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Lettre hebdomadaire (40 numéros) qui est dans sa 31ème année : c’est le commentaire libéral de l’actualité économique, sociale et politique, en toute indépendance. C’est aussi une source d’information sur les idées de la liberté dans le monde entier. Editorial de Jacques Garello, chronique de conjoncture de Jean Yves Naudet, rubriques d’actualité, revue des livres, dossiers.

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Science économique, science du comportement 

Ludwig von Mises appartient à « l’école autrichienne d’économie » fondée par Carl Menger, dont il reprend les deux idées majeures : l’individualisme méthodologique (on ne peut comprendre l’économie qu’à partir des décisions prises par les individus), la subjectivité de la valeur (la valeur attribuée à un bien ou service varie avec chaque individu et chaque contexte).

Allant plus loin que son maître de Vienne, Mises fait de la science économique une branche de la « praxéologie », science de « l’agir humain » : comment les hommes se comportent-ils dans les choix qu’ils ont à faire dans la vie ? Obéissent-ils à une logique immuable et quantifiable (position des purs rationalistes et des inventeurs néo-classiques de l’homo oeconomicus) ? Sont-ils conditionnés par l’histoire (position des historicistes allemands qui entretiennent une violente querelle avec les économistes autrichiens) ? Ou sont-ils simplement guidés par ce qu’ils pensent être leur intérêt, compte tenu des multiples paramètres qui entrent dans leur calcul ? Ceci est la position des classiques libéraux depuis Adam Smith, c’est celle des économistes autrichiens.

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L’amour est dans le pré PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mardi, 08 Septembre 2015 00:00
Manifestations paysannes l www.libres.org

C’est le titre du commentaire de Daniel Fortin dans Les Echos de jeudi dernier, au lendemain de la manifestation des tracteurs à Paris. Le journaliste, lucide et courageux, a brocardé Manuel Vals. Ayant accordé aux paysans quelques unes des faveurs qu’ils exigeaient, le Premier Ministre a proclamé avec émotion « c’est un geste d’amour ».

 

 

L’amour a inspiré un geste que les manifestants ont jugé très insuffisant : habitués à faire leurs comptes, ils ont estimé que l’obole reçue ne valait pas le prix du voyage. En effet, le geste émouvant de Manuel Vals se réduit à une enveloppe de 3 milliards, dont un débloqué immédiatement, et à la suspension pour un an des remboursements des crédits bancaires contractés : l’amour est dans le prêt.

L’amour est aveugle et a sans doute empêché notre Premier Ministre de voir que son geste allait en fait très loin, puisqu’il gonflait les quatre roues sur lesquelles roule le tracteur français (et pas seulement le tracteur agricole) : corporatisme, protectionnisme, dirigisme et anarchisme.

Le corporatisme est une vieille tradition dans ce pays où l’on a toujours estimé que le peuple serait mieux servi dans la mesure où les producteurs étaient mieux organisés et mieux considérés. Ignorant les vertus de la concurrence, pourtant la meilleure façon de satisfaire les consommateurs, avec des qualités supérieures et des prix inférieurs, l’Etat a toujours été le protecteur des corporations. Les efforts de Turgot ou Le Chapelier pour instaurer la liberté d’entreprendre et de commercer ont été vains. Professions réglementées oui, ouverture du marché non. Voilà pourquoi le tracteur français avance tous freins serrés : la tyrannie du statu quo s’est installée voilà des siècles et triomphe aujourd’hui avec l’Etat Provence et le jeu électoral. De plus, le poids politique du corporatisme paysan est d’autant plus considérable que la population agricole est bien ciblée : peu nombreuse (donc facile à mobiliser) géographiquement concentrée dans quelques circonscriptions. Un milliard pour les paysans, c’est beaucoup pour eux (ils en voudraient davantage bien sûr), c’est seulement quelques euros de plus pour chacun des millions de contribuables, mais finalement quelques milliers de candidats élus.

Le protectionnisme est la seule façon de fuir la concurrence actuelle. Les corporations peuvent paralyser la concurrence à l’intérieur des frontières, mais l’Etat protecteur est moins efficace face à l’Europe et à la mondialisation. Piégée par la Politique Agricole Commune qui pendant des décennies a servi une rente à nos paysans en bloquant les importations en provenance du reste du monde, la France est maintenant confrontée à l’assaut des autres Européens qui, eux aussi, ont compris l’intérêt d’un marché commun. La PAC ouvrait les vannes des subventions et des prix garantis, mais elle ouvrait aussi un marché élargi. Aujourd’hui les agriculteurs s’étonnent des performances réalisées ailleurs : en Hollande, en Allemagne, au Danemark, etc. « Nous n’avons pas pu le faire ». Se demandent-ils pourquoi ? Il y a en fait deux raisons : quand on vit de subsides on perd de vue la productivité, quand on vit de l’Etat on doit s’attendre à supporter ses charges fiscales, sociales, et sa réglementation. Quand la menace concurrentielle se précise, il est plus facile de manifester que de revoir ses méthodes et sa gestion. Fort heureusement, il existe beaucoup de producteurs qui ont innové sans s’endetter outre mesure. Ceux-ci s’en tirent bien (et laissent défiler ceux-là qui roulent pour eux). En matière économique, le protectionnisme ne protège personne, le « patriotisme économique » n’est qu’un slogan : consommateurs et concurrents auront le dernier mot, si on leur laisse la moindre liberté de choix.

Mais peut-être le dirigisme a-t-il pour objectif de conjurer cette issue en réduisant la liberté. Il est inimaginable dans une société de liberté de voir un gouvernement déchirer sans scrupule un contrat passé entre des particuliers : le décret détruisant le contrat ! Les clauses de l’emprunt souscrit par les paysans auprès des banques ont été librement signées, que l’on sache. Le « crédit agricole » serait-il aussi « protégé » par l’Etat ? Les banques peuvent-elles réagir ? Voilà longtemps qu’elles sont inféodées ou soumises au pouvoir. Elles subissent contre leur gré la concurrence déloyale du réseau financier public : Caisse des Dépôts, Banque d’Investissement Public, livrets A. Elles seront sans doute « compensées » et les seules victimes seront en fin de compte les contribuables. Le pouvoir n’est pas de nature à se laisser effaroucher par une manifestation des banquiers.

Enfin, et non le moindre, les manifestations et leurs suites démontrent que ce pouvoir, si dirigiste et si sûr de bien faire dans l’intérêt général, est incapable d’assumer la mission pour laquelle il a été mis en place : assurer la sécurité. Il ne l’assure pas pour garantir la vie et le bien des personnes, mais pas davantage pour maintenir l’ordre public. Les manifestants ont pu bloquer Paris et par voie de conséquence faire perdre une journée de travail à un quart de la population ; ils ont pu circuler au mépris des règles imposées ; ils ont pu bousculer, parfois casser. Le tout dans l’impunité la plus totale. De quoi donner des idées à d’autres corporations, à d’autres opposants à l’Europe et à la mondialisation, des Verts, des Rouges. A la différence de ce qui s’est passé à propos des lois Taubira, les manifestants sont ici sûrs d’être écoutés. On est dans l’anarchisme, c'est-à-dire le système qui privilégie l’anarchie et détruit la démocratie, le système qui respecte la loi du plus fort et ignore l’état de droit. Quand l’Etat Providence ne peut plus être providentiel, quand le roi est nu, la violence et l’injustice font le droit. L’amour est dans le pré, le pouvoir est dans la rue.

Corporatisme, protectionnisme, dirigisme, anarchisme : il nous reste maintenant à libérer la France de ces fléaux. Pour ce faire, trois impératifs : amener les Français à regarder ce qui se passe autour de nous, au lieu de les abrutir avec un patriotisme frelaté, leur expliquer comment on peut se passer de l’Etat Providence, et les bénéfices de cette mutation, faire appel à leur sens de l’honnêteté, du travail, du mérite – les vraies valeurs républicaines, les vrais vecteurs de la liberté.

 
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Nouvelle Lettre de la semaine


Au sommaire du n°1361 du 25 avril 2018

Editorial : La sueur des autres
Actualité
:
La vraie nature de l’impérialisme américain - Jeunesse et éloquence : Macron a séduit les Américains - Gentils étudiants et méchants CRS
Connaissance du libéralisme :
La concurrence sauvage
Lu pour vous :
Pierre Bentata, Les désillusions de la liberté


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