintenant, dans 3 cas sur 4 le divorce est demandé par la femme), les familles « recomposées » rendent difficiles les relations entre père et enfants : pas de papa ou plusieurs.

La vie économique a connu la même évolution : non seulement les diverses professions se sont féminisées (conséquence de la croissance des activités de service par rapport à l’industrie et à l’agriculture) mais dans la vie des entreprises le « patron » est un personnage en voie de disparition. Le paternalisme résiste encore dans les PME, mais ce n’est plus la clé des « relations humaines » comme il y a un demi siècle. C’est peut-être parce que les femmes ont quitté le foyer qu’elles sont tentées de se passer du père.

J’ai malencontreusement évoqué la « femme au foyer », expression sans doute réactionnaire, sinon « machiste ». Il n’est pas bien vu de vanter les mérites des mamans qui se consacrent à la mission noble mais difficile d’être au cœur de la famille, de sacrifier leur propre épanouissement pour garantir celui de leurs enfants ; d’ailleurs qui dit qu’elles ne s’épanouissent pas autant que les autres ? Mais ainsi en a décidé la postmodernité : au prétexte d’égalitarisme la discrimination positive s’est imposée, le père doit payer les siècles de pouvoir absolu, il doit payer pour sa masculinité.

C’est ici que je m’interroge sur les bénéfices d’une société qui refuse la diversité. Le refus extrême s’exprime dans la théorie du genre, ancrée maintenant dans les messages médiatiques voire les programmes scolaires. Qui peut admettre cette négation de la nature, ce rejet d’une réalité observée dans toutes les espèces vivantes, des plantes aux animaux ? Il n’est pas nécessaire de lire la Genèse pour comprendre que l’homme et la femme n’ont pas été créés à l’identique. En réalité ceux qui nient la diversité veulent tuer l’homme, c’est « l’homme dévasté » décrit par Jean François Mattéi. Cette entreprise est le « stade suprême » de la lutte des classes : l’exploitation, l’aliénation des uns par les autres vont bientôt laisser place à la société sans classe, et en l’occurrence à la société sans genre. « Familles je vous hais » de Fourier à Gide on n’a cessé de travailler à la destruction de la famille. Nos gouvernants actuels ont poursuivi l’infâme labeur.

Mais peut-être existe-t-il un moyen de retrouver et la nature et la dignité de l’etre humain : c’est de redonner sa place à l’amour, qui est le seul fondement durable de la famille et du couple. Aujourd’hui amour et sexe ont été assimilés, et les enfants naissent souvent d’un « accouplement », comme les animaux. Ou encore, la naissance fait-elle l’objet d’un calcul rationnel, d’un arbitrage entre famille et profession, avec pour paramètres les revenus, la surface du logement, les vacances, etc. De mon point de vue, tout le reste en découle. L’homme ne peut se révolter contre sa nature, contre ce qui le distingue de tous les autres êtres vivants : la loi d’amour, qui chez les chrétiens procède des vertus théologales de la Foi, de l’Espérance et de la Charité. A mon sens les pères auraient tort d’accepter la défaite ; la liberté ne leur a pas été donnée pour se détruire, mais pour se grandir.

Le père a-t-il encore quelque utilité, quelque place, quelque considération dans la société postmoderne ? Est-il encore géniteur, chef de famille, patron ? On peut en douter. Est-ce un bien, est-ce un mal ? On peut en débattre.

 

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Au sommaire du n°1330 du 11 juillet 2017


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