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Libéralisme : ni de droite ni de gauche PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jacques Garello   
Mardi, 06 Octobre 2015 00:00
Libéralisme l www.libres.org

Victoire ! Voici le libéralisme ressuscité, le voici même revendiqué. Merci à Emmanuel Macron qui a affirmé « le libéralisme est de gauche », sans doute pour justifier aux yeux de ladite gauche une inflexion dite « sociale libérale ». Le libéralisme, ce pelé ce galeux d’où naguère venaient tous nos maux, voici qu’on se l’approprie. J’avais bien annoncé dès 2007 que les actions du libéralisme allaient remonter, mais l’attente a été plus longue que prévu. Nous devons déjà nous réjouir de voir le débat politique se transporter du combat des chefs et de l’électoralisme vers une réflexion sur un choix de société.

 

 

Je me demande en revanche si la question de savoir si le libéralisme est de droite ou de gauche présente le moindre intérêt, compte tenu de la vacuité de ces concepts. Si la droite signifie le conservatisme et le statu quo, et la gauche le progressisme et la réforme, la CGT est de droite comme tous ceux qui veulent conserver leurs privilèges, et Margaret Thatcher était de gauche. D’ailleurs les élus de gauche sont accusés de faire une politique de droite et réciproquement. Quant aux centristes, ils aiment avoir un pied dans chaque camp. En fait droite, gauche ou centre appartiennent surtout au vocabulaire et à la réalité de la classe politique. Les partis français actuels ne se distinguent pas par leur consistance doctrinale, il n’est qu’à voir le nombre de « courants » au sein du PS ou des Républicains, voire même du Front National. Mais que leur importe, puisque leur rôle premier est celui de simples centrales électorales, organisées pour conserver ou conquérir le pouvoir. L’idée libérale n’y a pas survécu en France. Le lapin libéral a été avalé par le boa électoral.

Ni de droite, ni de gauche, ni du centre, le libéralisme est lui-même. Puisque tout le monde semble vouloir en parler, qu’on en parle sérieusement, c'est-à-dire que l’on revienne à la définition du libéralisme. Comme il est convenu pour toute définition d’un concept, on peut l’approcher en extension ou en compréhension. L’automobile c’est quatre roues et un moteur (extension), mais c’est aussi un moyen rapide et confortable de se déplacer (compréhension). En extension, le libéralisme est un panier de libertés ; en compréhension c’est une vision de l’homme et de la société.

Dans les débats actuels, on a plutôt tendance à voir le libéralisme sous forme de la conjonction de la liberté économique (libre entreprise, libre échange), de la liberté politique (état de droit, subsidiarité), de la liberté « sociétale » (prééminence des choix personnels sur les mœurs publiques). Seule fait difficulté la liberté dite « philosophique », qui écarte du libéralisme nombre de croyants, parce qu’elle est souvent comprise non pas comme liberté de pensée et recherche de la vérité, mais comme expression du relativisme (il n’y a pas de vérité absolue). Toutes ces libertés ont été résumées par la trilogie de Locke : la condition d’un homme libre (freedom, par opposition à la condition d’esclave serfdom) est celle où il est assuré du respect de sa vie, de sa liberté et de sa propriété.

Mais pourquoi ces libertés personnelles seraient-elles dignes d’être reconnues, respectées, protégées ou conquises (jusqu’au sacrifice, voire au martyre) ? Ici se révèle la racine du libéralisme, sa définition en compréhension. Le libéralisme est une vision de l’homme, et une vision de la société.

Vision de l’homme : l’anthropologie libérale fait de l’homme un être créateur, serviteur et responsable. Créateur, il est désireux d’entreprendre, d’innover, de prouver qui il est, d’affirmer ce qu’il a en propre. Voilà pourquoi le droit de propriété doit lui être reconnu, et pourquoi le collectivisme est une atteinte à sa dignité.

Serviteur, parce qu’il ne peut vivre et progresser qu’en se mettant au service de la communauté. Dans sa « théorie des sentiments moraux », Adam Smith met en évidence le sentiment d’empathie, qui pousse à se mettre à la place de l’autre. L’empathie est la base de l’échange, lui-même substance de l’économie. La liberté d’échange et la liberté d’entreprendre ont donc également pour source la nature de l’homme.

Evidemment l’être humain peut être mauvais créateur (prédateur), mauvais serviteur (voleur). Il est pécheur, il est « faillible mais perfectible », dit Bastiat. Les erreurs commises donnent leçons et la nature de l’homme lui permet précisément de trouver un autre chemin. Son progrès, comme celui de l’humanité entière, est fait d’un processus d’essais et d’erreurs. Voilà pourquoi il doit assumer ses erreurs et être responsable de ses actes. Sa liberté s’associe nécessairement à sa responsabilité.

Vision de la société : en opposition avec la vision libérale, le socialisme se méfie des individus et la société doit les prendre en charge, les protéger de leur propre turpitude, ou de leur propre inconscience. Encore faut-il une organisation scientifique, gérée par une élite éclairée. « Présomption fatale » dit Hayek : l’ordre social ne peut être le fait de bâtisseurs d’utopies. Il ne peut être qu’un ordre « spontané » : il n’est créé par personne, il se met en place très progressivement. A la lumière des erreurs commises, les règles sociales évoluent pour rendre la vie plus harmonieuse, plus pacifique et plus heureuse pour la communauté des hommes, ce que d’aucuns appellent le « bien commun ». Par contraste, des règles sociales édictées par une minorité poussent à l’arbitraire, la discrimination, l’incompréhension sources de discorde et de haine. L’Etat Providence fondé sur la redistribution, sur la confiscation de la propriété, transforme les hommes en assistés et en corrompus.

Ainsi j’en viens à la conclusion que le libéralisme n’appartient ni à la droite ni à la gauche. Il s’oppose simplement au socialisme. Il est la forme la plus cohérente de l’humanisme, cette certitude que la nature de l’homme le pousse à répondre à sa vocation de créer, de servir dans une société de liberté et de responsabilité. Qu’importe que le pouvoir politique soit de droite ou de gauche ? Ce qui importe c’est que le socialisme soit vaincu, et que le libéralisme, avec ses promesses et ses exigences, soit enfin compris et adopté. Expliquons-le à Monsieur Macron, et aux autres.

Mon caractère et ma longue expérience me tiennent éloigné des rêves et des utopies. Depuis plusieurs mois, je me suis abstenu de toute anticipation sur les présidentielles de 2017, estimant que bien des choses pouvaient se produire d’ici là. Aussi prendrez-vous les lignes qui suivent comme un simple amusement, inspiré par l’actualité de la semaine dernière.

 
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